L’indice composé S&P/TSX a clôturé à 35 616,77 jeudi, en baisse de 289,79 points, ou 0,81 %, son plus bas niveau en six semaines. Ce repli est survenu même si le brut WTI a grimpé à 102,48 $ le baril, habituellement un vent favorable pour un indice canadien fortement pondéré en énergie. Cela n’a pas suffi jeudi, parce que l’histoire dominante de la journée n’était pas le pétrole. C’était Washington.
La menace sur les marchés publics qui a effacé tout l’appui du pétrole
Le président Trump a menacé de demander à la General Services Administration et au représentant américain au Commerce de retirer les produits d’origine canadienne des listes fédérales d’approvisionnement, à moins que le Canada ne rétablisse ce que l’administration appelle une réciprocité pleine et équitable pour les agriculteurs et les entreprises américaines. Les listes en cause représentent plus de 50 milliards de dollars d’achats annuels du gouvernement américain. CGI, WSP Global, AtkinsRealis, Stantec et Aecon Group, toutes des entreprises canadiennes d’ingénierie et d’infrastructure ayant une exposition importante aux contrats du gouvernement américain, ont chacune chuté de plus de 2 % à la nouvelle. CGI à elle seule tire environ 15 à 20 % de son chiffre d’affaires total de contrats gouvernementaux américains.
Bombardier a été touché encore plus durement, glissant de 7 à 8 % à environ 293,49 $, en raison d’une menace distincte visant précisément ses ventes d’avions aux États-Unis, un marché qui représente environ la moitié du chiffre d’affaires total de l’entreprise. Le mécanisme pour les portefeuilles canadiens est simple : il ne s’agit pas de titres de matières premières dont l’exposition évolue avec un prix mondial. Leurs revenus dépendent d’une contrepartie précise, le gouvernement fédéral américain, qui peut être réorienté par une politique d’une façon qu’un baril de pétrole ne peut pas l’être.
Ce repli prolonge une glissade qui s’était amorcée avant même l’ouverture de la séance de jeudi, déjà bien en deçà du sommet de six semaines établi par l’indice fin août.
L’indice a reculé lors de quatre des cinq dernières séances, une séquence amorcée par un repli mené par les technologies le 8 septembre et prolongée par la menace sur les marchés publics de jeudi. Source : Yahoo Finance Canada.
Enbridge a poursuivi ses transactions malgré le repli
Toutes les manchettes de jeudi n’étaient pas défensives. Enbridge a annoncé l’acquisition des activités pétrolières de Tallgrass Energy pour 2,55 milliards de dollars, élargissant son réseau de pipelines de liquides aux États-Unis à un moment où des prix du pétrole élevés rendent l’économie des pipelines plus attrayante, et non moins. L’indice plafonné des services financiers S&P/TSX a en fait progressé de 0,34 % jeudi, même si l’indice composé élargi a reculé, une preuve qu’il s’agissait d’un coup ciblé sur des titres précis plutôt que d’une séance généralisée d’aversion au risque.
L’or racontait une histoire semblable. Le métal a reculé de plus de 1 % jeudi, autour de 4 358 $ l’once, sous la pression de la même hausse des rendements du Trésor et des attentes musclées à l’égard de la Réserve fédérale qui compliquent les marchés plus largement, même si les FNB aurifères mondiaux ont attiré environ 18 milliards de dollars en août, le deuxième afflux mensuel en importance jamais enregistré.
Ce que jeudi signale réellement pour un portefeuille canadien
La lecture pour les conseillers est plus étroite que ne le laisse croire le mouvement de l’indice principal. Il s’agissait d’un choc sectoriel spécifique touchant des entreprises fortement exposées aux revenus du gouvernement américain, s’ajoutant à un repli mené par les technologies deux séances plus tôt, et non d’un repli généralisé des actions canadiennes. Les financières ont tenu bon. L’énergie a profité d’un appui du pétrole, même si cela n’a pas suffi à compenser les titres d’ingénierie et d’infrastructure. Un client qui demande pourquoi le TSX a reculé aujourd’hui mérite la réponse précise, une menace sur les marchés publics visant une poignée d’entreprises nommées, plutôt qu’une vague référence à une semaine difficile pour les marchés.