Le rendement de l’obligation gouvernementale à 10 ans du Canada a grimpé à 3,67 % lundi, son niveau le plus élevé depuis mai, alors que le marché obligataire tentait de réconcilier deux récits contradictoires dans la même semaine. Les données canadiennes ont été sans équivoque solides. Les données américaines ont été sans équivoque faibles. La montée du rendement reflète un marché qui n’a pas encore tranché quel récit importe le plus pour la prochaine décision de la Banque du Canada.

L’emploi canadien a augmenté de 75 100 en juillet, près de cinq fois les 15 000 attendus par les économistes, et le taux de chômage a chuté à 6,4 %, un creux de deux ans. Le PIB du deuxième trimestre a crû à un rythme annualisé de 3,4 %, bien au-delà de la propre prévision de 2,5 % de la Banque du Canada. Le même vendredi, l’économie américaine a perdu 23 000 emplois contre une prévision de gain de 85 000, avec de fortes révisions à la baisse des mois précédents.

Pourquoi les deux ensembles de données pointent la BdC et la Fed dans des directions opposées

Un marché du travail intérieur aussi solide, jumelé à une croissance dépassant de près d’un point complet la propre projection de la Banque du Canada, constitue habituellement le genre de données qui bâtit un argument pour un resserrement plutôt qu’un maintien. La Banque a maintenu son taux directeur à 2,25 % pour une sixième réunion consécutive le 15 juillet, citant des pressions inflationnistes liées à l’énergie qu’elle jugeait en voie de s’atténuer. Les données de juillet rendent ce jugement plus difficile à soutenir.

La Réserve fédérale, sous la présidence de Kevin Warsh, fait face au problème quasi inverse. Un faible rapport sur l’emploi de juillet, assorti de révisions à la baisse importantes, constitue habituellement le genre de données qui renforce l’argument en faveur d’une baisse de taux. Les marchés ont commencé à intégrer une baisse de la Fed à la réunion de septembre comme quasi consensuelle.

La hausse du rendement à 10 ans depuis la décision de la Banque du Canada du 15 juillet retrace les deux fils à la fois.

RENDEMENT OGC 10 ANS 3,67 % ▲ SOMMET DEPUIS MAI QUOTIDIEN  |  8 JUIN AU 10 AOÛT 2026
Source : Investing.com, Trading Economics, rendement de référence de l’obligation à 10 ans du gouvernement du Canada, 8 juin au 10 août 2026.  |  hdq.ca

Le rendement a gagné environ 14 points de base entre le maintien de la Banque du Canada le 15 juillet et le faible rapport sur la paie américaine de vendredi, même si les deux données pointaient vers des orientations de politique opposées.

Ce que l’IPC américain de mercredi fait à ce portrait

L’indice des prix à la consommation américain de juillet est publié mercredi à 8 h 30, heure de l’Est, et c’est la donnée la plus susceptible d’affermir ou de déstabiliser l’argument en faveur d’une baisse de la Fed en septembre. Une publication faible appuie le récit bâti par les données de vendredi sur l’emploi. Une publication forte, arrivant en plus de prix du pétrole en hausse en raison de l’incertitude au détroit d’Ormuz, complique une Fed devant déjà composer avec un marché du travail faible et des coûts énergétiques élevés simultanément.

Pour les portefeuilles canadiens, la transmission passe autant par le taux de change que par la politique intérieure. L’USD/CAD est tombé à 1,3929 lundi, un sommet de huit semaines pour le dollar canadien, mené presque entièrement par l’écart entre les données solides du Canada et les données faibles des États-Unis plutôt que par quoi que ce soit qu’ait fait la Banque du Canada.

La décision du 2 septembre est encore évaluée comme un maintien

Malgré la vigueur des données canadiennes, les marchés obligataires n’évaluent qu’une probabilité de 1 % d’une hausse de la Banque du Canada lors de la décision du 2 septembre, grimpant à 31 % d’ici la réunion du 28 octobre selon la tarification des swaps de taux à un jour. Le propre cadrage de la Banque en juillet, voulant que les pressions inflationnistes liées à l’énergie s’atténuaient même si certains décideurs remettaient en question la durabilité de ce point de vue, laisse croire que le Conseil de direction est plus susceptible de maintenir et d’attendre une confirmation sur plusieurs données que de réagir isolément à un seul rapport d’emploi solide et à une seule surprise à la hausse du PIB.

Le risque à cette lecture se situe du côté du pétrole. Si des prix du brut élevés liés à l’impasse non résolue à Ormuz continuent de se répercuter sur l’inflation globale au moment même où les données intérieures demeurent aussi solides, l’argument voulant que la Banque agisse avant octobre se renforce à chaque publication de données d’ici le 2 septembre.