L’indice composé S&P/TSX a clôturé mardi en hausse de 575,45 points, soit 1,63 %, sa meilleure séance en plusieurs semaines, sur ce que les dépêches ont décrit comme de l’optimisme quant à une réouverture prochaine du détroit d’Ormuz. Le brut WTI a chuté de 6,36 % la même séance, en baisse de 13,6 % depuis son sommet du 23 juillet de 87,01 $.
Le raisonnement qui relie ces deux mouvements est simple : un détroit rouvert signifie une offre rétablie, une offre rétablie signifie un pétrole moins cher, et les actions canadiennes non liées à l’énergie ont profité du soulagement. Ce qui est moins simple, et qui mérite d’être examiné attentivement avant de prolonger ce raisonnement, c’est ce qui se négocie réellement à Mascate cette semaine.
Ce que le marché a intégré par rapport à ce qui est sur la table
Selon des responsables iraniens, américains et omanais cités mardi par le New York Times et l’Oman Observer, l’arrangement qui se dessine accorde à l’Iran et à Oman 60 jours pour négocier l’ouverture du détroit. Durant cette fenêtre, les navires entrant dans le Golfe transiteraient par un chenal contrôlé par l’Iran et proche de sa côte ; ceux qui en sortent emprunteraient un chenal près de celui d’Oman. L’Iran ne facturerait aucun péage formel, mais des « frais de service » couvrant la sécurité, l’impact environnemental et le personnel.
La bande rouge marque la déclaration de Washington du 8 juillet selon laquelle le mémorandum d’entente du 17 juin était terminé ; la bande verte marque les pourparlers actuels sur le corridor entre Oman et l’Iran, entamés lundi. Source : Investing.com.
Par ailleurs, un membre du comité de négociation iranien a déclaré mardi au diffuseur d’État IRIB que l’objectif est un arrangement d’une durée d’un à trois mois dans lequel l’Iran est, selon ses mots, dominant : la sécurité, le déminage et les services maritimes étant tous gérés par l’Iran. Reuters a rapporté mardi que l’Iran souhaite contrôler le transport entrant et avoir une visibilité sur le trafic sortant, avec la capacité d’intervenir s’il le juge nécessaire.
Washington et Téhéran ne décrivent pas le même accord
Un responsable américain a déclaré lundi aux journalistes que la description iranienne des pourparlers était, selon ses mots, inexacte, et a précisé qu’aucun itinéraire temporaire ne nécessiterait d’approbations ou de permissions iraniennes, et qu’aucun péage ne serait exigé. C’est en contradiction directe avec ce que les négociateurs iraniens eux-mêmes déclaraient à leurs propres médias d’État le lendemain.
Au Pentagone, des responsables informés des pourparlers auraient exprimé la crainte que l’arrangement équivaille à une concession qui entérine le contrôle iranien sur ce qui était, avant février, une voie navigable internationale ouverte. D’importants champs de mines demeureraient dans le détroit, peu importe le drapeau à la table des négociations, ce qui signifie que les navires devront coordonner avec l’Iran pour transiter en sécurité, même sur la route que les États-Unis ont protégée.
Le taux de base que ce marché n’a pas encore intégré
Ce n’est pas la première fois en 2026 qu’une désescalade dans le détroit d’Ormuz est intégrée comme durable. Le mémorandum d’entente du 17 juin mettant fin à la guerre initiale a provoqué un soulagement boursier semblable avant que Washington ne le déclare terminé le 8 juillet et reprenne ses frappes, faisant bondir le WTI de 4,4 % en une seule séance. Le président Trump a prédit à plusieurs reprises depuis le début de la guerre en février que le détroit pourrait rouvrir « littéralement demain », une affirmation qui ne s’est pas encore avérée exacte.
Rien de tout cela ne signifie que les pourparlers actuels échoueront. Cela signifie que le taux de base pour qu’une désescalade annoncée dans le détroit d’Ormuz se transforme en résolution durable, plutôt qu’en arrangement à durée limitée qui rouvre la même question dans un à trois mois, n’a pas été élevé cette année. Une structure que les deux camps décrivent comme temporaire, avec une durée de vie négociée déclarée par le camp iranien lui-même, n’appartient pas à la même catégorie analytique qu’une réouverture réglée, peu importe ce que le marché en a fait mardi.
La chaîne canadienne : du contrôle du corridor aux revenus d’exportation du T3
La publication commerciale de juin de Statistique Canada, parue mardi, a montré des exportations en hausse de 13,1 % au deuxième trimestre, le plus fort gain trimestriel depuis le troisième trimestre de 2020, près de la moitié de cette hausse étant liée à des prix de l’énergie élevés découlant directement de ce conflit. Ce vent favorable, ainsi que l’excédent commercial et la contribution au PIB qui en découlent, est fonction précisément de la prime de risque que les pourparlers de cette semaine cherchent à retirer.
Si l’arrangement en cours de négociation est bien la structure étroite, administrée par l’Iran et d’une durée d’un à trois mois que décrivent tant les responsables iraniens que les sources du Pentagone, plutôt que la réouverture nette intégrée par les marchés boursiers mardi, la prime de risque qui soutient les revenus énergétiques canadiens risque davantage de se révéler conditionnelle que résolue. Un portefeuille canadien à pondération énergétique importante est exposé à cet écart entre ce qui a été intégré et ce qui a réellement été convenu, et l’exposition joue dans les deux sens : une réouverture réelle comprimerait dès maintenant les revenus du secteur énergétique, tandis qu’un cinquième aller-retour sur le même arrangement étroit laisserait le soutien actuel des prix, et les données d’exportation et de PIB qui en découlent, plus fragiles que ne le suggèrent les manchettes de cette semaine.