Le pétrole brut explique pourquoi trois événements en apparence sans lien se sont produits la même semaine. Le West Texas Intermediate a clôturé à 104,12 $ US vendredi, en hausse d’environ 15 % en octobre. La Banque du Canada a relevé son taux cible du financement à un jour pour la première fois depuis juillet 2023, la Réserve fédérale a maintenu sa fourchette de 3,75 % à 4,00 % pendant que les marchés anticipaient une hausse en décembre, et l’indice composé S&P/TSX a connu sa pire séance depuis le 5 juin.

Le lien n’est pas que le pétrole a fait bouger directement le TSX. C’est que le pétrole fixe désormais la trajectoire des taux, et que cette trajectoire fait pression sur l’or, les minières et les titres technologiques richement valorisés. Reuters a attribué la baisse de 629 points de vendredi à un recul de l’or et à des craintes liées aux dépenses en IA, les titres technologiques et ceux de l’exploitation minière des métaux ouvrant la marche.

La Banque du Canada a relevé son taux malgré une inflation fondamentale près de 2 %

La décision du 28 octobre a porté le taux cible du financement à un jour à 2,50 %, le taux officiel d’escompte à 2,75 % et le taux de rémunération des dépôts à 2,45 %. L’argument en faveur de la hausse tenait à l’énergie, non à une inflation généralisée. L’IPC global a atteint 3,1 % en septembre, mais hors essence il s’établissait à 2,2 %, et les mesures fondamentales privilégiées par la Banque se situent près de 2 %, soit 1,8 % pour l’IPC-tronqué et 1,9 % pour l’IPC-médian. Elle prévoit une inflation globale d’environ 3,5 % à la fin de l’année et de 3 % en moyenne en 2027, avant un retour à 2 % à la mi-2028.

La Banque s’attend aussi à un ralentissement de la croissance : le PIB a progressé de 3,3 % en rythme annualisé au deuxième trimestre, avec environ 2 % prévu au troisième et moins de 1 % au quatrième, et le taux de chômage avoisine 6,5 %. Une banque centrale resserre sa politique en plein ralentissement pour empêcher un choc d’offre de se propager. Son communiqué indiquait qu’il pourrait être nécessaire de relever de nouveau le taux directeur, mais que le Conseil de direction avait convenu de procéder avec prudence.

Les marchés voient en octobre un premier pas. Selon les probabilités implicites des marchés citées par nesto après la décision, il y avait 45 % de chances d’une nouvelle hausse de 25 points de base le 9 décembre et 99 % d’une hausse d’ici le 27 janvier. Le rendement des obligations du Canada à deux ans a atteint son plus haut niveau en deux ans, selon Reuters.

Le brut relève les deux trajectoires de taux pendant que l’or en absorbe le coût

La Réserve fédérale a maintenu sa fourchette cible de 3,75 % à 4,00 % le 28 octobre par 10 voix contre 2, six semaines après sa hausse du 16 septembre, une hausse en décembre étant déjà anticipée. Le choc d’offre à l’origine des deux décisions ne s’était pas atténué vendredi. Le UK Maritime Trade Operations Centre a recensé 43 incidents de sécurité dans le Golfe en octobre, dont 30 frappes directes contre des pétroliers, et les marchés craignaient une reprise de l’escalade de la part des États-Unis et d’Israël, avec un troisième groupe aéronaval attendu d’ici la fin de novembre.

Les prix plus élevés de l’énergie profitent aux producteurs canadiens, mais les taux qu’ils provoquent pèsent sur tout le reste de l’indice. Vendredi, le TSX a perdu 629 points, soit 1,74 %, pour clôturer à 35 620,03, son plus bas niveau de clôture depuis le 14 octobre, et Cameco a chuté de 9,5 %. L’indice a cédé 168 points, soit 0,47 %, sur la semaine, mais a tout de même terminé octobre en hausse de 1,09 % après un recul de 2,85 % en septembre.

L’écart de taux est revenu à son point de départ

La Banque du Canada et la Réserve fédérale se retrouvent chacune 50 points de base sous leurs niveaux de janvier 2025, ce qui laisse l’écart entre les deux taux directeurs à 150 points de base, exactement là où il avait commencé.

TAUX À UN JOUR BDC ET BORNE SUPÉRIEURE FED 2,50 % contre 4,00 % ▲ +25 PB BDC 28 OCT DATES DE DÉCISION  |  JANV. 2025 À OCT. 2026
Source : décisions de la Banque du Canada sur le taux directeur (historique via nesto.ca) ; décisions de la Réserve fédérale (via The Right Trader), en date du 28 octobre 2026.  |  hdq.ca

L’écart a atteint 175 points de base en 2025, puis de nouveau du 16 septembre au 27 octobre 2026. La série de la Réserve fédérale suit la borne supérieure de la fourchette cible.

Cette symétrie cadre avec une devise qui a à peine bougé cette semaine. Le dollar canadien a clôturé vendredi à 71,57 cents US, près des 71 cents mentionnés par la Banque dans sa décision. Le même titre sur le pétrole peut désormais faire bouger deux trajectoires de taux au cours de la même après-midi, ce qui explique pourquoi les portefeuilles canadiens détiennent à la fois le gain énergétique et la pression des taux. Chaque banque centrale a annulé exactement autant d’assouplissement que l’autre, de sorte que l’écart qui anime la devise n’a pas bougé, même si la direction de chacune a changé.

La question pour les prochaines semaines est de savoir si les gains énergétiques qu’apporte un brut à plus de 100 $ US peuvent continuer de compenser la pression que sa trajectoire de taux exerce sur tout le reste.