Le portrait de l’offre n’a pas changé. Le prix, oui.
Le président Trump a insisté cette semaine sur le fait que les États-Unis ont le contrôle total du détroit d’Ormuz. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a qualifié cette affirmation de fausse information et a averti Washington d’être prudent. Aucune des deux déclarations n’a changé ce que les données maritimes montrent déjà : le détroit demeure effectivement fermé au trafic commercial, avec des convois qui ne se déplacent que sous escorte navale et un seul navire en transit le 9 août, contre une base pré-crise d’environ 73 navires par jour. Un déversement pétrolier au large des côtes d’Oman, maintenant estimé à 500 milles carrés par Greenpeace, s’est propagé jusqu’au territoire continental omanais et a atteint des plages près de l’île de Qeshm, ajoutant une crise environnementale à une crise d’approvisionnement déjà vieille de six mois.
Rien de tout cela n’a empêché le Brent de passer sous 87 $ le baril jeudi, son premier recul après cinq séances consécutives de gains. Le mécanisme reliant un détroit d’Ormuz toujours fermé à un prix du pétrole en baisse est la demande, pas l’offre. L’incidence sur les portefeuilles canadiens passe par ce mécanisme, et non par la rhétorique en manchette.
La chaîne : les baisses de demande font ce que la rhétorique ne peut pas faire
L’Agence internationale de l’énergie a abaissé ses perspectives mondiales de demande de pétrole cette semaine, avertissant qu’un conflit prolongé et des prix élevés pèsent de plus en plus sur la consommation plutôt que de seulement contraindre l’offre. L’OPEP a abaissé sa propre prévision de croissance mondiale de la demande pour 2026 à 580 000 barils par jour, la quatrième révision à la baisse consécutive. Deux baisses de demande de deux organismes de prévision différents, survenant la même semaine où un président américain et un ministre iranien des Affaires étrangères échangent des accusations sur qui contrôle le détroit, constituent la véritable histoire : pour la première fois dans cette crise, l’affaiblissement de la demande l’emporte sur la crainte liée à l’offre dans le prix.
Le mécanisme pour les portefeuilles canadiens passe directement par le secteur énergétique. L’indice composé de la TSX a clôturé à un quatrième sommet record consécutif cette semaine, mais les titres énergétiques ont retardé sur l’avancée générale alors que le Brent rendait son rallye de cinq séances. Une allocation énergétique canadienne bâtie sur l’hypothèse qu’un détroit d’Ormuz fermé soutient mécaniquement le prix de ce que produisent les producteurs canadiens doit maintenant tenir compte d’une deuxième variable qui joue contre elle.
Le Brent a oscillé de 79,36 $ le 4 août à un sommet de cinq séances de 88,98 $ le 12 août avant de passer sous 87 $ jeudi, un renversement qui a coïncidé avec les dernières révisions à la baisse de la demande de l’AIE et de l’OPEP plutôt qu’avec un changement des conditions de transit à Ormuz.
Scénario de base par rapport au risque extrême à partir d’ici
Le scénario de base de HDQ traite le côté de la demande comme le signal à court terme le plus fiable, précisément parce qu’il est ennuyeux : les prévisions de l’AIE et de l’OPEP ne bougent pas au gré de la rhétorique, et les révisions de cette semaine sont la quatrième d’une série qui a été constante dans sa direction depuis des mois. Selon ce scénario de base, le Brent devrait se négocier dans une fourchette large mais relativement stable, la fermeture d’Ormuz établissant un plancher et l’affaiblissement de la demande mondiale un plafond, et les actions énergétiques canadiennes devraient suivre cette fourchette plutôt qu’une ligne ascendante nette liée au seul conflit.
Le risque extrême se situe du côté de l’offre et n’est pas négligeable. Le principal responsable de la sécurité iranien a déclaré que la gestion du détroit ne reviendra jamais à sa structure d’avant-guerre, et la guerre de mots qui s’intensifie cette semaine entre Washington et Téhéran, superposée à une catastrophe environnementale grandissante dont aucune des deux parties n’a assumé la responsabilité, augmente les probabilités d’un véritable événement d’offre, une autre attaque, une réponse de blocus élargie, un effondrement diplomatique qui rallumerait les hostilités actives autour de la voie navigable elle-même. Ce scénario submergerait le dossier de la demande en quelques jours, pas en quelques semaines, et c’est le scénario pour lequel une allocation énergétique canadienne a besoin d’un plan, même s’il ne constitue pas le scénario de base de HDQ aujourd’hui.