Les investisseurs devant un calendrier chargé ont tendance à cesser d’agir pour se mettre à attendre. Le jour des élections aux États-Unis est aujourd’hui, le budget fédéral sera déposé jeudi, le 5 novembre, et la Banque du Canada se réunira de nouveau le 9 décembre, après avoir relevé son taux directeur à 2,5 % le 28 octobre, sa première hausse en plus de trois ans.
Attendre semble prudent. La recherche comportementale y voit deux biais précis qui agissent de concert, et l’historique des marchés montre ce que cette combinaison peut coûter.
L’aversion à l’ambiguïté transforme un événement daté en risque inconnu
Daniel Ellsberg a montré en 1961, dans le Quarterly Journal of Economics, que les gens préfèrent un pari dont les probabilités sont connues à un pari dont elles sont inconnues, même lorsque le gain espéré est identique. Craig Fox et Amos Tversky ont étendu ce constat en 1995 et ont observé que l’aversion apparaît surtout lorsqu’une perspective floue est jugée à côté d’une perspective claire. Un calendrier d’actualité chargé d’événements non résolus offre cette comparaison chaque matin.
Chaque élément de cette semaine a une fourchette de résultats connaissable. La directrice parlementaire du budget, Annette Ryan, prévoit un déficit fédéral de 63,3 milliards de dollars pour 2026-2027. La Banque du Canada a un taux directeur annoncé. Pourtant, chaque événement est vécu comme un blanc, et le coût ressenti d’une erreur retombe sur celui qui agit juste avant l’arrivée de la réponse.
Les plus fortes baisses n’ont pas attendu le calendrier
L’indice composé S&P/TSX a enregistré cinq variations quotidiennes de plus de 1 % en 24 séances depuis le 28 septembre, mais a terminé la période en hausse de 0,88 %, et son recul le plus marqué est venu de la technologie plutôt que de la politique.
Variation quotidienne en pourcentage de la clôture de l’indice composé S&P/TSX, du 29 septembre au 2 novembre. Les variations de plus de 1 % ont eu lieu les 7, 9, 14, 15 et 30 octobre ; le recul de 1,74 % du 30 octobre a suivi une chute record d’une journée des actions d’Alphabet. Source : YCharts.
Le 30 octobre, l’indice a reculé de 629 points pour clôturer à 35 620,03, soit une baisse de 1,74 %, alors que l’inquiétude liée aux valorisations de l’IA gagnait les marchés américains. Alphabet avait chuté de plus de 12 % la veille après avoir fait état d’une consommation de liquidités plus forte, et Amazon a perdu 1,4 % sur des bénéfices plus faibles, a rapporté BNN Bloomberg. BNN Bloomberg a attribué la baisse à la technologie et aux craintes sur la valorisation de l’IA plutôt qu’à un événement politique.
Sur les 24 séances, 14 ont clôturé en hausse et 10 en baisse. Le creux de clôture de 35 041,86 le 7 octobre et le sommet de clôture de 36 324,99 le 21 octobre sont séparés de 3,66 %, un écart qui n’aurait récompensé ni l’investisseur qui agissait avant chaque événement ni celui qui restait figé jusqu’à ce que chacun soit passé.
Le biais du statu quo fait paraître l’attente comme une absence de décision
William Samuelson et Richard Zeckhauser ont documenté en 1988, dans le Journal of Risk and Uncertainty, que les gens s’en tiennent de façon disproportionnée à l’option actuelle, et que l’effet s’accentue à mesure que le nombre d’options augmente. Garder des liquidités pendant un événement semble aller de soi. C’est pourtant une répartition, et elle comporte son propre risque, celui de rater la reprise.
Capital Group indique que le S&P 500 a affiché un rendement moyen de 15,4 % sur un an (cours) après les élections de mi-mandat depuis 1950, sans rendement annuel négatif après aucune d’entre elles jusqu’en 2023. Bank of America situe le gain moyen sur 12 mois à environ 14 %. L’inconfort a un fondement : Capital Group constate aussi que les années de mi-mandat affichent un écart-type médian des rendements de près de 16 %, contre 13 % les autres années, avec une volatilité particulièrement élevée dans les mois précédant le jour du scrutin.
Mis bout à bout, ces événements datés offrent une raison de reporter jusqu’au 9 décembre, dans 36 jours. L’historique est un taux de base plutôt qu’une prévision, mais il montre que l’envie d’attendre est un biais documenté et non une lecture du marché.