Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé au cours de la fin de semaine que Téhéran et Oman sont près d’une entente sur de nouvelles voies de transport dans le détroit d’Ormuz, avant d’y joindre aussitôt des conditions que Washington n’a pas acceptées : un allègement des sanctions et des réparations de guerre, sans pourparlers directs entre les États-Unis et l’Iran pour l’instant. Le Brent, qui avait chuté de plus de 7 % la semaine dernière sur des espoirs qu’une entente était proche, est remonté au-dessus de 84,70 $ US en quelques heures après l’ouverture de lundi.

La chaîne qui compte ici n’est pas « l’Iran a dit quelque chose ». C’est plutôt ceci : les conditions préalables de l’Iran signifient que le détroit reste contraint plus longtemps que ce que les marchés avaient intégré la semaine dernière, ce qui maintient les coûts d’intrants énergétiques élevés plus longtemps, ce qui garde actif, pour un cycle de plus, le canal de l’inflation que la Banque du Canada surveille depuis février.

Ce qui a vraiment été convenu, et ce qui ne l’a pas été

L’Iran a mis sur pied en mai une Autorité du détroit du golfe Persique, affirmant qu’aucun navire ne peut transiter par Ormuz sans un permis de passage délivré par cette autorité, une position qu’Oman n’a pas endossée et que les États arabes du Golfe ont carrément rejetée. Le protocole d’entente du 17 juin a brièvement fait augmenter les traversées, mais le président Trump l’a déclaré caduc dès la mi-juillet, après des attaques iraniennes contre des navires dans les eaux omanaises le 25 juin, puis de nouveau les 7 et 8 juillet, chacune suivie de frappes aériennes américaines.

Le trafic maritime dans le détroit ne s’est pas remis de ce schéma. Entre huit et quinze navires ont traversé chaque jour les 4, 5 et 6 août, selon la plateforme de suivi maritime MarineTraffic, contre environ 130 transits quotidiens avant le début du conflit le 28 février. Le repli pétrolier de la semaine dernière tenait pour acquis qu’un cadre Iran-Oman règlerait la situation. La déclaration de l’Iran en fin de semaine confirme que ce n’est pas le cas.

La chaîne vers les portefeuilles canadiens

L’aller-retour du Brent, entre l’optimisme des pourparlers de la semaine dernière et le revirement de cette semaine, se voit bien face à la fenêtre de négociation elle-même :

BRUT BRENT, QUOTIDIEN 83,55 $ ▲ +1,29 % 7 août QUOTIDIEN  |  10 JUILL. AU 7 AOÛT 2026
Source : Investing.com, données quotidiennes de règlement des contrats à terme sur le Brent.  |  hdq.ca

La fenêtre ombragée marque la période depuis que les négociations entre l’Iran et Oman sont devenues le cadre dominant du marché pour la direction du pétrole. Le Brent y a évolué dans les deux sens.

Le mécanisme passe par le poids de l’énergie dans l’inflation globale canadienne, que la Banque du Canada signale à répétition comme une source de risque à la hausse depuis le début du conflit. Une réouverture d’Ormuz qui continue de reculer ne force pas à elle seule la main de la BdC, mais elle garde l’option vivante, d’une façon qu’une négociation vraiment réglée n’aurait pas permise. C’est le lien que les solides données sur l’emploi et le PIB canadiens de vendredi rendent plus lourd de conséquences, pas moins, un sujet traité aujourd’hui par le bureau Économie.

Scénario de base contre risque extrême

Le scénario de base demeure une normalisation graduelle et partielle du trafic dans Ormuz sur plusieurs mois, et non un règlement net à une date précise. Le discours même de l’Iran, selon lequel la gestion du détroit ne reviendra jamais à son état d’avant-guerre, pointe vers un changement permanent dans la gouvernance du transit, même après toute entente à court terme, plutôt qu’un retour aux quelque 130 traversées quotidiennes qui existaient avant février.

L’exposition du secteur énergétique canadien n’est pas ce qu’elle semble

Le risque extrême, non négligeable mais toujours pas le résultat attendu, serait une escalade supplémentaire qui ferait chuter vers zéro les huit à quinze navires qui transitent actuellement, ce qui se rapprocherait bien plus d’un véritable choc d’offre que tout ce qu’intègre le niveau actuel du Brent. La revendication houthie d’une attaque contre une raffinerie saoudienne près de la mer Rouge rappelle que Bab el-Mandeb porte sa propre version de ce même risque, distinct de celui d’Ormuz et qui s’y ajoute.

Les producteurs d’énergie canadiens n’exportent pas de façon significative par le détroit d’Ormuz, de sorte que l’exposition physique directe demeure limitée. L’exposition qui compte est celle des prix : le brut canadien est établi à partir de référentiels mondiaux qui évoluent avec le Brent et le WTI, si bien qu’une prime de risque soutenue fait grimper les prix réalisés pour les producteurs canadiens, même sans qu’un seul baril ne transite par le Golfe. C’est un vent favorable réel pour le secteur, mais un vent favorable bâti sur une négociation qui n’aboutit toujours pas, ce qui constitue un type de durabilité bien différent d’une véritable histoire d’offre structurelle.