Statistique Canada a rapporté que le PIB réel a crû de 0,3 % en mai, soit trois fois l’estimation provisoire de 0,1 % que l’agence avait signalée un mois plus tôt. Il s’agissait d’un deuxième gain mensuel consécutif, et la croissance était généralisée : 13 des 20 secteurs industriels étaient en expansion.

Avec l’estimation provisoire de juin maintenant en main, les données par industrie pointent vers une croissance d’environ 0,8 % au deuxième trimestre. TD Economics chiffre cela, sur une base annualisée, à environ 3,0 %, soit près d’un demi-point au-dessus du gain annualisé de 2,5 % que la Banque du Canada avait prévu pour le deuxième trimestre dans son plus récent Rapport sur la politique monétaire.

Ce qui explique vraiment ce dépassement

Une croissance aussi généralisée n’est pas une seule histoire. Le mécanisme compte plus que le chiffre vedette, et il varie fortement d’un secteur à l’autre.

PIB RÉEL DE MAI 2026 PAR INDUSTRIE, VARIATION MENSUELLE +0,3 % ▲ 13 INDUSTRIES SUR 20 MENSUEL  |  PUBLIÉ LE 31 JUILLET 2026
Source : Statistique Canada, produit intérieur brut par industrie, mai 2026, publié le 31 juillet 2026 ; sommaire de TD Economics.  |  hdq.ca

Les industries productrices de biens ont progressé de 0,6 % dans l’ensemble et les services de 0,2 % ; les sept secteurs présentés expliquent la majeure partie de la dispersion autour de cette moyenne. Source : Statistique Canada.

L’extraction minière, pétrolière et gazière a mené avec un gain mensuel de 1,0 %, le plus fort de tous les secteurs suivis par Statistique Canada. La construction a ajouté 0,8 % et les services publics 0,7 %. Du côté plus faible, l’agriculture s’est contractée de 0,9 %, le seul frein clair parmi les industries productrices de biens. Les services ont crû plus modestement dans l’ensemble à 0,2 %, l’immobilier à 0,4 % et le transport et l’entreposage à 0,3 % assurant l’essentiel de la poussée.

Le canal énergétique est le même qui traverse tout le reste cette semaine

Le gain de 1,0 % des mines, du pétrole et du gaz n’est pas une donnée isolée. La publication commerciale de juin de Statistique Canada, parue mardi, a montré que les exportations totales ont augmenté de 13,1 % au deuxième trimestre, la plus forte hausse trimestrielle depuis le troisième trimestre de 2020, et a attribué près de la moitié de ce gain à des exportations plus élevées de produits énergétiques, poussées en grande partie par des prix élevés liés au conflit au Moyen-Orient.

C’est le même canal qui exerce une pression à la hausse sur les calculs commerciaux du huard cette semaine et le même canal derrière le recul de 6 % du WTI en une seule séance mardi, sur fond d’optimisme lié au transit dans le détroit d’Ormuz. Une publication de PIB qui semble purement domestique repose, en dessous, sur le même prix du pétrole qui fait bouger les articles de trois autres pupitres aujourd’hui.

L’inflation de base ne confirme pas le récit de croissance, et c’est bien là le point

Une croissance forte et généralisée est habituellement le genre de publication qui rend une banque centrale nerveuse à l’égard de l’inflation. Celle-ci est arrivée avec le signal opposé. Les mesures d’inflation de base privilégiées par la Banque du Canada, l’indice tronqué et l’indice médian, sont tombées à 1,8 % et 1,9 % respectivement en juin, chacune en baisse de deux dixièmes par rapport à 2,0 % et 2,1 % en mai, et chacune à son plus bas niveau en plus de cinq ans.

L’IPC global a raconté une version plus bruyante de la même histoire, tombant à 2,8 % en juin après 3,2 % en mai, qui était lui-même le plus rapide depuis décembre 2023. L’oscillation dans les deux sens s’explique presque entièrement par l’essence, qui a fortement ralenti alors qu’un apaisement provisoire au Moyen-Orient a fait baisser les prix de gros du carburant. En excluant la volatilité de l’énergie, la tendance sous-jacente que la Banque cible réellement se refroidit, plutôt que d’accélérer, même si l’économie réelle dépasse la propre prévision de la Banque.

Ce que cette combinaison signifie pour le 2 septembre

La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % lors de six décisions consécutives, la plus récente le 15 juillet. La prochaine annonce est prévue le 2 septembre, et les données rassemblées cette semaine plaident pour la continuité plutôt qu’un changement dans un sens ou l’autre.

Un dépassement de croissance de cette ampleur justifierait normalement que la Banque reste fermement en pause, voire penche vers une posture plus ferme, pour se prémunir contre une économie en surchauffe. Mais le repli de l’inflation de base à un creux de cinq ans retire l’urgence inflationniste que ce dépassement aurait autrement créée, donnant à la Banque la marge de maintenir son taux sans avoir à défendre sa décision face à une remontée des prix. La propre lecture du marché obligataire va dans le même sens : le rendement des obligations du gouvernement du Canada à 10 ans a reculé à 3,57 % mardi, en baisse de neuf points de base sur la séance, ce qui concorde avec un marché qui intègre la continuité plutôt qu’une surprise plus ferme.

La prochaine donnée arrive avant la Banque. Statistique Canada publie l’Enquête sur la population active de juillet vendredi le 7 août, RBC Economics prévoyant un gain modeste de 5 000 emplois et un taux de chômage stable à 6,5 %. Un marché du travail qui conserve sa forme actuelle, aux côtés des données de croissance et d’inflation de cette semaine, laisserait à la Banque peu de raisons de bouger le 2 septembre dans un sens ou l’autre, ce qui constitue en soi une information de planification plus utile qu’un appel directionnel sur le taux.