La Réserve fédérale a porté sa fourchette cible à 3,75 % à 4,00 % le 16 septembre, la première hausse du taux des fonds fédéraux depuis 2023. Deux semaines plus tôt, le 2 septembre, la Banque du Canada avait maintenu son taux directeur à 2,25 % pour une septième annonce prévue consécutive. Les deux banques centrales que les conseillers canadiens suivent de plus près n’avancent plus dans la même direction, et la raison tient à la façon différente dont chaque économie absorbe le même choc pétrolier.

Les deux banques centrales réagissent au même événement de fond : le conflit en cours avec l’Iran et la perturbation du détroit d’Ormuz, qui ont fait grimper fortement les prix du brut depuis le printemps et les ont maintenus élevés tout au long de septembre. C’est dans le mécanisme que chaque banque surveille, et dans la conclusion que chacune en a tirée, que les deux trajectoires se séparent.

Ce que la Fed a vu et qui l’a fait bouger

La Réserve fédérale a abaissé ses taux jusqu’à la fin de 2025, ramenant la fourchette cible de 4,25 % à 4,50 % jusqu’à 3,50 % à 3,75 % en décembre, puis l’a maintenue à ce niveau pendant le premier semestre de 2026. La hausse du 16 septembre, qui la reporte à 3,75 % à 4,00 %, a renversé cette trajectoire, la Fed estimant que l’inflation alimentée par l’énergie se généralise au lieu de rester confinée à la pompe, un risque qu’elle a jugé bon de traiter directement plutôt que d’attendre qu’il se résorbe.

La Banque du Canada lit un tableau sensiblement différent à partir de ce qui semble, en surface, être la même donnée d’entrée. L’inflation globale au Canada est restée à 3,0 % en août, comme en juillet et conformément aux prévisions consensuelles. Mais les mesures de l’inflation fondamentale que privilégie la Banque du Canada, l’IPC-tronq et l’IPC-méd, se sont établies en moyenne plus près de 2,0 %, en ligne avec la cible. L’essence explique à elle seule l’essentiel de l’écart : les prix à la pompe ont augmenté de 22,8 % sur un an en août, contre une hausse de 25,7 % en juillet, et le fait de retirer l’essence du calcul ramène l’inflation globale à 2,4 %.

Le graphique en escalier ci-dessous retrace les deux banques depuis le début de 2025, et le point où les deux lignes cessent d’évoluer dans la même direction n’est pas un écart d’arrondi. Il s’agit d’une véritable divergence de politique : la Banque du Canada juge que sa pression inflationniste est étroitement concentrée dans l’énergie, alors qu’une trajectoire de croissance plus lente attribuable aux droits de douane plaide contre un resserrement, et la Réserve fédérale juge que la même grande catégorie de pression justifie à elle seule un changement de cap.

BANQUE DU CANADA ET FED : TAUX DIRECTEURS 2,25 % ▼ -75 pb depuis janv. 2025 PAR DÉCISION  |  JANV. 2025 À SEPT. 2026
Source : Banque du Canada, annonces de taux ; Réserve fédérale, décisions du FOMC, sept. 2026.  |  hdq.ca

Les deux banques ont abaissé leurs taux tout au long de 2025 avant que leurs trajectoires ne se séparent : la Banque du Canada maintient son taux à 2,25 % depuis octobre 2025, tandis que la Réserve fédérale a repris le resserrement le 16 septembre 2026. Source : Banque du Canada ; Réserve fédérale.

La transmission aux ménages canadiens

Un taux de la Banque du Canada maintenu face à une Réserve fédérale qui relève le sien dispose d’un canal de transmission direct par la devise et par les rendements des obligations du gouvernement du Canada, qui évoluent en partie au diapason des rendements des bons du Trésor américain, peu importe ce que fait la Banque du Canada sur le plan intérieur. Un écart de taux qui se creuse tend à exercer une pression sur le dollar canadien, et un dollar plus faible se répercute sur les mêmes coûts de l’essence et des biens importés qui alimentent déjà l’écart entre l’inflation globale et l’inflation fondamentale décrit plus haut.

Pour un titulaire de prêt hypothécaire qui fait face à un renouvellement, le signal à court terme de cette divergence est une Banque du Canada qui a explicitement choisi de ne pas suivre une Réserve fédérale en mode de hausse, ce qui maintient le taux à cinq ans intérieur et les autres échéances plus courtes ancrés plus près du taux directeur de 2,25 % que de la trajectoire américaine. C’est l’inverse de la pression qu’ont subie les emprunteurs canadiens lors du cycle de resserrement de 2022 à 2023, quand les deux banques centrales évoluaient de concert.