Le ministre des Finances François-Philippe Champagne a présenté le budget 2026 le 5 novembre, avec un déficit fédéral projeté de 62,3 milliards de dollars pour 2026-2027. Le même jour, le gouvernement fédéral et la Banque du Canada ont renouvelé la cible d’inflation de 2 % de la banque centrale jusqu’en décembre 2031. Les documents s’accordent sur la cible. Leurs attentes d’inflation à court terme sont moins étroitement alignées.

Les hypothèses de planification économique du budget, fondées sur un sondage de septembre auprès d’économistes du secteur privé, prévoient une inflation annuelle de l’indice des prix à la consommation de 2,2 % en 2027. Le Rapport sur la politique monétaire de la Banque du 28 octobre projette une inflation supérieure à 3 % durant une bonne partie de cette année-là, avant un ralentissement. Il ne s’agit pas de mesures statistiques identiques : l’une est une moyenne de l’année civile, tandis que la Banque décrit un profil trimestriel évolutif. L’écart signale néanmoins une différence de fond quant à la persistance possible du choc énergétique.

Les chiffres budgétaires laissent moins de marge que le titre ne le laisse croire

Les économistes de BMO Robert Kavcic et Shelly Kaushik calculent que le déficit budgétaire s’améliore légèrement, passant de l’estimation de 65,3 milliards de dollars de la mise à jour du printemps à 62,3 milliards pour 2026-2027, soit 1,8 % du PIB. Il devrait s’élargir à 62,5 milliards en 2027-2028, puis diminuer graduellement jusqu’à 52,9 milliards en 2030-2031. Le ratio dette fédérale/PIB projeté est d’environ 39,9 % pour l’exercice en cours et de 40,2 % pour le suivant.

La comparaison la plus frappante est celle avec le déficit estimé de 39,3 milliards de dollars en 2025-2026. Un meilleur point de départ pour les recettes, aidé par la croissance nominale et les prix élevés de l’énergie, a créé une marge pour de nouvelles dépenses et des allégements fiscaux. BMO estime à environ 15,2 milliards de dollars la nouvelle relance nette en 2026-2027 et à 33,8 milliards en 2027-2028, en grande partie déjà annoncée. La politique budgétaire peut soutenir l’investissement à terme, mais un déficit plus important ne signifie pas une hausse du revenu des ménages à court terme.

TRAJECTOIRE DU DÉFICIT FÉDÉRAL : BUDGET 2026 62,3 G$ ESTIMATION, EXERCICE 2026-2027 MILLIARDS DE CAD  |  EXERCICES
Source : BMO Economics, principaux constats du budget 2026, 5 novembre 2026.  |  hdq.ca

La dernière barre correspond à 2030-2031 et est séparée de 2027-2028 par trois exercices ; les catégories ne sont pas des intervalles de temps égaux. Les valeurs sont des montants de déficit, et non des excédents.

Un mandat d’inflation renouvelé n’est pas une prévision

L’énoncé conjoint du 5 novembre a réaffirmé la cible de 2 %, la fourchette de maîtrise de l’inflation de 1 % à 3 % et le traitement symétrique des écarts au-dessus comme au-dessous de la cible. Ce mandat durera jusqu’en 2031. Il préserve le cadre ; il n’ordonne pas à la Banque de réduire ses taux chaque fois qu’une prévision annuelle approche de 2 %. La Banque a relevé son taux cible du financement à un jour à 2,5 % le 28 octobre parce qu’elle jugeait important le risque que la hausse des coûts de l’énergie se propage dans l’économie.

La prévision d’octobre de la Banque est particulièrement importante pour les ménages qui évaluent leur dette à taux variable et pour les conseillers qui réfléchissent à la durée des obligations. Une baisse soutenue du pétrole pourrait réduire la pression sur l’inflation ; des coûts de transport persistants et des prix d’importation plus élevés pourraient maintenir l’inflation élevée. La prochaine décision de la Banque du Canada aura lieu le 9 décembre, et les prochains rapports sur l’emploi et l’inflation compteront davantage pour cette décision qu’un seul titre du budget.

Le Royaume-Uni illustre le même problème de transmission

La Banque d’Angleterre a voté par 8 voix contre 1, le 5 novembre, pour relever son taux directeur de 25 points de base à 4 %, la voix dissidente préconisant une hausse encore plus forte. L’inflation au Royaume-Uni s’établissait à 3,5 % en septembre et les autorités s’attendent à environ 5 % à la mi-2027. La Banque a noté peu d’indices jusqu’ici d’effets indirects de second tour sur les salaires et les prix, mais a jugé le risque assez grand pour agir. Des économies et des mandats différents interdisent une comparaison simple des taux, mais le dilemme de politique est familier : les banques centrales doivent décider quelle part d’un choc énergétique persistera au-delà de la facture initiale de carburant.

Pour les conseillers canadiens, la réponse pratique est l’analyse de scénarios plutôt qu’un concours pour savoir quelle prévision l’emporte. Examinez un portefeuille selon une pause du taux directeur, une autre hausse d’un quart de point et un recul plus lent de l’inflation. Modélisez séparément le service de la dette et la sensibilité des titres à revenu fixe. Le budget 2026 donne une direction à l’investissement public ; le mandat renouvelé et la dernière prévision de la Banque expliquent aux ménages pourquoi les coûts d’emprunt pourraient ne pas suivre immédiatement les hypothèses d’inflation plus bénignes du budget.