Le VIX a clôturé à 15,45 mardi, en baisse de 2,52 % sur la journée et bien à l’intérieur de la fourchette de 14 à 16 qu’il occupe depuis près de trois semaines consécutives. L’indice composé S&P/TSX a clôturé la même séance à un sommet de 36 957,63, en hausse de 243,51 points, porté par une série de solides résultats des banques canadiennes.
Ces deux faits juxtaposés n’ont rien d’inhabituel en soi. Ce qui l’est, c’est le reste de ce qui s’est produit mardi. Le ministre des Finances François-Philippe Champagne a confirmé les tarifs de rétorsion du Canada sur 27,6 milliards de dollars canadiens de produits américains, en vigueur dès le 8 septembre, correspondant dollar pour dollar aux droits de 50 % imposés par Washington. Quelques heures plus tôt, la campagne de sanctions élargie du Trésor américain contre l’Iran, qualifiée d’offensive économique par le secrétaire Scott Bessent, avait fait chuter le brut WTI de 3 % à 82,55 $.
L’Ancrage Qui N’a Pas Bougé Depuis le 29 Juillet
Le dernier mouvement significatif du VIX remonte au 29 juillet, lorsqu’il a bondi à 20,66 lors d’un précédent point chaud du même différend entre les États-Unis et l’Iran. En trois séances de bourse, il était redescendu dans le milieu de la dizaine, et il n’a plus approché ce niveau depuis, malgré une escalade de la guerre commerciale, une nouvelle vague de sanctions et une menace de tarifs sur l’automobile entre les États-Unis et le Canada grimpant à 50 % à compter du 1er janvier 2027.
C’est le mécanisme qu’Amos Tversky et Daniel Kahneman ont mis au jour dans leur article de 1974 sur le jugement en incertitude : une fois qu’un point de référence, ou ancrage, est établi, les estimations suivantes sont ajustées à partir de cet ancrage plutôt que recalculées à neuf. Le bond du VIX du 29 juillet a brièvement fait remonter l’ancrage. Au début d’août, celui-ci était redescendu dans le milieu de la dizaine, et chaque manchette suivante, y compris la confirmation tarifaire de mardi, a été intégrée aux prix comme une variation autour de cet ancrage plus bas plutôt que comme une information nouvelle méritant sa propre évaluation indépendante.
Pourquoi l’Ancrage Est Particulièrement Fragile en Ce Moment
Deux événements prévus se dressent directement devant l’ancrage actuel. Le président de la Réserve fédérale Kevin Warsh prononce vendredi son premier discours de Jackson Hole, les marchés étant partagés quant à savoir si ses propos pencheront vers un statu quo ou une hausse en septembre, selon les cours du CME FedWatch. La propre décision de taux de la Banque du Canada suit le 2 septembre, six jours après l’allocution de M. Warsh et une semaine avant l’entrée en vigueur des tarifs de rétorsion du Canada.
Aucun des deux événements n’est intégré aux prix comme un risque extrême de faible probabilité. Les deux sont des certitudes au calendrier. Ce que prédit le biais d’ancrage, c’est que la fourchette actuelle de 14 à 16 du VIX ne bougera pas de façon notable avant l’un ou l’autre événement, parce que l’ancrage ne s’ajuste qu’après l’arrivée d’une information nouvelle, jamais par anticipation. Les investisseurs habitués à lire la fourchette actuelle comme un signe de calme sont, par le mécanisme même du biais, mal placés pour réagir rapidement lorsque l’ancrage finira par se déplacer.
Ce Qui Distingue Ce Calme d’un Calme Ordinaire
Un contexte véritablement peu risqué et un contexte simplement ancré peuvent sembler identiques sur un graphique de volatilité. La distinction se trouve dans ce qui est réellement intégré aux prix. Les données de Trading Economics montrent que le rendement des obligations à 10 ans du Canada s’est replié à 3,65 % mardi, après un sommet de deux ans de 3,76 % atteint quatre jours plus tôt, l’escalade de la guerre commerciale ayant affaibli les arguments en faveur d’une hausse de taux de la Banque du Canada cette année tout en accentuant le risque pour la croissance. Il s’agit là d’un marché qui réévalue une véritable conséquence économique. Le VIX qui reste stable pendant la même séance est un marché qui refuse carrément de réévaluer ses attentes de volatilité.
Pour un client qui voit défiler des manchettes sur les sommets du TSX tout en entendant parler de tarifs et de sanctions, la lecture émotionnelle est la confusion, non la complaisance. La tâche du conseiller n’est pas de résoudre cette confusion en prenant parti, mais de nommer le mécanisme en jeu : le calme du marché est ancré à une fourchette qui n’a pas encore été mise à l’épreuve par cette combinaison précise d’événements, et vendredi ainsi que mardi prochain la mettront directement à l’épreuve.
Le VIX a clôturé mardi dans la même fourchette de 14 à 16 qu’il occupe depuis le début du mois d’août, alors même que l’indice composé du TSX inscrivait un sommet et qu’Ottawa confirmait des tarifs de rétorsion sur 700 produits américains. Le bond du 29 juillet marque la dernière fois que l’indice a dépassé sensiblement cette fourchette.