Un taux directeur qui ne bouge pas pendant un an cesse d’être un chiffre pour devenir un repère. La Banque du Canada a maintenu son taux cible du financement à un jour à 2,25 % pendant sept décisions consécutives avant de le relever de 25 points de base, à 2,50 %, le 28 octobre, sa première hausse depuis juillet 2023.

Ce repère porte un nom dans la recherche. Tversky et Kahneman ont montré dans leur article de 1974 publié dans Science que les gens estiment une valeur en partant d’une référence et en l’ajustant trop peu, un phénomène qu’ils ont appelé l’ancrage. Une année de taux inchangés a fourni exactement ce type de référence à chaque emprunteur, épargnant et détenteur de portefeuille au pays.

L’ancrage est de 2,25 %, et l’ajustement est trop faible

L’ancrage laisse prévoir qu’une variation de 25 points de base sera perçue comme minime, quoi que dise la banque centrale sur la direction. La Banque du Canada a indiqué dans son communiqué d’octobre qu’il pourrait être nécessaire de relever de nouveau le taux directeur, et son Rapport sur la politique monétaire projette une inflation de l’IPC de 3 % en moyenne en 2027, avant un retour à 2 % au milieu de 2028. Un lecteur encore ancré à 2,25 % entend une pause assortie d’une note en bas de page. La Banque du Canada décrit une trajectoire.

L’ancrage déforme aussi le débat sur l’inflation. Les prix à la consommation au Canada ont augmenté de 3,1 % en septembre sur un an, mais la Banque du Canada a établi l’inflation excluant l’essence à 2,2 %, et les données de Statistique Canada montraient l’IPC-tronqué à 1,8 % et l’IPC-médian à 1,9 %. Qui est ancré sur le titre énergétique voit une banque qui combat une inflation de 3 %. Qui est ancré sur l’inflation fondamentale voit une banque qui relève ses taux alors que l’inflation est proche de 2 %.

La Banque du Canada a expliqué qu’elle avait agi pour empêcher la hausse des prix de l’énergie de se répercuter sur les prix des autres biens et services.

Le biais du statu quo a donné à la pause un air de permanence

Samuelson et Zeckhauser ont documenté en 1988 que les décideurs s’en tiennent de façon disproportionnée à la situation actuelle, même lorsque les solutions de rechange ont changé. Sept maintiens consécutifs constituent une longue série de renforcement pour cette tendance. Le taux se situait à 2,25 % depuis la décision du 29 octobre 2025, de sorte que la plupart des emprunteurs ont établi tous leurs plans financiers de l’année écoulée en fonction d’un taux directeur qui n’a jamais bougé.

Le marché hypothécaire montre comment le statu quo a masqué un mouvement déjà amorcé. Les taux hypothécaires fixes suivent les rendements des obligations du gouvernement du Canada, et non le taux à un jour, et le rendement à cinq ans a atteint un sommet de 52 semaines de 3,729 % le 28 septembre, selon money.ca. La CIBC a relevé ses taux fixes à cinq ans de 20 points de base le 9 octobre, selon Canadian Mortgage Trends.

Les taux variables les plus bas, qui suivent la Banque du Canada, passent de 3,45 % à 3,70 %, selon Ratehub. Les emprunteurs à taux fixe ont absorbé leur hausse en septembre et au début d’octobre. Les emprunteurs à taux variable absorbent la leur maintenant.

L’aversion aux pertes attend le paiement, pas l’annonce

Kahneman et Tversky ont rapporté dans leur article de 1979 sur la théorie des perspectives que les pertes pèsent plus lourd que les gains équivalents. La recherche laisse croire que la réaction émotionnelle à une hausse survient au moment où un montant en dollars apparaît, sur un relevé du prêteur ou une lettre de renouvellement, plutôt que le jour de l’annonce. Les détenteurs d’actions ont intégré la hausse dans les cours le jour même. L’indice composé S&P/TSX a progressé de 94 points, ou 0,3 %, pour clôturer à 36 265 le 28 octobre, puis a terminé la séance du 29 octobre à 36 249,03 après un recul de 16,06 points.

L’indice composé S&P/TSX a terminé octobre, à ce jour, 2,9 % au-dessus de sa clôture du 30 septembre, soit 35 235,87, et la hausse du 28 octobre a produit un gain de 0,3 % plutôt qu’une vente massive.

INDICE COMPOSÉ S&P/TSX 36 249,03 ▲ +2,88 % PAR RAPPORT AU 30 SEPT. CLÔTURE QUOTIDIENNE  |  30 SEPT. AU 29 OCT. 2026
Source : YCharts, clôtures quotidiennes jusqu’au 28 octobre 2026 ; La Presse Canadienne, clôture du 29 octobre.  |  hdq.ca

Les clôtures quotidiennes jusqu’au 28 octobre proviennent de YCharts, et la clôture du 29 octobre, du rapport de marché de La Presse Canadienne. La publication de l’IPC de septembre a eu lieu le lundi 19 octobre, et la décision de la Banque du Canada, le mercredi 28 octobre.

Le dollar canadien se négociait à 71,51 cents US et le pétrole brut de décembre à 102,00 $ US le baril le 29 octobre, selon La Presse Canadienne, de sorte que les conditions à l’origine de la hausse étaient pleinement visibles pour les investisseurs en actions. L’écart comportemental se situe entre un portefeuille, où la hausse a été absorbée en une séance, et un budget de ménage, où elle commence à peine à se faire sentir.

Les ancrages ne se dissolvent pas sur une seule donnée

Tversky et Kahneman ont aussi rapporté que les récompenses pour l’exactitude n’éliminaient pas l’effet d’ancrage, ce qui explique pourquoi un second mouvement le 9 décembre se heurterait à la même résistance que le premier. La Réserve fédérale a maintenu son taux à 3,75 % à 4,00 % le 28 octobre par 10 voix contre 2, les deux dissidents favorisant une hausse, de sorte que la valeur de référence bouge de part et d’autre de la frontière.