La Banque du Canada a relevé son taux directeur de 25 points de base, à 2,50 %, le 28 octobre, une première hausse depuis juillet 2023. Statistique Canada a fait état d’une inflation globale de 3,1 % pour septembre, de sorte que le nouveau taux demeure 0,6 point de pourcentage sous ce niveau. L’économie comportementale prédit que le chiffre nominal portera tout de même le récit.

La raison tient à une habitude que les économistes appellent l’illusion monétaire : les gens jugent les taux, les prix et les salaires selon leur valeur nominale plutôt que selon ce qu’ils permettent d’acheter après inflation. La décision d’octobre en offre un test limpide.

L’inflation globale dépasse le taux directeur chaque mois depuis mars 2026, un écart que la hausse d’octobre ramène de 0,85 à 0,6 point sans le combler.

CANADA : IPC GLOBAL ET TAUX DIRECTEUR 3,1 % ▲ 0,1 PT VS AOÛT MENSUEL  |  OCT. 2024 AU SEPT. 2026
Source : Statistique Canada, Indice des prix à la consommation, publié le 19 octobre 2026 ; Banque du Canada, cible du taux du financement à un jour (V39079), taux de fin de mois.  |  hdq.ca

Les valeurs sont la variation annuelle de l’IPC global et le taux directeur de fin de mois. La série se termine en septembre et n’inclut pas la hausse à 2,50 % du 28 octobre.

Ce que la hausse a vraiment changé

La Banque a maintenu son taux à 2,25 % pendant sept réunions consécutives avant celle-ci, et le Conseil de direction a discuté d’un nouveau maintien. Le gouverneur Tiff Macklem a dit qu’il pourrait être nécessaire de relever encore le taux, mais que le Conseil procéderait avec prudence et déciderait réunion par réunion. Il a décrit le taux comme encore assez bas pour ne pas freiner la croissance, à la limite inférieure de la fourchette neutre.

Le Rapport sur la politique monétaire d’octobre explique l’urgence. La Banque prévoit maintenant une inflation moyenne de 2,9 % en 2026 et de 3,1 % en 2027, soit 0,4 et 1,1 point de pourcentage de plus que ses projections antérieures. L’énergie en est le principal moteur : l’IPC de septembre montrait des prix de l’énergie en hausse de 19,0 % sur un an, dont 27,8 % pour l’essence.

La croissance devrait tenir pour l’instant. La production du deuxième trimestre a progressé à un rythme annualisé de 3,3 %, et la Banque projette 2,0 % au troisième trimestre et 0,8 % au quatrième. Reuters a rapporté que le rendement des obligations du gouvernement à deux ans a atteint un sommet de deux ans après la décision et que le dollar canadien s’est raffermi à environ 71 cents américains.

Pourquoi le chiffre nominal l’emporte

Shafir, Diamond et Tversky ont montré, dans un article de 1997 du Quarterly Journal of Economics, que les gens raisonnent en termes nominaux plutôt que réels. Irving Fisher avait décrit la même tendance dans son livre de 1928, The Money Illusion. Une réplication de 2021 par Ziano et ses collègues dans le Journal of Economic Psychology, auprès de 604 participants, a reproduit plusieurs des problèmes d’origine.

La théorie des perspectives, exposée par Kahneman et Tversky en 1979, ajoute une seconde force. Les pertes pèsent plus lourd que les gains, et un versement à taux variable qui augmente d’un montant visible en dollars est perçu comme une perte. L’érosion du pouvoir d’achat causée par une inflation de 3,1 % arrive comme une dérive diffuse répartie sur des centaines de petits achats, de sorte qu’elle se remarque rarement.

Il en résulte une asymétrie. Une hausse à 2,50 % ressemble à un resserrement décisif parce que le chiffre figure en détail sur un relevé. Un taux directeur réel d’environ moins 0,6 % ne ressemble à rien, parce qu’aucun relevé ne l’imprime.

Les mesures fondamentales compliquent le récit

L’inflation globale n’est pas la seule lecture. Les mesures fondamentales que la Banque surveille le plus étroitement étaient plus modérées en septembre, avec l’IPC-tronq à 1,8 %, l’IPC-méd à 1,9 % et l’IPC-comm à 2,4 %. Par rapport aux deux premières, un taux directeur de 2,50 % se situe au-dessus de l’inflation fondamentale plutôt qu’en dessous.

Cet écart donne un second rôle à l’ancrage. Tversky et Kahneman ont montré, dans un article de 1974 paru dans Science, que les gens s’appuient sur le premier chiffre qu’ils rencontrent. Les ménages ancrés sur l’inflation globale de 3,1 % auront tendance à juger que la Banque est en retard, tandis que ceux ancrés sur les mesures fondamentales auront tendance à la juger déjà restrictive.

L’expérience locale ajoute du bruit. L’IPC de l’Ontario était de 2,5 % en septembre et celui de Toronto, de 2,1 %, tandis que l’Île-du-Prince-Édouard atteignait 5,7 % et la Nouvelle-Écosse, 5,6 %. Un ménage de Toronto peut raisonnablement avoir l’impression que le chiffre d’inflation national concerne quelqu’un d’autre.

Les marchés n’attendent pas pour trancher le débat. Charles St-Arnaud, de Servus, a dit qu’il serait surpris qu’il n’y ait pas de hausse en décembre, et la prochaine décision tombe le 9 décembre. Trois dates mettront le récit à l’épreuve d’ici là : le budget fédéral le 5 novembre, la publication de l’IPC d’octobre le 16 novembre et la décision de la Banque elle-même.