L’or s’est échangé au-dessus de 4 650 $ l’once lundi, son plus haut niveau depuis la mi-mai, prolongeant un rallye amorcé il y a neuf séances et qui atteint désormais environ 10 % depuis sa base de début août près de 4 000 $. Le catalyseur invoqué par les investisseurs est la décision du Trésor américain d’élargir ses rachats de dette à long terme. Cette explication pose un problème, et non des moindres.
Le Trésor a annoncé l’élargissement des rachats le mercredi 19 août. L’or a bondi de plus de 4 % ce jour-là, alors que les taux obligataires et le dollar américain chutaient fortement, la réaction classique attendue face à une politique perçue comme allégeant la pression sur les coûts d’emprunt à long terme. À la fin de la même séance, les taux du Trésor avaient effacé tout le recul. Le mécanisme censé avoir déclenché le bond de l’or avait cessé de fonctionner à peine quelques heures après son déclenchement.
Le mouvement qui aurait dû se dénouer ne l’a pas fait
L’or n’a pas redonné ses gains lorsque les taux se sont inversés. Il les a conservés jusqu’à jeudi, a grimpé vendredi pour afficher une avance hebdomadaire de près de 5 %, puis a ajouté 1 % de plus lundi pour atteindre son plus haut niveau depuis la mi-mai. Trois séances et demie après la disparition du mécanisme de taux qui justifiait le mouvement initial, l’évolution des prix qu’il a provoquée n’est pas seulement intacte, elle continue de croître.
C’est la signature d’un récit devenu autonome plutôt que d’un prix qui suit encore son déclencheur déclaré. Les travaux de Robert Shiller sur l’économie narrative décrivent comment une histoire attachée à un actif peut continuer de se propager dans une population d’investisseurs, indépendamment des faits qui l’ont déclenchée, parce que chaque nouvelle information est interprétée à travers le récit plutôt que confrontée à lui. Les manchettes sur les sanctions contre l’Iran, l’effondrement des pourparlers commerciaux Canada-États-Unis et l’incertitude entourant le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole vendredi ont toutes été absorbées cette semaine dans le même récit de « dévaluation monétaire ». Aucune n’exigeait que le mécanisme d’origine soit toujours actif.
Confirmation, pas réévaluation
Les travaux de Daniel Kahneman et Amos Tversky sur l’ancrage décrivent un schéma apparenté à l’échelle individuelle : une fois qu’un point de référence est fixé, toute nouvelle information est pesée par rapport à cet ancrage plutôt qu’évaluée pour elle-même. Un investisseur ancré, depuis le 19 août, à l’idée que « l’or grimpe parce que Washington ne parvient pas à maîtriser ses coûts d’emprunt » n’a pas besoin que le renversement des taux soit perçu comme infirmant cette thèse. L’ancrage survit parce que rien ne force une comparaison avec l’affirmation d’origine.
Cette distinction compte pour la suite. Un prix qui suit encore son déclencheur se corrige lorsque celui-ci s’inverse. Un prix qui suit un récit à propos de son déclencheur peut continuer de grimper sur des éléments qui n’ont rien à voir avec l’affirmation d’origine, jusqu’à ce que quelque chose force les deux à se reconnecter, habituellement de façon brutale. Les achats des banques centrales et un dollar américain plus faible constituent des appuis réels et structurels sous le mouvement de l’or cette année. Le segment précis du mercredi au lundi n’en fait pas manifestement partie.
L’or a suivi une trajectoire ascendante quasi ininterrompue depuis l’annonce du rachat par le Trésor, et les données isolent la seule journée qui a compté du reste des séances survenues sans catalyseur comparable.
L’or a conservé ses gains du 19 août même après que l’annonce du rachat obligataire du Trésor qui les avait déclenchés s’est inversée sur le marché obligataire le jour même. Source : Trading Economics.
La portée pour le Canada
Les minières aurifères du TSX, dont Agnico Eagle, Barrick, Wheaton Precious Metals et Franco-Nevada, ont été les principales bénéficiaires de cette avance, et les portefeuilles canadiens sous-pondérés en lingot sont ceux qui ressentent maintenant l’attrait de combler l’écart après le mouvement plutôt qu’avant. C’est cette question de synchronisation, et non le bien-fondé de l’or comme placement structurel, qui fait apparaître le biais comportemental dans les conversations avec les clients cette semaine.