Deux ensembles de données qui tirent en sens opposés
La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % pour une sixième réunion consécutive le 15 juillet, et chaque mesure de l’économie intérieure depuis lors a plaidé en faveur d’un resserrement plutôt que d’une patience prolongée. Le PIB du deuxième trimestre a progressé à un rythme annualisé de 3,4 %, bien au-dessus de la propre projection de la Banque de 2,5 %. L’emploi au Canada a augmenté de 75 100 postes en juillet, contre une estimation consensuelle de 15 000, et le taux de chômage est tombé à un creux de deux ans de 6,4 %. Les rendements des obligations du gouvernement du Canada à 10 ans ont réagi en grimpant à 3,75 % cette semaine, leur plus haut niveau depuis mai 2024, alors que les marchés intègrent une probabilité croissante que le prochain mouvement de la Banque soit une hausse plutôt qu’un maintien.
Au sud de la frontière, l’histoire va dans l’autre sens. L’indice des prix à la production américain de juillet, publié jeudi, est resté inchangé sur un mois, sous le consensus de 0,2 %, l’indice de base ayant progressé de seulement 0,2 %. Cela fait suite au rapport sur l’IPC américain de mercredi, qui montrait un ralentissement de l’inflation globale pour un deuxième mois consécutif, à 3,4 % sur douze mois. Les marchés attribuent maintenant une probabilité d’environ 40 % à une hausse de 25 points de base de la Réserve fédérale en septembre, contre près de 50 % il y a deux jours.
Pourquoi les deux banques centrales lisent des situations différentes
La surchauffe canadienne est intérieure et précise : un marché du travail et une croissance nettement plus forts que la propre prévision de juillet de la Banque, dans une économie que la Banque avait décrite comme encore en train de s’ajuster au choc des prix élevés de l’énergie lié au conflit au Moyen-Orient. La déclaration de juillet de la Banque a laissé sa projection de croissance pour 2026 à 0,7 % pour l’année, un chiffre qui paraît désormais prudent à côté d’un seul trimestre à un rythme annualisé de 3,4 %.
Le ralentissement des données de la Fed reflète une dynamique différente, une trajectoire de l’inflation américaine qui s’est allégée pendant deux mois consécutifs, même si le choc énergétique lié au conflit a fait grimper les prix dans la plupart des économies simultanément. Les deux banques centrales répondent à des données intérieures différentes, même si elles gèrent toutes deux la même toile de fond énergétique mondiale, et cette divergence est maintenant visible directement dans le marché obligataire.
La Banque a réduit son taux neuf fois entre juin 2024 et octobre 2025, le faisant passer d’un sommet de 5 % à 2,25 %, puis l’a maintenu pendant six réunions consécutives jusqu’en juillet 2026. Le rendement à 10 ans est depuis remonté vers le niveau où se situait le taux directeur à la fin de 2024.
Ce que septembre doit maintenant expliquer
La prochaine décision prévue de la Banque tombe en septembre. D’ici là, la Banque aura en main un rapport complet sur l’emploi d’août et une nouvelle donnée d’IPC à comparer à un trimestre de croissance déjà 90 points de base au-dessus de sa propre prévision. Un maintien en septembre, après six maintiens consécutifs, exigerait de la Banque qu’elle traite les surprises du PIB et de l’emploi comme du bruit plutôt que comme un signal, un argument de plus en plus difficile à défendre à chaque nouvelle donnée favorable. Les marchés de swaps de taux d’intérêt intègrent déjà entre deux et trois hausses d’un quart de point d’ici la fin de l’année, selon des données de Bloomberg citées par les commentaires de marché ce mois-ci, dès octobre.
Pour un ménage ou une entreprise qui suit spécifiquement le taux directeur, la distinction pratique est la suivante : un maintien laisse les paiements à taux variable inchangés et garde le taux préférentiel ancré à 4,45 %, tandis qu’une hausse serait le premier resserrement depuis 2023 et réinitialiserait les attentes de coût d’emprunt pour quiconque a passé deux ans à supposer que le cycle n’avait qu’une seule direction.
Le marché hypothécaire bouge déjà
Les taux hypothécaires fixes n’attendent pas l’annonce de la Banque. Ils suivent les rendements des obligations du gouvernement du Canada qui les financent, et ces rendements se sont déjà répercutés. Un emprunteur qui magasine aujourd’hui un taux fixe de cinq ans se base sur un rendement à 10 ans près de 3,75 % plutôt que sur la fourchette de 2,80 à 3,00 % qui ancrait encore les taux fixes cet été, même si le taux directeur lui-même n’a pas bougé depuis octobre 2025. L’écart entre ce que dit le taux directeur et ce que le marché obligataire facture déjà est le chiffre le plus éloquent de cette histoire.