L’inflation canadienne a atteint 3,1 % en septembre, mais le rapport qui compte pour la décision de la Banque du Canada du 28 octobre est celui qui se cache sous le titre. Statistique Canada a indiqué que l’IPC est passé de 3,0 % en août, sous les 3,2 % attendus par les marchés, et que les trois mesures de l’inflation fondamentale de la Banque du Canada ont reculé. C’étaient les dernières données sur les prix que la banque centrale voit avant de décider.
L’essence a fait le travail. Les prix à la pompe étaient supérieurs de 27,8 % à ceux d’il y a un an, contre 22,8 % en août, et l’inflation globale de l’énergie est passée à 19,0 % contre 15,4 %. L’IPC mensuel n’a progressé que de 0,1 %, après une baisse de 0,1 % en août.
Un choc d’offre, pas encore une spirale des prix
La distinction que fait la Banque du Canada oppose un changement ponctuel du niveau des prix dû à l’énergie à une accélération générale des prix. L’IPC hors essence a ralenti à 2,2 % contre 2,4 %. L’IPC-commun est passé à 2,4 % contre 2,6 %, l’IPC-médian a glissé à 1,9 % contre 2,0 %, et l’IPC-tronqué a reculé à 1,8 % contre 1,9 %. L’inflation des produits d’épicerie est tombée à 1,7 % contre 2,8 %, sa lecture la plus faible depuis mai 2024.
Les zones de faiblesse ne sont pas partout. L’inflation du logement est passée à 1,8 % contre 1,5 % sous l’effet de la hausse du mazout, de l’assurance habitation et des coûts d’entretien, et l’inflation des loyers est restée à 2,8 %. L’IPC-commun à 2,4 % se situe aussi au-dessus de la cible de 2 %, de sorte que l’inflation sous-jacente n’y est pas tout à fait revenue.
L’IPC global se maintient à 2,8 % ou plus depuis six mois consécutifs, une progression qui suit celle de l’essence, tandis que les mesures fondamentales que la Banque du Canada surveille le plus étroitement ont reculé. L’écart entre les deux est la question de politique monétaire.
Les prix de l’essence ont augmenté de 27,8 % sur un an en septembre, tandis que l’IPC hors essence a ralenti à 2,2 % contre 2,4 %. La Banque du Canada vise une inflation de 2 % dans une fourchette de maîtrise de 1 % à 3 %.
Le marché du travail fait une partie du travail
Le rapport sur l’emploi du 9 octobre a modifié les probabilités avant la publication de l’IPC. Statistique Canada a indiqué que l’économie avait perdu 68 000 postes en septembre et que le taux de chômage était monté à 6,5 %. Selon des données de LSEG citées par Reuters, la probabilité d’une hausse d’un quart de point le 28 octobre s’établissait à environ 25 %, contre quelque 40 % quelques heures après la publication.
Les économistes de Bay Street se sont rangés derrière un statu quo. CIBC s’attend à ce que la Banque du Canada laisse son taux directeur inchangé aux deux réunions restantes de l’année, et cinq économistes sondés par Canadian Mortgage Professional prévoient un maintien le 28 octobre. Le taux directeur se situe à 2,25 %, et l’écart de l’IPC de septembre, tant global que fondamental, renforce cet argument.
La tarification à plus long terme est différente. Après le rapport sur l’emploi, les marchés évaluaient encore à 88 % une hausse en décembre, selon le reportage de Canadian Mortgage Professional, et, au début d’octobre, les marchés monétaires anticipaient environ 100 points de base de hausses sur douze mois. La décision du 28 octobre porte donc moins sur le taux lui-même que sur le libellé qui l’accompagne.
Ce qui changerait la donne
Le gouverneur Tiff Macklem a énoncé la condition le 16 octobre. La Banque du Canada n’a pas relevé ses taux, a-t-il dit, et elle a fait abstraction de la hausse des prix de l’énergie, mais plus ceux-ci restent élevés, plus cela devient difficile. Le Brent a clôturé vendredi au-dessus de 109 $ US, son plus haut règlement depuis mai, de sorte que le compte à rebours qu’il a décrit est enclenché.
Deux ensembles de données feraient passer un maintien à une hausse. Le premier est celui des effets de second tour, qui se traduiraient par une hausse de l’IPC-commun et du logement plutôt que par un recul. Le second est celui des attentes, et la Banque du Canada devait publier le 19 octobre ses enquêtes trimestrielles auprès des entreprises et des consommateurs pour montrer si les entreprises prévoient répercuter la hausse de leurs coûts sur leurs clients. Les titres bancaires étaient sans éclat vendredi après les propos du gouverneur, signe que les marchés ont perçu le discours comme penchant vers le resserrement.
Le scénario de base est un maintien le 28 octobre assorti d’un libellé ferme sur l’énergie, et une décision en décembre qui dépendra de la répétition ou non de la faiblesse fondamentale de septembre en octobre. Le risque extrême est un prix de l’énergie soutenu qui forcerait une hausse avant que l’inflation fondamentale ne bouge.