Deux ensembles de données sont tombés à quelques minutes d’intervalle vendredi matin et décrivaient deux économies bien différentes. Statistique Canada a fait état d’un PIB du T2 en croissance à un rythme annualisé de 3,4 %, plus rapide que la propre projection de la Banque du Canada, aux côtés d’un gain d’emploi de 75 100 postes en juillet, contre une prévision de 15 000. Le Bureau of Labor Statistics américain a fait état d’une baisse de 23 000 emplois non agricoles, bien en deçà d’un consensus près de 85 000, avec des révisions à la baisse retranchant 103 000 emplois combinés à mai et juin.

Le taux directeur à un jour de la Banque du Canada se maintient à 2,25{NBSP}% depuis six décisions consécutives. Le taux de référence de la Réserve fédérale se situe entre 3,50 et 3,75{NBSP}% après un vote de 9 contre 3 le 29 juillet, la décision la plus divisée du FOMC depuis 2016. L’écart entre les deux taux directeurs, près de 137 points de base, n’a rien de nouveau. Ce qui a changé vendredi, c’est la direction dans laquelle tirent désormais les données entrantes de chaque côté.

Les trois qui voulaient une hausse

Les présidents de banque régionale de la Fed Beth Hammack, Neel Kashkari et Lorie Logan ont voté dissident lors de la réunion de juillet, plaidant pour une hausse de 25 points de base plutôt qu’un maintien. Leur argument reposait sur un marché du travail qui avait montré une vigueur constante tout au long de 2026 après une année 2025 plus faible, ainsi que sur une inflation qui demeure au-dessus de la cible de 2 % de la Fed sous la présidence de Kevin Warsh, qui a été explicite sur sa volonté de ramener les prix à la cible même si cela signifie tolérer un certain relâchement du marché du travail.

Le rapport sur l’emploi de vendredi n’a pas étayé cet argument. Une lecture négative des emplois non agricoles, un quatrième mois consécutif de recul du taux d’activité, et une croissance salariale ralentissant à 3,2 % sur un an, la plus faible depuis mai 2021, ont laissé beaucoup moins d’appui à l’argument des trois dissidents qu’il y a deux semaines.

La rapidité du revirement des probabilités

Les probabilités implicites du marché que la Fed maintienne son taux lors de sa réunion du 16 septembre ont évolué rapidement au fil de la semaine. Le graphique retrace ce mouvement, d’environ une chance sur trois une semaine avant le rapport sur l’emploi, à un coup de pile ou face jeudi, jusqu’à près de trois chances sur cinq vendredi après-midi, à la suite de la publication.

PROBABILITÉ DE MAINTIEN DE LA FED EN SEPTEMBRE 60 % ▲ c. 33 % une semaine plus tôt CME FedWatch  |  31 JUILL. AU 7 AOÛT 2026
Source : CME FedWatch, via des reportages de CNBC.  |  hdq.ca

Les probabilités reflètent la chance implicite, selon le marché, que la Fed maintienne son taux de référence lors de la réunion du 16 septembre, telle que rapportée dans quatre relevés distincts de CME FedWatch entre le 31 juillet et le 7 août 2026.

Ces chiffres reflètent la tarification cumulative du marché, et non un sondage auprès des membres du FOMC, et ils peuvent encore bouger avant le 16 septembre selon la publication de l’IPC de juillet le 12 août et celle de l’IPP de juillet le 13 août. Les deux précèdent la publication du procès-verbal de la réunion de juillet du FOMC, le 19 août, qui montrera comment le comité a soupesé la triple dissidence en temps réel.

Le volet canadien de la même matinée

Les données canadiennes pointent dans la direction opposée. Une croissance annualisée du PIB au T2 de 3,4 %, devançant la propre prévision de la Banque du Canada, jumelée au plus fort dépassement de l’emploi en mémoire récente, donne aux faucons de la BdC davantage d’arguments qu’ils n’en avaient à l’entrée de l’été, même si le gouverneur Tiff Macklem a pris soin de ne pas signaler d’urgence. Le bond du rendement obligataire à cinq ans à 3,274 % vendredi, traité aujourd’hui par le bureau Fiscalité et patrimoine, est la propre lecture du marché de ce virage.

Les conseillers qui répondront cette semaine à des questions sur la direction des taux d’intérêt devraient s’attendre à deux conversations distinctes : l’une où les clients demandent pourquoi les taux canadiens pourraient monter en raison de données intérieures solides, et l’autre où les clients demandent pourquoi la Fed, dont on prévoyait largement une hausse il y a encore deux semaines, semble maintenant peu susceptible de bouger en septembre.