La publication commerciale de juin de Statistique Canada, parue mardi, contenait une ligne facile à négliger en chemin vers la balance commerciale vedette. La valeur moyenne du dollar canadien a reculé de 1,7 cent US en juin par rapport à mai, sa plus forte baisse mensuelle depuis octobre 2022.

La propre série de moyennes mensuelles de la Banque du Canada confirme la forme de ce mouvement et le prolonge : le huard a affiché une moyenne de 70,89 cents US en juillet, encore plus faible qu’en juin, et en baisse par rapport à 73,25 cents en février. Il s’agit d’un recul de près de 2,4 cents sur cinq mois, concentré surtout dans la chute de juin signalée par Statistique Canada.

Le mouvement des données que les conseillers ne surveillent pas

Personne ne suit un taux de change moyen mensuel comme on suit la clôture du TSX. Il n’a ni symbole boursier, ni cotation quotidienne, ni graphique dans l’application bancaire d’un client. C’est précisément pour cette raison qu’il mérite un regard attentif en ce moment.

CAD/USD : VALEUR MOYENNE MENSUELLE DU HUARD 70,89 ¢ ▼ 0,48 % PAR RAPPORT À JUIN MENSUEL  |  AOÛT 2025 À JUIL. 2026
Source : Banque du Canada, taux de change moyens mensuels, août 2025 à juillet 2026.  |  hdq.ca

Les chiffres sont en cents américains par dollar canadien, calculés à partir du taux de change moyen mensuel CAD/USD publié par la Banque du Canada. Statistique Canada a rapporté séparément que le mouvement de mai à juin constituait la plus forte baisse mensuelle de la valeur moyenne du dollar depuis octobre 2022. Source : Banque du Canada.

Un client qui convertit régulièrement des dollars canadiens en dollars américains depuis le début de 2026, que ce soit pour alimenter un compte de courtage américain, couvrir des dépenses transfrontalières ou constituer un solde d’exploitation corporatif en dollars américains, l’a fait à un taux nettement moins favorable en juin et juillet qu’entre février et mai. Cela entraîne deux conséquences fiscales directes, et ce ne sont pas les mêmes conséquences.

Deux règles distinctes de l’ARC, pas une seule

Le paragraphe 39(2) de la Loi de l’impôt sur le revenu régit les gains et pertes de change réalisés au compte de capital. Pour les particuliers, les premiers 200 $ CA d’un gain ou d’une perte de change net annuel sont exonérés. Cette exemption s’applique précisément aux gains et pertes découlant de la conversion de devises elle-même : convertir des dollars canadiens en dollars américains et vice-versa, ou utiliser des liquidités en dollars américains pour un achat ou un paiement.

Elle ne s’applique pas au change intégré dans la vente d’un titre libellé en devise étrangère. Quand un client vend une action cotée aux États-Unis détenue dans un compte non enregistré, le gain ou la perte en capital se calcule en convertissant le produit de la vente et le prix de base rajusté en dollars canadiens à leurs dates de transaction respectives, et le chiffre qui en résulte, mouvement de change inclus, constitue un seul gain ou une seule perte en capital, sans seuil de 200 $ applicable. Les conseillers qui appliquent l’exemption de conversion de liquidités à une disposition de titres appliquent une règle qui ne vise pas cette transaction.

Ce que les comptes non enregistrés et corporatifs doivent, contrairement aux comptes enregistrés

Le type de compte détermine si tout cela a la moindre importance. Dans un REER, un FERR, un CELI ou un CELIAPP, le mouvement de change n’a aucune conséquence fiscale personnelle, puisque le revenu et les gains dans ces comptes sont à l’abri de l’impôt ou reportés, peu importe ce que fait le huard. L’exposition se situe entièrement dans les comptes personnels non enregistrés et dans les comptes de placement ou d’exploitation corporatifs.

Pour une SPCC détenant des liquidités d’exploitation en dollars américains ou un compte de placement libellé en dollars américains, l’exemption de 200 $ ne s’applique pas du tout. Le seuil de minimis du paragraphe 39(2) est rédigé pour les particuliers. Une société réalise un gain ou une perte de change sur chaque dollar de mouvement entre l’acquisition et la disposition, sans plancher, imposé au taux d’inclusion standard des gains en capital de 50 %, resté inchangé après l’annulation en mars 2025 de la proposition de 2024 visant à le hausser.

Le seuil du T1135 évolue avec le taux, pas contre lui

Le formulaire T1135 exige que les particuliers, sociétés et certaines fiducies résidant au Canada déclarent les biens étrangers déterminés dès que leur montant du coût total dépasse 100 000 $ CA à un moment quelconque de l’année. Pour un bien acquis en dollars américains, ce montant du coût correspond à la valeur en dollars canadiens au taux de change en vigueur à la date d’acquisition, converti une seule fois puis laissé tel quel. Un huard plus faible aujourd’hui n’augmente pas rétroactivement le montant du coût en dollars canadiens d’un placement américain acheté en février à 73,25 cents.

Ce que ça change, c’est l’arithmétique de chaque nouvel achat effectué à partir de juin. Un client qui verse le même nombre de dollars américains dans un compte de courtage américain en juillet le fait à 70,89 cents plutôt qu’à 73,25 cents en février, ce qui signifie que la même contribution en dollars américains inscrit maintenant un montant du coût en dollars canadiens plus élevé qu’il ne l’aurait été cinq mois plus tôt. Pour un client qui investit progressivement dans des actions américaines durant la seconde moitié de 2026, le seuil cumulatif du T1135 arrive plus tôt en termes de dollars américains qu’il ne l’aurait fait au printemps, uniquement en raison du taux auquel chaque contribution a été convertie.

Le pont de planification, c’est le moment choisi, pas l’attente

Rien de tout cela n’est urgent au sens d’une date limite de production. C’est urgent au sens où le prix de base rajusté est un total cumulatif, suivi transaction par transaction à la date de règlement, et un vide de cinq mois dans l’activité du compte en dollars américains d’un client équivaut à un vide de cinq mois dans le registre du PBR qui devra être reconstitué plus tard, habituellement pendant la saison des impôts, habituellement sous pression et habituellement à partir de relevés de courtage incomplets.

Les conseillers les mieux positionnés cet automne sont ceux qui extraient dès maintenant l’activité des comptes en dollars américains des clients susceptibles d’être touchés, pendant que les conversions de juin et juillet sont encore fraîches dans la mémoire du client et que les relevés de courtage sont à jour, plutôt que d’attendre qu’un feuillet T3 ou T5 fasse surface la question en mars.