L’Iran aurait attaqué deux navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz le 14 octobre en recourant à de nouvelles tactiques, selon Reuters, et le pétrole Brent a brièvement dépassé 107 $ US le baril en début de séance avant de clôturer à 106,06 $ US. IMF PortWatch a recensé deux passages dans le détroit le 11 octobre, contre une moyenne d’avant la crise de 85 par jour. Pour un investisseur canadien, la manchette compte moins que le mécanisme : la fermeture maintient une prime de risque dans le prix du pétrole, et cette prime atteint un portefeuille par les bénéfices du secteur de l’énergie, par l’inflation et par la trajectoire des taux d’intérêt en même temps.

Comment la prime atteint les bénéfices canadiens

Les producteurs canadiens sont preneurs de prix. Ils vendent un baril à un prix établi sur les marchés mondiaux, de sorte qu’un choc d’offre à des milliers de kilomètres se répercute directement sur leurs bénéfices d’exploitation. Deloitte rapporte que les bénéfices d’exploitation des producteurs de pétrole canadiens ont augmenté de 68 % entre le premier et le deuxième trimestre de 2026.

Le West Texas Intermediate a clôturé à 95,09 $ US le 14 octobre, soit 38,7 % au-dessus de sa clôture du 1er juillet à 68,58 $ US et au-dessus de la moyenne de 90 $ US que Deloitte prévoit pour 2026. Le FNB iShares S&P/TSX Capped Energy a clôturé à 30,55 $ le 14 octobre, en hausse de 6,1 % par rapport à 28,79 $ le 2 octobre et de 27,3 % par rapport à 24,00 $ le 2 juillet. Le détenteur d’un indice canadien général possède une partie de cette exposition par défaut. La même prime fait grimper les prix à la pompe, ce qui explique pourquoi Continuum Economics s’attend à ce que l’inflation globale canadienne se maintienne à 3,0 % à la publication des données de septembre le 19 octobre.

Le West Texas Intermediate est passé de 68,58 $ US le 1er juillet à 95,09 $ US le 14 octobre, et il se situe maintenant au-dessus des deux hypothèses de prix de Deloitte, soit la moyenne de 90 $ US pour 2026 et celle de 76,50 $ US pour 2027.

BRUT WTI, $ US LE BARIL 95,09 $ US ▲ 38,7 % DEPUIS LE 1ER JUILL. CLÔTURE QUOTIDIENNE  |  1ER JUILL. AU 14 OCT. 2026
Source : Yahoo Finance, clôture quotidienne des contrats à terme WTI du mois rapproché (CL=F), 1er juillet au 14 octobre 2026 ; hypothèses de prix de Deloitte rapportées par BNN Bloomberg, 8 octobre 2026.  |  hdq.ca

Les lignes en pointillé indiquent les hypothèses de moyenne du WTI de Deloitte, soit 90 $ US pour 2026 et 76,50 $ US pour 2027. Le WTI a atteint un sommet de clôture de 105,83 $ US le 15 septembre.

Pourquoi l’offre ne peut pas réagir dans l’horizon de prévision

Un prix aussi élevé susciterait normalement une nouvelle offre, et au Canada, cela ne se fait pas rapidement. Le premier ministre Mark Carney a annoncé le 1er octobre que le projet de pipeline Pacific Link, une conduite d’exportation d’un million de barils par jour vers la côte ouest, serait traité comme un projet d’intérêt national avec un seul examen fédéral. L’objectif est de terminer cet examen d’ici le 1er septembre 2027, et le coût estimé se situe entre 35,2 milliards et 43,7 milliards de dollars canadiens. L’oléoduc Trans Mountain existant transporte 890 000 barils par jour et fonctionne déjà à pleine capacité.

Les dépenses en immobilisations montrent la même prudence. Selon Statistique Canada, les dépenses en immobilisations ont augmenté d’environ 7 % pour atteindre 11 milliards de dollars au deuxième trimestre, ce que Deloitte qualifie de mouvement modeste, et l’activité de forage était en hausse de 17 % sur un an selon des données de Baker Hughes citées par Deloitte. Le gain canadien lié à la fermeture d’Ormuz est donc un gain de prix et non de volume, et il ne dure que tant que la prime dure. Deloitte suppose que le WTI aura une moyenne de 76,50 $ US en 2027, soit 18,59 $ US sous la clôture du 14 octobre. Les prévisionnistes traitent la prime comme temporaire même si le détroit reste fermé.

Scénario de base et risques extrêmes

Le scénario de base, selon le jugement de cette rubrique, est celui d’une impasse prolongée, avec un pétrole volatil et élevé. Le Brent a clôturé entre 104,72 $ US et 106,65 $ US à chaque séance du 9 au 14 octobre, et le WTI n’a pas clôturé au-dessus de 96 $ US depuis le 18 septembre. Le marché évalue un détroit fermé, et non une escalade.

Le premier risque extrême est une escalade au-delà du transport maritime. L’Arabie saoudite a indiqué qu’une attaque contre un immeuble d’Aramco dans l’est du royaume avait causé un incendie limité, et que des débris de missiles houthis interceptés avaient blessé quatre personnes à Riyad. Des dommages à la capacité de production du Golfe, par opposition au transit, constitueraient un choc différent. Le gaz européen est déjà près d’un sommet en quatre ans, les contrats à terme néerlandais TTF s’échangeant juste au-dessus de 86 euros le mégawattheure contre un sommet de 87,44.

Le deuxième risque extrême est une réouverture, et pour un portefeuille canadien, c’est celui dont on parle le moins. Un retour aux 76,50 $ US que Deloitte suppose pour 2027 représenterait une baisse de 19,5 % par rapport à la clôture du WTI du 14 octobre. Les actions du secteur de l’énergie, qui ont gagné 27,3 % depuis le 2 juillet, en redonneraient une partie, et la croissance des bénéfices qui soutient actuellement les résultats de l’indice canadien diminuerait avec elles.

Ce sur quoi un portefeuille canadien est réellement acheteur

La conséquence est qu’un portefeuille canadien est acheteur de la prime de guerre à un endroit et exposé à celle-ci à un autre. Les bénéfices énergétiques profitent du prix. Tout ce qui est sensible aux taux d’intérêt en paie le prix, parce que le pétrole fait grimper l’inflation globale et que l’inflation globale façonne la trajectoire des taux. Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans s’établissait à 5,21 % le 13 octobre, la Réserve fédérale a relevé sa fourchette cible à 3,75 % à 4,00 % le 16 septembre, et la Fed comme la Banque du Canada rendent leur décision le 28 octobre.

Trois éléments observables montreront quel risque extrême se rapproche : le nombre quotidien de passages dans le détroit, l’IPC canadien de septembre le 19 octobre, et la décision de la Banque du Canada le 28 octobre avec son Rapport sur la politique monétaire. Une hausse des passages à partir de deux par jour serait le premier signal d’une réouverture. Une frappe contre des infrastructures saoudiennes serait le premier signal du contraire.