Statistique Canada et le Bureau of Labor Statistics des États-Unis ont publié leurs rapports sur l’emploi de juillet la même matinée de vendredi, et ils racontaient des histoires opposées. Le Canada a ajouté 75 100 emplois, plus de quatre fois les quelque 16 500 attendus par les économistes sondés par Reuters, et le taux de chômage a reculé à 6,4 %, son plus bas niveau en deux ans. Les États-Unis ont perdu 23 000 emplois contre une hausse prévue de 83 000, et les deux mois précédents ont été révisés à la baisse d’un total combiné de 103 000.

Les deux rapports sont arrivés dans un contexte où les banques centrales, pour l’instant, ne bougent pas. La Banque du Canada a maintenu son taux du financement à un jour à 2,25 % depuis le 29 octobre 2025, soit six décisions consécutives, incluant le maintien le plus récent du 15 juillet. La Réserve fédérale a maintenu sa fourchette cible de 3,50 à 3,75 % depuis le 10 décembre 2025, soit cinq réunions consécutives, incluant la décision du 29 juillet. Aucun des deux rapports n’a changé cette posture directement, mais ils ont fait bouger dans des directions différentes les probabilités associées à la suite des choses.

Deux marchés du travail, deux questions de politique bien différentes

La question de la Banque du Canada à l’approche de ce rapport était de savoir si une économie résiliente finirait par forcer une hausse. L’économiste de RBC Claire Fan soutient que la récente série de données canadiennes appuie une hausse, mais pas avant 2027. Katherine Judge, de la CIBC, a affirmé que la politique pourrait évoluer dans un sens ou dans l’autre selon les données à venir, tout en s’attendant toujours à aucun changement d’ici la fin de 2026. Le rapport supérieur aux attentes de juillet renforce la thèse que Fan bâtit, sans forcer de réaction immédiate, car Douglas Porter, économiste en chef de BMO, a décrit le discours de la Banque comme visant à contenir la dérive haussière du marché obligataire, et non à l’encourager.

La question de la Réserve fédérale est de nature structurellement différente. L’inflation aux États-Unis est demeurée au-dessus de la cible de 2 % de la Fed, et trois membres du FOMC ont exprimé une dissidence lors de la réunion d’avril 2026 précisément pour réclamer une hausse plutôt qu’un maintien, la première réunion à quatre dissidents depuis octobre 1992. Les marchés attribuaient une probabilité proche d’une sur trois à une hausse lors de la prochaine réunion à l’approche de cette semaine. Un marché du travail qui vient de perdre des emplois pour la première fois en des mois, avec les deux mois précédents révisés à la baisse d’un total combiné de 103 000, va directement à l’encontre de cette thèse. Les marchés établissent maintenant le prix d’une probabilité de moins de 50 % d’une hausse, et le rendement du Trésor à 10 ans a reculé d’environ 5 points de base à la suite du rapport.

L’écart de taux n’a pas bougé depuis décembre

Les deux taux directeurs, retracés de janvier 2025 à cette semaine, montrent les deux banques réduisant leur taux en septembre 2025, à quelques jours d’intervalle, avant que chacune ne s’installe finalement dans un maintien, mais à des niveaux différents : la Banque du Canada, neuf mois dans un maintien à 2,25 %, et la Fed, dans une fourchette cible dont le point médian se situe à 3,625 %, soit un écart de 137 points de base qui n’a pas bougé depuis la baisse de décembre de la Fed.

TAUX DIRECTEUR : BDC C. FED 2,25 % / 3,625 % ÉCART DE 137 PB MENSUEL  |  JANV. 2025 À AOÛT 2026
Source : Communiqués de la Banque du Canada sur les taux; décisions du FOMC de la Réserve fédérale via Forbes Advisor et Finder.com, 2025-2026.  |  hdq.ca

La série de la Fed utilise le point médian de la fourchette cible du FOMC. Les deux banques ont réduit leur taux en septembre 2025 ; la Banque du Canada l’a réduit deux fois de plus jusqu’en octobre, tandis que la Fed l’a réduit une fois de plus en décembre, avant que les deux banques n’amorcent un maintien.

Ce qui pourrait vraiment faire bouger l’écart à partir d’ici

La vigueur du Canada en juillet ne referme pas l’écart à elle seule, car la Banque du Canada a traité les données intérieures solides comme une confirmation d’une tendance déjà intégrée aux prix plutôt que comme une raison d’accélérer. Le rapport faible de la Fed ne fait bouger l’écart que s’il résiste à la prochaine lecture de l’inflation, puisque trois membres en poste du FOMC ont déjà montré qu’ils étaient prêts à exprimer une dissidence vers un resserrement même avec un marché du travail qui s’affaiblit, une combinaison plus typique d’un contexte stagflationniste que d’un cycle simple d’assouplissement ou de resserrement. Le prochain test prévu du côté canadien est la décision sur les taux du 2 septembre. Du côté américain, il s’agit de la réunion du FOMC du 16 septembre, moment où un mois complet supplémentaire de données sur l’inflation et l’emploi sera arrivé pour trancher le débat que les chiffres de cette semaine n’ont fait qu’aviver.