Vendredi s’est terminé sur une histoire qui semblait close. Le Canada a créé 75 100 emplois en juillet, contre une prévision de 15 000, le taux de chômage est tombé à un creux de deux ans de 6,4 %, et l’indice composé S&P/TSX a grimpé à un sommet record de 36 381,23. La même matinée, les États-Unis ont déclaré une perte d’emplois inattendue, et l’or a signé son plus fort gain hebdomadaire de 2026, en hausse de 7,2 % à 4 399,70 $ US. Le Brent a terminé la semaine en baisse de 7,3 % à 83,55 $ US, les négociants ayant fait grimper les espoirs d’une entente imminente sur le transport dans le détroit d’Ormuz.

Dès lundi matin, les deux volets de cette histoire avaient déjà commencé à s’inverser. Le ministre iranien des Affaires étrangères a affirmé au cours de la fin de semaine que Téhéran ne rouvrirait pas le détroit sans un allégement des sanctions et des réparations de guerre de la part de Washington, écartant pour l’instant tout pourparler direct. Le Brent est remonté au-dessus de 84,70 $ US en début de séance, en hausse de plus de 1 %, tandis que l’or s’est légèrement replié par rapport à la clôture de vendredi. La corrélation qui semblait s’être rompue vendredi se réaffirmait déjà moins de 72 heures plus tard.

L’heuristique de disponibilité et l’illusion d’un nouveau régime

Daniel Kahneman et Amos Tversky ont décrit l’heuristique de disponibilité en 1973 comme la tendance à juger la probabilité d’un événement selon la facilité avec laquelle des exemples viennent à l’esprit, plutôt que selon sa fréquence réelle. Une donnée unique, récente et frappante, la clôture record du TSX vendredi et le gain hebdomadaire de l’or le plus marqué de l’année, prend un poids disproportionné dans le modèle qu’un investisseur se fait de la suite des choses.

Le mécanisme est propre à cette situation. La déconnexion entre l’or et le pétrole observée vendredi était réelle et bien documentée. L’erreur ne réside pas dans le fait de l’observer. Elle réside dans le saut inconscient d’une seule donnée marquante vers l’hypothèse d’un nouveau régime durable, avant même que le facteur sous-jacent de cette donnée, les conditions exactes d’une réouverture du détroit d’Ormuz, ne soit vraiment réglé.

Ce que la séance de lundi contredit déjà

L’or et le Brent, indexés à leur niveau du 10 juillet, tracent la divergence qui s’est construite jusqu’à la clôture de vendredi. Deux événements marquent les points d’inflexion : le commentaire de Trump en fin de semaine selon lequel une entente sur Ormuz était imminente, le 3 août, qui a déclenché la plus forte baisse en une seule séance du pétrole pour la période, et les frappes de l’Iran près de l’île de Qeshm le 6 août, qui ont amorcé la remontée du pétrole avant même la publication des données sur l’emploi.

OR C. BRUT BRENT, INDICÉ (10 JUILL. = 100) 106,95 ▲ OR QUOTIDIEN  |  10 JUILL. AU 7 AOÛT 2026
Source : Investing.com, données quotidiennes de règlement des contrats à terme.  |  hdq.ca

Les valeurs sont indexées à 100 à la clôture du 10 juillet. La divergence du 7 août reflète un recul-choc de l’emploi américain et un rapport sur l’emploi canadien nettement supérieur aux attentes, survenus la même matinée.

Le cadre Iran-Oman autour duquel le marché s’était emballé la semaine dernière n’a jamais été signé. Le ministre iranien des Affaires étrangères a décrit dimanche les deux parties comme proches d’une entente, avant d’y joindre aussitôt des conditions préalables que Washington n’a pas acceptées. Cette distinction, être près d’une entente plutôt que l’avoir conclue, c’est justement la partie de l’histoire qu’un graphique des cours de clôture de vendredi ne peut pas montrer.

L’angle portefeuille canadien

Les mineurs aurifères ont mené le rallye du TSX vendredi, Agnico Eagle, Barrick et Wheaton Precious Metals affichant tous des gains de 5 à 14 %. Les titres énergétiques ont accusé du retard le même jour, alors que le pétrole reculait. Le renversement matinal de lundi inverse ce rapport de force : les titres énergétiques du TSX sont bien placés pour ouvrir en hausse à mesure que le Brent se redresse, tandis que les mineurs aurifères affrontent une séance qui joue contre l’élan de vendredi.

Le contexte des prêts au taux prescrit n’est aucunement touché par tout cela. L’Agence du revenu du Canada a maintenu le taux prescrit à 3 % pour un cinquième trimestre consécutif, jusqu’au 30 septembre, un détail qu’il vaut la peine de dissocier du bruit des fluctuations quotidiennes des matières premières lorsqu’un client demande si le moment est toujours propice pour mettre en place un prêt de fractionnement du revenu.

La position du conseiller cette semaine

Un client qui a observé la clôture de vendredi et qui souhaite ajouter aux mineurs aurifères ou réduire son exposition à l’énergie sur la seule foi de cette séance agit sous l’effet de l’heuristique de disponibilité, et non en réaction à un changement dans la négociation sous-jacente sur Ormuz. La recherche sur ce schéma, et sur les coûts de la course à la performance en général, est sans équivoque : réagir à la donnée la plus récente plutôt qu’à la distribution complète des résultats est un moyen fiable d’acheter près d’un sommet local et de vendre près d’un creux local.