Les tarifs de rétorsion du Canada entrent en vigueur le 8 septembre, dans quinze jours. Le premier ministre Mark Carney a nommé six secteurs ciblés samedi : l’acier, les produits laitiers, les électroménagers, le matériel agricole, les pâtes et papiers, et l’électronique. Pour un client corporatif qui s’approvisionne dans l’une de ces catégories aux États-Unis, la fenêtre entre aujourd’hui et la fête du Travail n’est pas un cycle d’actualité à surveiller. C’est une échéance de planification.

La rétorsion fait suite à l’effondrement des pourparlers commerciaux et à l’imposition par les États-Unis de tarifs de 50 % sur environ 20 milliards de dollars d’exportations canadiennes au cours de la fin de semaine. Ottawa a confirmé les secteurs et la date. Le barème tarifaire et le détail des taux n’ont pas encore été publiés; Carney affirme qu’ils suivront « dans les prochains jours ». Cet écart entre une date confirmée et des précisions encore incertaines constitue en soi le problème de planification pour les clients corporatifs cette semaine.

Deux questions distinctes, pas une seule

Pour une SPCC qui importe du matériel agricole ou de la machinerie industrielle des États-Unis, la question pertinente est le moment de la déduction pour amortissement (DPA). Un actif mis en service avant l’entrée en vigueur du tarif fixe le coût d’acquisition antérieur au tarif aux fins de la DPA, et si l’exercice financier du client se termine entre maintenant et le 8 septembre, un achat accéléré peut aussi garantir la DPA de l’année en cours en vertu de la règle de la demi-année plutôt que de reporter l’ajout à l’an prochain. Le calcul change complètement pour un client dont l’exercice s’est déjà terminé en juillet ou en août : l’argument d’accélération pour le moment de la DPA ne s’applique plus, et la décision se résume alors au seul coût des intrants.

Pour une SPCC qui détient de l’acier, des composants électroniques ou des produits en papier à titre de stocks, la question est différente. Les stocks sont généralement comptabilisés au moindre du coût et de la valeur marchande. Un changement brusque du coût de remplacement après le 8 septembre ne réévalue pas rétroactivement les stocks déjà en main, mais il augmente le coût de base de chaque unité achetée par la suite, ce qui se traduit par une compression de la marge à l’état des résultats de l’exercice en cours plutôt que par une réévaluation ponctuelle.

Où se situe réellement la valeur des importations

Le graphique ci-dessous ventile les exportations américaines vers le Canada en 2024 pour quatre des six secteurs nommés, à partir de données commerciales de l’UN Comtrade et de l’Agence des services frontaliers du Canada. La machinerie et le matériel agricole forment de loin la plus grande catégorie, à 38,84 milliards de dollars, plus du double des 14,84 milliards de dollars du matériel électronique, suivis des articles de papier et de pâtes et du fer et de l’acier, à 5,93 milliards et 4,78 milliards de dollars respectivement. Les produits laitiers et les électroménagers ne sont pas ventilés séparément dans les données de classification commerciale comparables et sont omis du graphique, bien que les deux figurent sur la liste nommée par Ottawa.

EXPORTATIONS AMÉRICAINES VERS LE CANADA PAR SECTEUR VISÉ (MILLIARDS $ US) 38,84 G$ Catégorie nommée la plus importante ANNUEL  |  2024
Source : base de données UN Comtrade, données de classification des importations de l’Agence des services frontaliers du Canada, 2024.  |  hdq.ca

Les importations de produits laitiers et d’appareils ne sont pas ventilées séparément dans les données de classification commerciale comparables et sont omises ici, bien que les deux figurent sur la liste de rétorsion nommée par Ottawa. Source : UN Comtrade.

Cet écart de taille compte pour l’ordre de priorité en planification. Un client dans les secteurs à forte intensité d’équipement, agriculture, construction, fabrication, est exposé à une variation en dollars absolus bien plus importante sur ses achats d’immobilisations qu’un client dont l’exposition passe par des intrants finis en acier ou en papier. C’est là que la conversation sur le moment de la DPA pèse le plus lourd cette semaine.

La conversation sur la compression de marge

Pour les clients SPCC où les nouveaux coûts d’intrants comprimeront le revenu d’entreprise actif de l’exercice en cours, la question qui suit est la rémunération du propriétaire-dirigeant. Un profit corporatif nettement plus faible change le calcul salaire contre dividende pour l’année, et les clients qui ont fixé un plan de rémunération en janvier selon des hypothèses de marge antérieures au tarif devraient le revoir maintenant, et non en fin d’exercice, quand les options d’ajustement se seront rétrécies. Ottawa a aussi signalé des mesures de soutien à venir pour les industries touchées par les tarifs, dont les détails ne sont pas encore disponibles, mais que les clients corporatifs des secteurs nommés devraient suivre en parallèle du barème tarifaire lui-même.