L’indice composé S&P/TSX a reculé de 629,00 points, ou 1,74 %, vendredi pour clôturer à 35 620,03, sa pire séance depuis juin selon Bloomberg. Les trois séances précédentes avaient ajouté 476,91 points, faisant passer l’indice de 35 788,18 le 23 octobre à 36 265,09 le 28 octobre. Un seul après-midi a effacé 152,09 points de plus que l’ensemble de la remontée n’en avait bâti.
L’arithmétique est simple. La psychologie ne l’est pas. Vendredi a aussi été la journée où le Nasdaq 100 a cédé 3,5 %, sa plus forte glissade depuis le début de juin, et où Intel a perdu 29 % après avoir prévu un chiffre d’affaires trimestriel inférieur aux estimations, ont rapporté Bloomberg et Reuters.
L’aversion aux pertes pèse vendredi à plus du double de sa taille
Daniel Kahneman et Amos Tversky ont montré dans leur article de 1979 sur la théorie des perspectives que les gens accordent plus de poids à une perte qu’à un gain de même ampleur. Dans un suivi publié en 1992, Tversky et Kahneman ont estimé le coefficient médian d’aversion aux pertes à 2,25. Une perte se ressent environ deux fois et quart plus grande que le gain équivalent.
Appliquez cette pondération à titre d’illustration, non de mesure. Le recul de 1,74 % de vendredi a une valeur ressentie d’environ 3,9. L’indice avait gagné 2,9 % en octobre jusqu’à jeudi, de sorte que la perte ressentie dépasse le gain ressenti, même si le mois s’est tout de même terminé en hausse de 1,09 % par rapport au 30 septembre.
Le TSX a progressé lors de 13 des 23 séances depuis le 29 septembre et la journée haussière moyenne a ajouté 0,63 %, mais la seule séance qui a clôturé en baisse de 1,74 % valait 2,8 fois cette moyenne.
Les barres montrent la variation en pourcentage de chaque clôture quotidienne par rapport à la séance précédente, et le bloc ombragé marque la semaine du 26 octobre, où l’indice a clôturé en baisse de 0,47 % après trois hausses consécutives. Même après vendredi, les données de TMX Money montrent l’indice en hausse de 12,321 % depuis le début de l’année.
La consultation quotidienne transforme le bruit en pertes
Shlomo Benartzi et Richard Thaler ont soutenu en 1995 que l’aversion aux pertes devient coûteuse lorsqu’elle s’accompagne d’une évaluation fréquente, un phénomène qu’ils ont appelé aversion myope aux pertes. Un investisseur qui consulte son solde chaque jour voit un recul lors de 10 de ces 23 séances. Un investisseur qui regarde une fois par année voit un TSX en hausse de 12,321 % pour 2026.
Le comportement qui en découle est documenté. Terrance Odean a analysé 10 000 comptes de courtage pour son étude de 1998 dans le Journal of Finance et constaté que les ménages réalisaient 14,8 % de leurs gains latents, mais seulement 9,8 % de leurs pertes latentes. C’est l’effet de disposition : vendre trop tôt les gagnants et conserver trop longtemps les perdants. Les gagnants vendus ont ensuite surpassé les perdants conservés de 3,4 points de pourcentage sur l’année suivante.
Vendredi est le cadre où ce phénomène risque le plus de se manifester. Les métaux de base et les titres technologiques ont mené le TSX à la baisse, selon MT Newswires, et le Nasdaq 100 a complété sa troisième baisse hebdomadaire consécutive, selon Bloomberg. Les gagnants récents étaient les titres sous la plus forte pression.
Le rebond de lundi installe le biais de récence
Wall Street a monté lundi alors que le pétrole a dégringolé de plus de 7 % sur l’espoir d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran, a rapporté Reuters, les élections américaines de mi-mandat étant prévues mardi. Intel a reculé de 4,8 % de plus, au lendemain de la pire chute quotidienne de son action depuis les années 1980. Deux données frappantes et opposées sont maintenant séparées de trois séances.
Le biais de récence est la tendance à accorder à la dernière observation plus de poids que ne le justifie un historique plus long. Après un recul marqué, il dit aux investisseurs que la baisse marque la nouvelle tendance. Après un rebond marqué, il leur dit que le danger est passé. Les deux lectures découlent du dernier gros titre plutôt que de l’ensemble du dossier.
Le coût d’agir selon l’une ou l’autre de ces lectures est documenté. Brad Barber et Terrance Odean, dans une étude de 2000 parue dans le Journal of Finance et portant sur 66 465 ménages de 1991 à 1996, ont constaté que les investisseurs les plus actifs avaient gagné 11,4 % par année contre 17,9 % pour le marché. Avec un événement binaire mardi et un processus de paix qui peut s’inverser en une journée, la prochaine décision sera vraisemblablement prise selon le dernier gros titre qui tombera.