Les rendements des obligations du gouvernement du Canada à 10 ans ont clôturé à 3,95 % jeudi, égalant le sommet atteint à la mi-septembre et marquant l’un des mouvements à court terme les plus marqués de la courbe des taux depuis le printemps. Ce mouvement fait suite à la décision de la Réserve fédérale du 16 septembre de relever sa fourchette cible d’un quart de point à 3,75 % à 4,00 %, la première hausse américaine depuis 2023, annoncée sous la direction du nouveau président Kevin Warsh sur un ton nettement belliciste.
Un écart grandissant, sans pont avant le 28 octobre
La Banque du Canada, pour sa part, n’a pas bougé. Elle a maintenu son taux à un jour à 2,25 % le 2 septembre pour une septième décision consécutive, invoquant les prix de l’énergie liés au conflit persistant au Moyen-Orient et l’échec des pourparlers commerciaux entre le Canada et les États-Unis comme motifs de prudence plutôt que de confiance. Les deux banques centrales affichent désormais un écart de 175 points de base, le plus large de ce cycle, et aucune des deux n’a de décision prévue avant la réunion du 28 octobre de la Banque du Canada, qui s’accompagnera, pour la première fois depuis avril, d’un Rapport sur la politique monétaire complet et de nouvelles projections.
Le gouverneur Tiff Macklem a déjà signalé que les nouveaux droits de douane américains pourraient faire chuter la croissance canadienne du quatrième trimestre sous 1 %, un contexte qui rend la Banque plus encline à la prudence qu’à emboîter le pas au resserrement de la Fed. Les marchés intègrent en fait six semaines d’incertitude quant à la direction que prendra ensuite la politique canadienne.
La zone ombragée indique les séances suivant la décision de la Réserve fédérale du 16 septembre, période durant laquelle le rendement à 10 ans est remonté vers son sommet de septembre.
Ce que l’IPC d’août a vraiment révélé à la Banque
Statistique Canada a rapporté que l’IPC global est resté à 3,0 % sur un an en août, égalant juillet et correspondant exactement au consensus. Hors essence, les prix ont augmenté de 2,4 %, en hausse par rapport à 2,2 % en juillet, un signe que la pression sous-jacente s’accentue même si le chiffre global, plus volatil, reste stable. Les mesures de l’inflation fondamentale privilégiées par la Banque, la moyenne tronquée et la médiane, se sont établies en moyenne à 2,0 %, exactement à la cible selon cette lecture plus étroite.
Cette combinaison, un chiffre global stable et une inflation hors essence en hausse, est exactement le type de données ambiguës qui appuie un maintien plutôt qu’un mouvement dans un sens ou dans l’autre. Elle donne à la Banque une marge pour attendre le Rapport sur la politique monétaire d’octobre plutôt que de réagir à une seule donnée.
La transmission aux taux hypothécaires fixes
Le rendement à 10 ans sert d’ancrage à la tarification des hypothèques fixes de cinq ans au Canada, et sa remontée à 3,95 % cette semaine joue contre tout répit pour les propriétaires qui renouvellent au cours des prochains mois, peu importe ce que fera la Banque du Canada avec son taux à un jour, qui n’a pas bougé depuis la baisse d’octobre 2025. Un emprunteur qui compare les taux offerts aujourd’hui à ceux d’il y a deux semaines fait face à un point de départ nettement différent, même si le taux directeur lui-même n’a pas changé.