Les chiffres du Canada plaident eux-mêmes pour une hausse de taux. Le PIB du deuxième trimestre a crû à un rythme annualisé de 3,4 %, bien au-dessus de la propre prévision de 2,5 % de la Banque du Canada. Le chômage est tombé à 6,4 % en juillet, le plus bas depuis la fin de 2024. L’inflation globale a grimpé à 3,0 % sur un an en juillet, contre 2,8 % en juin, sous l’effet des prix de l’essence liés à la perturbation du détroit d’Hormuz. Chacun de ces chiffres, pris isolément, pointe vers un resserrement. La Banque va presque certainement tenir à 2,25 % quand même le 2 septembre.

Ce n’est pas une contradiction. C’est la Banque qui choisit de ne pas réagir à des données dont elle a des raisons de se méfier, dans un mois où deux inconnues bien plus grandes doivent arriver à quelques jours l’une de l’autre.

Deux inconnues arrivent avant que les données ne soient fiables

Les tarifs de représailles du Canada entrent en vigueur le 8 septembre, six jours après la décision de la Banque. Quel que soit l’effet inflationniste ou sur la croissance que ces tarifs produiront, il n’apparaîtra dans aucune donnée que la Banque aura en main le 2 septembre. Un mouvement de taux fait maintenant, dans un sens comme dans l’autre, serait un pari sur un choc économique qui ne s’est pas encore produit et dont Ottawa elle-même n’a pas encore chiffré l’ampleur.

La seconde inconnue arrive encore plus tôt. Le président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, prononce son premier discours-programme à Jackson Hole le 28 août, cinq jours avant la propre décision de la Banque du Canada, à la suite d’une réunion de juillet du FOMC où trois présidents régionaux ont voté en faveur d’une hausse, le clivage le plus large au sein du comité depuis environ deux décennies. Quel que soit le signal envoyé par Warsh sur la propre trajectoire de la Fed, il alimente directement l’écart de rendement que la Banque doit gérer. Le gouverneur Tiff Macklem ne veut pas fixer la politique canadienne cinq jours avant de savoir dans quel sens cet écart s’apprête à évoluer.

Ce que le graphique révèle derrière le chiffre principal

Depuis la dernière baisse de la Banque en octobre 2025, le taux du financement à un jour n’a pas bougé. Six maintiens consécutifs ont coïncidé avec trois publications d’inflation distinctes qui ont chacune semblé, brièvement, pouvoir forcer la main de la Banque : le sommet de mars tiré par le pétrole à 2,4 %, la percée du plafond de 3 % en mai, et la remontée de juillet liée à Hormuz à 3,0 %. Chaque fois, la Banque a qualifié la pression d’externe et temporaire plutôt que de domestique et durable, et chaque fois elle a tenu.

TAUX DIRECTEUR DE LA BANQUE DU CANADA vs SURPRISES DE L’IPC 2,25 % Maintenu six réunions d’affilée PAR DÉCISION  |  SEPT. 2025 À JUILL. 2026
Source : annonces de taux de la Banque du Canada, publications de l’IPC de Statistique Canada, 2025 à 2026.  |  hdq.ca

Chaque poussée de l’IPC a été attribuée par la Banque à des chocs externes sur les prix de l’énergie plutôt qu’à la demande intérieure, la même distinction qui devrait probablement s’appliquer de nouveau en septembre. Source : Banque du Canada, Statistique Canada.

Le schéma illustre la Banque qui privilégie une définition étroite des données sur lesquelles elle agit. Les mesures fondamentales, qui excluent la volatilité énergétique à l’origine du chiffre principal, sont restées proches de 2 % tout au long des trois épisodes. Le 2 septembre sera très probablement le septième cas où cette même distinction tient.

Là où ça compte vraiment

La distinction compte davantage cette fois parce que la prochaine décision prévue, le 28 octobre, arrive avec un mois complet de données post-tarifs derrière elle et le cadre de Warsh déjà établi. Si les tarifs du 8 septembre s’avèrent plus inflationnistes que transitoires, ou si Warsh signale une Fed plus disposée à maintenir des taux élevés plus longtemps, l’argument d’une hausse canadienne devient considérablement plus solide d’ici la fin octobre qu’il ne l’est aujourd’hui. Les rendements des obligations fédérales à 10 ans se situaient à 3,68 % vendredi, près du sommet de deux mois de 3,72 % touché le 10 août, intégrant déjà une partie de cette incertitude avant même les données qui la résoudront.