Le repli du huard vient d’Ottawa et de Washington, pas de Téhéran
Le West Texas Intermediate a reculé de près de six pour cent depuis sa clôture du 21 août à 87,06 $, s’établissant à 81,85 $ jeudi, alors que des informations selon lesquelles l’Iran et Oman négocient un corridor maritime conjoint temporaire dans le détroit d’Ormuz ont atténué la prime de guerre qui définit le prix du pétrole depuis février. Ce recul est réel, il est sourcé, et n’importe quelle autre semaine, il aurait constitué à lui seul le sujet du pupitre Géopolitique.
Ce n’est pas, cette semaine, l’histoire qui explique le dollar canadien. Le USD/CAD est passé de 1,3764 le 21 août, le creux de trois mois de la paire pour le billet vert, à 1,3856 jeudi, un mouvement presque exactement inverse à ce qu’un recul de six pour cent du pétrole devrait produire pour une pétromonnaie. Ces six mêmes séances ont vu les tarifs de représailles du Canada visant environ 20 milliards de dollars d’importations américaines annuelles et la confirmation par Washington que les droits sur les autos, camions, pièces et l’acier canadiens grimperont à 50 pour cent le 1er janvier 2027. Trading Economics a attribué explicitement le mouvement du huard à la détérioration des perspectives commerciales, et non à l’énergie.
Le mécanisme qui relie les deux pupitres : les probabilités de hausse de taux de la Banque du Canada ont reculé cette semaine précisément en raison du risque de croissance lié aux tarifs, même si des coûts énergétiques élevés justifieraient normalement l’orientation inverse pour la politique monétaire. Un mouvement de devise habituellement expliqué par le pétrole est, cette semaine, un signal de guerre commerciale déguisé en costume énergétique.
Le WTI a glissé de près de six pour cent depuis son sommet du 21 août à 87,06 $ jusqu’à sa clôture de 81,85 $ jeudi, un repli qui concorde avec l’atténuation des signaux venant du détroit d’Ormuz plutôt qu’avec un règlement du différend commercial qui pèse sur le huard.
Le WTI a reculé de près de six pour cent depuis sa clôture du 21 août, les informations sur des pourparlers entre l’Iran et Oman au sujet d’un corridor maritime temporaire dans le détroit d’Ormuz ayant atténué les craintes sur l’offre. Source : données Investing.com sur les contrats à terme.
Le USD/CAD est remonté vers la majeure partie de son sommet d’août au cours des six mêmes séances où le WTI a reculé de près de six pour cent dans la direction opposée, un écart d’ampleur que la corrélation habituelle de la devise avec l’énergie n’explique pas à elle seule.
Le USD/CAD a progressé d’environ six dixièmes de un pour cent depuis le creux de trois mois de la paire atteint le 21 août, une période marquée par l’annonce des tarifs de représailles du Canada et la confirmation par Washington de droits plus élevés en 2027 sur les autos et l’acier canadiens. Source : données indicatives de MTFX Group et de la Banque du Canada.
Deux histoires ont convergé cette semaine sur le même mouvement de l’or, et ni l’une ni l’autre n’explique à elle seule les pertes des minières
Agnico Eagle, Barrick et Wheaton Precious Metals ont perdu de 3,6 à 4,4 pour cent cette semaine alors que l’or a reculé après la publication mercredi d’un indice PCE américain élevé, ressorti à 3,7 pour cent sur un an contre un consensus de 3,6 pour cent. L’outil FedWatch de CME Group a réduit à environ 22 pour cent, contre 28 pour cent, les probabilités d’une baisse de taux de la Réserve fédérale en septembre en quelques heures après la publication. C’est une histoire de taux, et le pupitre Marchés l’a bien lue.
Ce n’est que la moitié de l’histoire. Les mêmes jours qui ont atténué la prime de guerre du détroit d’Ormuz sur le pétrole ont aussi atténué d’autant la demande de valeur refuge pour l’or, puisque les deux matières premières intègrent un risque extrême qui se chevauche depuis le début de la crise d’Ormuz en février. Le recul de 4,2 pour cent de la Banque Nationale du Canada à 213,18 $, après un solide dépassement des bénéfices au troisième trimestre par ailleurs, montre un marché qui a vendu d’abord et lu les résultats ensuite, ce qui cadre avec un mouvement plus large de réduction du risque plutôt qu’avec un verdict propre à l’entreprise.
Les minières ont chuté plus fort que ce que la seule lecture du PCE aurait laissé prévoir, parce que les cadres d’analyse de deux pupitres, les taux et la géopolitique, ont convergé sur le même mouvement la même semaine. Ni la lecture de l’inflation du pupitre Économie ni la lecture d’Ormuz du pupitre Géopolitique n’explique à elle seule le tableau minier de jeudi.
Les propos de vendredi à Jackson Hole seront le prochain catalyseur pour les deux dossiers à la fois
Kevin Warsh prend la parole vendredi au symposium de Jackson Hole de la Fed de Kansas City, et le moment compte plus que d’habitude. Les marchés viennent de ramener les probabilités de baisse de taux de septembre à 22 pour cent après une seule publication sur l’inflation, l’or et les titres miniers qui le suivent ont absorbé cette révision ainsi qu’une prime géopolitique en recul, et le huard a passé la semaine à évoluer sur un dossier tarifaire qui n’a rien à voir avec l’un ou l’autre. Une intervention de Warsh penchant vers des taux élevés plus longtemps renforce la lecture de jeudi sur l’or et les taux sans toucher au dossier commercial. Une intervention de Warsh au ton conciliant relancerait le débat sur la baisse de taux que la publication du PCE vient de clore et pourrait ramener l’or vers sa demande de valeur refuge, indépendamment de la suite des pourparlers sur Ormuz. Dans un cas comme dans l’autre, les propos de vendredi redéfinissent un dossier et laissent l’autre, la guerre commerciale qui dicte désormais le CAD, inchangé.