La Banque du Canada a maintenu son taux du financement à un jour à 2,25 % le 2 septembre, pour un neuvième mois consécutif, la pause la plus longue depuis le début du cycle de baisses au début de 2025. La déclaration qui accompagnait cette décision décrivait un exercice d’équilibre plutôt qu’une certitude : l’inflation globale à 3,0 %, attribuable aux coûts de l’énergie liés au conflit au Moyen-Orient, face à une guerre commerciale avec les États-Unis que la Banque dit encore assez instable pour forcer de nouvelles baisses.

La Réserve fédérale évolue dans le sens contraire. Une lecture de l’indice des prix à la production d’août de 0,4 % sur un mois a fait grimper à environ 70 % les probabilités implicites d’une hausse de taux lors de la décision du 16 septembre, contre 62 % une semaine plus tôt, UBS prévoyant maintenant deux hausses de 25 points de base d’ici la fin de l’année. Il y a douze mois, les deux banques centrales réduisaient leurs taux dans la même direction. Elles ne sont plus alignées.

Deux banques centrales qui divergent pour la première fois du cycle

Les deux banques ont passé la majeure partie de 2025 à réduire leurs taux presque en parfaite synchronisation, la Banque du Canada de 3,00 % en janvier à 2,25 % en octobre, la Réserve fédérale de 5,50 % à 3,75 % sur la même période. L’écart entre les deux s’est resserré de 250 à 150 points de base pendant cette période. Ce qui change maintenant, c’est la direction, pas seulement le rythme : une économie canadienne qui absorbe encore la pression tarifaire plaide pour un maintien ou une nouvelle baisse de la Banque du Canada, tandis qu’une économie américaine confrontée à une inflation tirée par le pétrole et à des communications musclées de la Fed plaide pour l’inverse.

Les deux trajectoires de politique monétaire ont évolué en parallèle pendant la majeure partie de l’an dernier et n’ont commencé à diverger que récemment, la Banque du Canada étant maintenant en pause tandis que les marchés à terme américains évaluent une probabilité non négligeable d’un revirement complet de la Réserve fédérale.

ÉCART DE TAUX DIRECTEUR, BDC ET FED 150 pb ▼ DEPUIS 250 pb (JANV. 2025) MENSUEL  |  JANV. 2025 À SEPT. 2026
Source : annonces de taux de la Banque du Canada et de la Réserve fédérale américaine, janv. 2025 à sept. 2026.  |  hdq.ca

Les valeurs présentées correspondent au taux directeur en vigueur à la fin de chaque mois, selon les dates d’annonce officielles. Le chiffre de septembre 2026 pour la Fed reflète le taux en vigueur avant la décision du 16 septembre. Source : Banque du Canada, Réserve fédérale américaine.

Ce qu’un écart grandissant signifierait pour l’obligation à cinq ans et les renouvellements hypothécaires

Une hausse de la Fed sans mouvement correspondant de la Banque du Canada élargirait l’écart de taux directeur pour le ramener près de son niveau de la mi-2025, exerçant une pression à la hausse sur les rendements du Trésor américain que les rendements obligataires canadiens à cinq ans tendent à suivre, même lorsque la Banque du Canada elle-même reste immobile. Cela touche directement la vague d’hypothèques à taux fixe de cinq ans contractées pendant l’essor du crédit de 2020 et 2021, qui arrivent à échéance de renouvellement au cours des deux prochaines années, puisque le taux auquel un propriétaire renouvelle dépend en grande partie du rendement des obligations du gouvernement du Canada à cinq ans, et non seulement du taux du financement à un jour.

La Banque du Canada a pour l’instant la marge nécessaire pour ne pas s’attarder sur un écart grandissant. Le taux de chômage canadien est demeuré à 6,4 % en juillet, les dépenses de consommation ont affiché des gains solides, et les exportations comme les investissements des entreprises ont progressé nettement, autant de signes que l’économie absorbe le choc tarifaire mieux que la Banque ne le craignait plus tôt dans l’année. Cela donne à la Banque la latitude de maintenir son taux malgré une hausse américaine plutôt que de la suivre, du moins pour un cycle de décision.

Le chiffre d’inflation qui complique les deux camps

La complication est la même pour les deux banques : le pétrole. Un brut au-dessus de 97 dollars le baril alimente directement le chiffre d’inflation globale canadienne de 3,0 % cité par la Banque du Canada le 2 septembre, ainsi que la même pression sur les prix à la production qui pousse la Réserve fédérale vers une hausse. Une banque centrale qui réduit ses taux au milieu d’une poussée d’inflation énergétique risque de l’ancrer davantage. Une banque centrale qui maintient ou hausse ses taux au milieu d’une guerre commerciale risque d’étouffer la croissance déjà menacée par les tarifs. Ni la Banque du Canada ni la Réserve fédérale n’ont de version facile de cette décision à prendre.