Le sauvetage auquel l’or n’a pas cru

Le Trésor américain a annoncé mercredi aux marchés obligataires qu’il accroîtrait ses rachats de titres de dette publique à long terme, et en quelques heures, la courbe s’est détendue par rapport à ses plus hauts niveaux en près de vingt ans. Le taux à 10 ans a reculé vers 4,70 %, à huit séances d’un sommet de 20 mois, et le taux à 30 ans a cédé neuf points de base pour s’établir à 5,19 %, en retrait du sommet de 5,31 % enregistré lundi, le niveau le plus riche pour les obligations à long terme depuis juin 2007.

Ajoutez une pause de trois jours sur les droits de douane de 50 % que Washington devait imposer aux produits canadiens à minuit, un élément de ce que le président Trump a qualifié d’entente sous réserve de la finalisation des documents, et tous les ingrédients d’une séance nettement favorable au risque étaient réunis. L’indice composé S&P/TSX a ajouté près d’un demi pour cent, porté par les titres miniers et des matériaux, le S&P 500 et le Dow se sont tous deux raffermis, et le dollar canadien a grimpé à 72,36 cents US, contre 72,00 la veille.

L’or n’a pas suivi le mouvement. Le contrat de décembre a grimpé de 2,7 % à 4 540,90 $, son gain le plus marqué de la semaine, alors même que tous les autres actifs de la séance pointaient vers le soulagement plutôt que la crainte. Une opération de gestion de la dette qui parvient à plafonner les coûts d’emprunt devrait affaiblir l’intérêt de détenir un actif sans rendement. Une trêve tarifaire devrait produire le même effet en éliminant une incertitude à court terme. L’or a tout de même progressé, et plus que tout autre actif négocié mercredi.

L’aller-retour du taux à 10 ans au cours du dernier mois retrace les deux forces qui s’opposent désormais : une remontée de la prime de terme pendant la majeure partie du mois d’août, suivie du renversement de mercredi provoqué par le rachat.

TAUX DU TRÉSOR AMÉRICAIN À 10 ANS 4,70 % ▼ -0,06 % QUOTIDIEN  |  20 JUIL. AU 19 AOÛT 2026
Source : Federal Reserve H.15, Investing.com, 19 août 2026.  |  hdq.ca

Le repli de mercredi a suivi l’annonce du rachat par le Trésor, et non un changement dans les indications de la Réserve fédérale. Source : Federal Reserve H.15, Investing.com.

Les dissidences dont Warsh hérite à Jackson Hole

La raison se trouve dans la publication parvenue aux salles de marché à 14 h : le procès-verbal de la réunion des 28 et 29 juillet de la Fed, où le Comité a maintenu son taux entre 3,50 % et 3,75 % tout en essuyant trois dissidences, des présidents Logan, Hammack et Kashkari, tous favorables à une hausse d’un quart de point. Un comité directeur incapable de s’entendre sur une orientation n’est pas une nouvelle en soi, trois semaines après les faits. Ce qui change la lecture, c’est le moment choisi : le président Kevin Warsh prend la parole au symposium de Jackson Hole plus tard ce mois-ci, et la question de savoir si cette intervention validera les dissidents ou entérinera le soulagement provoqué mercredi par le rachat est exactement celle à laquelle une opération de gestion de la dette ne peut répondre à elle seule. Le Trésor peut racheter des obligations à trente ans. Il ne peut pas fixer le taux à un jour, et l’or, mercredi, intégrait l’écart entre ces deux leviers plutôt que la manchette tarifaire négociée par tous les autres.

OR (CONTRAT DÉC.) +2,72 % ▲ MEILLEURE PERFORMANCE SÉANCE DE MERCREDI  |  7 CATÉGORIES D’ACTIFS
Source : La Presse Canadienne, Bloomberg, Investing.com, 19 août 2026.  |  hdq.ca

Le gain de l’or a presque égalé la somme de ceux du brut WTI et du dollar canadien, le plus grand écart parmi les sept catégories d’actifs présentées. Source : Bloomberg, La Presse Canadienne, Investing.com.

La Banque du Canada ne se réunit pas de nouveau avant octobre, mais le Conseil de direction suit le même calendrier de Jackson Hole que la rue Bay. Une baisse durable des taux longs américains allégerait le calcul des renouvellements hypothécaires que les conseillers canadiens gèrent depuis le début de 2026. Le marché de l’or, mercredi, a été la seule voix de la séance à soutenir que la baisse tient d’abord à une opération de gestion de la dette, et seulement ensuite, très loin derrière, à un changement des perspectives d’inflation, et c’est la distinction à retenir à l’approche de la décision de la Fed du 16 septembre.