L’effondrement des pourparlers commerciaux Canada-États-Unis a fait plus que bouger les chiffres annoncés lundi après-midi. Il a brisé simultanément deux tendances pluri-hebdomadaires qui n’avaient rien à voir l’une avec l’autre, un rallye obligataire bâti sur des données intérieures vigoureuses et un rallye monétaire bâti sur un resserrement des écarts de taux, pendant que l’or continuait de grimper sur une histoire qui ne touche ni l’un ni l’autre.
La courbe des taux intégrait une Banque du Canada belliciste. Aujourd’hui, elle a cessé.
Les taux des obligations du gouvernement du Canada à 10 ans ont passé deux semaines à grimper vers leur plus haut niveau en plus de deux ans, touchant 3,77 % vendredi alors que de solides ventes manufacturières et un chiffre préliminaire vigoureux du PIB du deuxième trimestre, 3,4 % annualisé contre la propre prévision de 2,5 % de la Banque du Canada, ont poussé les négociateurs à intégrer moins de place pour une baisse à court terme. Cette montée a pris fin lundi. Les taux ont reculé de neuf points de base à 3,68 %, alors que l’effondrement des pourparlers commerciaux Canada-États-Unis et les tarifs de rétorsion d’Ottawa, en vigueur le 8 septembre, ont réinitialisé le calcul de croissance que les données seules avaient jusque-là contredit.
Ce n’est pas un renversement du chiffre du PIB. C’est une indication de quel risque le marché obligataire pèse le plus lourdement à l’approche de la décision du 2 septembre. Un chiffre de PIB vigoureux plaide pour maintenir la ligne. Un nouveau tarif américain de 50 % sur 20 milliards de dollars de biens canadiens, accompagné d’une rétorsion dollar pour dollar, plaide pour une baisse afin d’amortir le choc. Le mouvement de lundi indique que la seconde histoire l’emporte dans le débat au sein du marché obligataire, même si rien n’a changé dans les données de vendredi.
L’aller-retour du taux à 10 ans résume ce virage en une phrase : une montée constante, guidée par les données, vers le plus haut niveau en plus de deux ans, interrompue en une seule séance par un choc commercial que la courbe des taux n’avait pas intégré.
Le taux à 10 ans a redonné neuf points de base lundi, son renversement le plus marqué en une seule séance depuis le début de la montée vers un sommet de deux ans au début août. Source : Banque du Canada, Bloomberg.
Le rallye de deux semaines du huard est mort en une seule séance
Le USD/CAD a glissé de 1,3941 le 12 août à 1,37635 vendredi, la meilleure séquence du huard en trois mois, bâtie sur un resserrement des écarts de taux Canada-États-Unis et des données manufacturières qui suggéraient que l’économie canadienne tenait mieux que craint. Lundi a effacé presque tout cela en une seule séance. Le USD/CAD a bondi à 1,3833, avec un mouvement intrajournalier atteignant 1,3851 selon certains rapports, la pire journée de la devise en plus de deux mois.
Le mécanisme est simple, et ce n’est pas le même mécanisme qui a bougé le marché obligataire. Les obligations ont réévalué le risque de croissance. La devise a réévalué directement le risque commercial : un tarif qui frappe 20 milliards de dollars d’exportations canadiennes est un coup porté à la balance commerciale qu’une baisse de taux ne peut pas entièrement compenser, et les marchés des devises ont réagi selon cette logique dans les heures suivant l’annonce de la rétorsion.
Le USD/CAD montre le même schéma de l’autre côté de l’échange : une devise qui s’était discrètement renforcée pendant deux semaines a complètement brisé cette tendance dans la séance de lundi.
Le USD/CAD a affiché lundi son plus important mouvement à la hausse en une seule séance depuis plus de deux mois, effaçant presque toute l’avance de deux semaines du huard. Source : Bloomberg, MTFX.
L’or n’a pas reçu le mémo
L’or a clôturé au-dessus de 4 600 dollars l’once vendredi pour la première fois depuis la mi-mai et s’est approché de 4 650 lundi, prolongeant un rallye bâti sur une tout autre histoire : la décision du Trésor américain de doubler son programme de rachat d’obligations à long terme, qui a ravivé le mouvement de dévaluation monétaire et exercé une pression sur le dollar américain au sens large depuis le début août. Cette histoire n’a rien à voir avec le conflit tarifaire Canada-États-Unis.
Cette distinction compte pour la façon dont un conseiller lit le marché aujourd’hui. Un récit généralisé de dollar faible, celui sur lequel l’or se négocie, soutiendrait normalement le CAD aux côtés de l’or. Ce n’est pas arrivé. La pire journée du CAD en deux mois est survenue le même jour où l’or s’approchait de sommets de trois mois, parce que le mouvement du huard était propre au choc tarifaire, et non un sous-produit de l’histoire plus large du dollar. Un client qui voit les manchettes sur l’or et en tire une conclusion sur la devise lit le mauvais graphique demain matin.