Le détroit d’Ormuz est maintenant effectivement fermé à la navigation commerciale depuis 207 jours, soit depuis le 28 février. Le transit commercial dans cette voie navigable, qui transportait autrefois environ un cinquième du commerce mondial de pétrole, se situe à près de un pour cent de son niveau d’avant la crise, selon le dernier décompte publié par IMF PortWatch, soit un seul navire ayant transité le 20 septembre contre 85 habituellement. Le brut WTI, pour sa part, a clôturé jeudi à 93,98 dollars américains, en hausse de 1,97 % pour la journée, mais toujours plus de 10 dollars sous le sommet de 102,48 atteint deux semaines plus tôt à peine.
La chaîne : un détroit fermé, un prix qui se refroidit
Le mécanisme qui relie une voie de navigation fermée à un portefeuille canadien passe par l’offre mondiale de pétrole brut. Lorsque près d’un cinquième du commerce maritime mondial de pétrole ne peut emprunter sa route habituelle, le résultat attendu est une prime de prix soutenue, et c’est cette prime qui a poussé le WTI au-dessus de 100 dollars pendant une bonne partie de septembre. Ce qui est inhabituel cette semaine, c’est la direction : le pétrole a chuté de plus de 10 % depuis son sommet du 10 septembre, alors même que le détroit restait fermé et que de nouvelles attaques se poursuivaient, dont un navire de charge touché par un projectile le 23 septembre selon l’UKMTO, et une nappe de pétrole de 94 kilomètres détectée au large de Musandam le 22 septembre qui pourrait, selon les modèles, atteindre partiellement la côte cette fin de semaine.
L’explication n’est pas que la perturbation s’est atténuée. C’est plutôt que les négociants ont partiellement intégré l’hypothèse d’une capacité de contournement continue, le débit réduit mais réel circulant par le corridor maritime temporaire Iran-Oman établi plus tôt dans la crise, ainsi que des progrès diplomatiques rapportés lors des pourparlers de New York.
La zone ombragée indique les quatre séances après le 21 septembre, durant lesquelles de nouvelles attaques dans le détroit ont été signalées alors même que le prix continuait de se replier depuis son sommet du 10 septembre.
Scénario de base et risque extrême
Le scénario de base que HDQ suit depuis le début de la crise tient toujours : un brut élevé mais circonscrit dans une fourchette, autour de 90 à 95 dollars, reflétant un marché qui a adapté sa logistique autour de la fermeture plutôt que d’absorber un choc d’approvisionnement complet. Le risque extrême est une baisse confirmée et soutenue du débit réel de barils, et non seulement des décomptes de transit, qui apparaîtrait dans les données sur les stocks. Les données de suivi indépendantes et les chiffres cités par l’administration Trump continuent de diverger fortement, les autorités américaines citant de 10 à 40 navires en transit par jour contre des décomptes indépendants à un chiffre. Cet écart en soi est une source de risque de mauvaise évaluation des prix : si les chiffres indépendants, plus bas, se révèlent plus proches de la réalité, le marché dispose d’une marge supplémentaire pour se réévaluer à la hausse au-delà de ce que suggère cette semaine.
Les répercussions pour le Canada
Les titres énergétiques canadiens ont accusé un retard sur la perturbation plutôt que de la suivre de près ce mois-ci, une divergence que le bureau Marchés couvre en détail aujourd’hui. Pour un portefeuille canadien, l’implication pratique est qu’un WTI entre 90 et 95 dollars constitue désormais l’hypothèse de travail pour les bénéfices du secteur de l’énergie et pour les propres prévisions d’inflation de la Banque du Canada, et non un sommet appelé à redescendre une fois le conflit résolu. Toute escalade confirmée, le plus vraisemblablement une réduction vérifiée du débit de contournement Iran-Oman, ferait bouger le prix plus rapidement que ne le reflète actuellement le positionnement du marché.