Un seul rapport américain sur l’inflation a fait bouger tous les marchés obligataires nord-américains dans la même direction mercredi après-midi, et c’est cette uniformité qui constitue la nouvelle. L’IPC américain de juillet s’est établi exactement au consensus, à 3,4 % sur un an, l’indice de base ralentissant d’un dixième de point à 2,5 %, et cette publication a affaibli les arguments en faveur d’une hausse de la Réserve fédérale en septembre. Le marché obligataire canadien a aussi réagi favorablement à la nouvelle. Ce que révèle la séance de mercredi, c’est que le répit qui gagne la courbe d’Ottawa provient entièrement de la publication américaine, et non d’un changement survenu au pays, ce qui le rend beaucoup moins durable que ne le laissait entendre la couverture du sommet de 26 mois publiée ce matin par le pupitre Économie.
Le répit de la courbe des taux d’Ottawa est emprunté, pas mérité
Le rendement de l’obligation gouvernementale canadienne à 10 ans s’est détendu à environ 3,69 % mercredi après-midi, en baisse par rapport à la clôture de mardi près de 3,75 %, le sommet de 26 mois autour duquel le pupitre Économie a bâti sa couverture ce matin. Le mouvement découle directement de la publication américaine. L’IPC global correspondant aux attentes et l’inflation de base ralentissant, les marchés à terme ont réduit les probabilités d’une hausse de la Fed en septembre, et le rendement du Trésor américain à 10 ans s’est détendu vers 4,67 %, contre un niveau plus près de 4,7 % plus tôt dans la semaine. Les deux courbes ont bougé de concert parce qu’elles sont mécaniquement liées.
Le rapport sur l’emploi de juillet de Statistique Canada, qui a fait état de 75 100 emplois créés contre un consensus de 15 000 et qui a fait chuter le taux de chômage à un creux de deux ans de 6,4 %, demeure toujours d’actualité cet après-midi. Il en va de même pour la croissance annualisée de 3,4 % du deuxième trimestre canadien, bien au-dessus de la propre prévision de 2,5 % de la Banque du Canada. Aucun de ces chiffres n’a bougé aujourd’hui. Ce sont eux qui expliquent pourquoi le taux à 10 ans canadien a d’abord atteint 3,75 %, et une pause dictée par la Fed ne règle pas cette pression.
Cette distinction compte pour la fenêtre du taux prescrit dont le pupitre Fiscalité et patrimoine a traité ce matin. Un repli des rendements attribuable à la désinflation américaine peut s’inverser dès que les données américaines déçoivent de nouveau. Un repli attribuable à un ralentissement du marché du travail canadien lui-même signalerait quelque chose de plus durable. Le mouvement de mercredi appartient à la première catégorie, et la fenêtre de fixation du taux de septembre de l’ARC demeure otage de celui des deux facteurs qui l’emportera d’ici là.
Les mouvements observés dans l’ensemble des catégories d’actifs mercredi après-midi étaient généralisés plutôt que spectaculaires, la lecture plus faible de l’inflation touchant à la fois les actions, les métaux précieux et les rendements obligataires plutôt que de déclencher une rotation marquée dans une seule direction.
L’argent et l’or ont mené toutes les catégories d’actifs à la hausse mercredi, alors que le ralentissement de l’IPC a réduit les probabilités d’une hausse de la Fed en septembre. Le Dow Jones a été le seul retardataire, pratiquement stable durant la séance.
L’or, pas le pétrole, est maintenant le secteur moteur des records du TSX
La clôture record de mardi, celle dont le pupitre Marchés a traité ce matin, reposait sur l’énergie et les industrielles. Le relèvement de la cible d’Air Canada et la croissance des revenus de commissions de Brookfield Asset Management ont porté un rallye étroit, pendant que les financières évoluaient de façon mitigée à baissière. En après-midi mercredi, le classement des secteurs s’était complètement inversé. Le TSX composé a ajouté 122 points de plus pour se négocier près de 36 598, un quatrième record consécutif, mais l’or a mené tous les secteurs avec une hausse de 1,4 %, suivi des matériaux à 1,0 % et des financières à 0,6 %. L’immobilier, les technologies de l’information et les télécommunications ont été les retardataires, en baisse de 0,3 % à 0,7 %. L’énergie, moteur de mardi, n’a figuré à aucune des deux extrémités du classement de mercredi.
Le catalyseur est le même que celui qui fait bouger le marché obligataire. Le cours au comptant de l’or a grimpé vers 4 425 $ l’once, s’approchant d’un sommet de 10 semaines, alors que le ralentissement de l’IPC a réduit les probabilités d’une hausse de la Fed en septembre et renforcé un contexte de taux plus favorable à un actif ne générant pas de rendement. La demande des banques centrales vient s’ajouter à l’histoire des taux : la banque centrale de Chine a ajouté environ 20 tonnes à ses réserves en juillet, un 21e mois consécutif d’achats. Le résultat décevant de Franco-Nevada, l’histoire de biais d’ancrage dont le pupitre Comportement a traité ce matin, n’a pas empêché l’ensemble du secteur de l’or de progresser. Des producteurs plus modestes, dont Aris Mining et I-80 Gold, ont affiché certains des gains les plus importants de la séance.
L’implication pour la séance de demain découle directement des données sectorielles. La séquence de records du TSX a changé de dépendance sans changer de forme.
L’or et les matériaux ont mené les 12 sous-groupes du TSX mercredi, tandis que l’immobilier, les technologies de l’information et les télécommunications ont accusé du retard. Six sous-groupes sur douze ont progressé.
Un repli du prix de l’or, et non un revirement du pétrole ou du dossier du détroit d’Ormuz, constitue désormais le risque le plus immédiat pour la prochaine tentative de record du TSX. Et une donnée économique canadienne trop vigoureuse, et non une décision de la Fed, demeure le risque le plus immédiat pour le répit des rendements qui traverse la courbe d’Ottawa cet après-midi.