L’indice de volatilité Cboe a clôturé à 17,84 le 10 septembre, son plus haut niveau en six semaines et sa quatrième hausse hebdomadaire consécutive. Cette progression suit l’escalade entre Washington et Téhéran autour du trafic de pétroliers dans le détroit d’Ormuz, où la société d’analyse maritime Kpler a documenté une baisse des transits quotidiens, passés d’environ 20 navires avant le conflit à une moyenne de 13 sur dix jours.

Le brut WTI est passé d’un peu plus de 90 dollars début août à plus de 97 dollars le baril au 10 septembre, et l’or s’est maintenu près de 4 400 dollars l’once malgré un dollar américain plus fort, une combinaison qui traduit habituellement une véritable inquiétude des investisseurs plutôt qu’un choc ponctuel lié à une manchette.

Une hausse de quatre semaines que les marchés ont largement ignorée

L’ampleur du mouvement n’a rien d’exceptionnel. Un VIX à 17,84 demeure bien en deçà du niveau de 20 que les marchés considèrent généralement comme le seuil d’une volatilité élevée, et loin des niveaux observés lors de tensions aiguës. C’est la forme de la hausse qui mérite l’attention : quatre augmentations hebdomadaires consécutives, chacune plus modeste que ne le laisseraient croire les manchettes, superposées à une perturbation croissante de l’approvisionnement qui a désormais entraîné des frappes américaines directes contre des pétroliers iraniens.

La progression de l’indice, d’un creux de mi-août près de 14,3 à 17,84 au 10 septembre, suit de près le calendrier de l’escalade à Ormuz, le bond quotidien le plus marqué étant survenu le lendemain des premières frappes des forces américaines contre des pétroliers iraniens.

INDICE DE VOLATILITÉ CBOE (VIX) 17,84 ▲ 29 % DEPUIS LE CREUX D’AOÛT QUOTIDIEN  |  11 AOÛT AU 10 SEPT. 2026
Source : Cboe Global Markets, données de clôture quotidienne du VIX, 11 août au 10 septembre 2026.  |  hdq.ca

Le VIX a grimpé pendant quatre semaines consécutives pour atteindre 17,84, un niveau qui demeure sous le seuil de 20 généralement considéré comme celui d’une volatilité élevée. Source : Cboe Global Markets.

Le sondage de sentiment AAII publié le 9 septembre situe les investisseurs baissiers à 39,3 % contre 38,0 % de haussiers, un écart qui s’est resserré puis élargi semaine après semaine sans se stabiliser dans un sens ou dans l’autre depuis la fin juillet. Ce n’est pas le profil d’un marché qui a arrêté sa décision.

Pourquoi l’absence de panique est elle-même le signal

Les travaux de Daniel Kahneman et Amos Tversky, publiés en 1979, ont établi que les investisseurs ressentent la douleur d’une perte environ deux fois plus intensément que le plaisir d’un gain équivalent. Cet effet ne se manifeste pas toujours par une panique visible. Il apparaît souvent d’abord sous la forme d’une réticence discrète à regarder : un client qui cesse de consulter ses relevés et de poser des questions, au moment précis où les questions comptent le plus.

Une hausse progressive de la volatilité sur quatre semaines, sans journée de forte baisse pour provoquer une conversation, est exactement le terreau où s’installe cette réticence. Les clients n’appellent pas parce que rien ne leur est encore arrivé, non parce que rien ne se passe sur les marchés.

Un effet de récence qui joue dans le mauvais sens

Le biais de récence, cette tendance à accorder le plus de poids aux données les plus récentes, a joué en faveur du calme pendant la majeure partie de 2026. Un été tranquille a appris aux investisseurs que les manchettes sur les saisies de pétroliers et les frappes de missiles ne se traduisent pas forcément par des dommages au portefeuille, une leçon renforcée chaque semaine où le marché n’a pas chuté fortement. Le même mécanisme qui a nourri cette complaisance durant une période calme peut se défaire tout aussi vite dès qu’un seul mouvement brusque brise le schéma auquel les investisseurs se sont habitués.

Les travaux de Richard Thaler sur la comptabilité mentale suggèrent que les investisseurs ayant classé le conflit d’Ormuz comme un simple bruit de fond percevront la prochaine escalade comme une surprise bien plus grande que ceux qui ont suivi la tendance de la volatilité depuis le début. La hausse du VIX sur quatre semaines est précisément le type de donnée à présenter à un client maintenant, pendant que la conversation est encore calme.