Le taux qui n’a pas bougé

L’Agence du revenu du Canada a confirmé cette semaine que le taux prescrit utilisé pour les prêts de fractionnement du revenu familial restera à 3 % pour le quatrième trimestre de 2026, soit d’octobre à décembre. Il s’agit du sixième trimestre consécutif à ce niveau, inchangé depuis le troisième trimestre de 2025. Le taux est établi à partir du rendement moyen des bons du Trésor du gouvernement du Canada à trois mois adjugés au premier mois du trimestre précédent, arrondi au point de pourcentage entier supérieur, et les adjudications de juillet se sont établies à 2,29 % à deux reprises, confortablement à l’intérieur de la fourchette de 3 %.

Un prêt au taux prescrit permet à un conjoint, un partenaire ou un membre de la famille à revenu plus élevé de prêter de l’argent à un membre de la famille à revenu plus faible, ou à une fiducie familiale, au taux de l’ARC. Le revenu de placement généré par les fonds empruntés est imposé entre les mains du membre à revenu plus faible plutôt que du prêteur, pourvu que les intérêts soient payés en argent d’ici le 30 janvier de l’année suivante. Une fois le prêt mis en place, le taux se fige pour toute la durée du prêt, peu importe l’évolution du taux prescrit par la suite.

Ce qui a bougé à la place

Alors que le taux prescrit demeurait stable, le marché ne l’a pas fait. Le rendement des obligations du gouvernement du Canada à 10 ans a grimpé à 3,75 % cette semaine, son plus haut niveau depuis mai 2024, porté par une économie canadienne qui continue de dépasser les propres prévisions de la Banque du Canada : le PIB du deuxième trimestre a progressé à un rythme annualisé de 3,4 %, contre une attente de la Banque de 2,5 %, et l’emploi au Canada a augmenté de 75 100 postes en juillet, contre une prévision de 15 000, faisant reculer le taux de chômage à un creux de deux ans de 6,4 %.

La dernière fois que le rendement des obligations fédérales à 10 ans s’est négocié près de 3,75 %, au premier semestre de 2024, le taux prescrit se situait lui-même à son sommet de cycle de 6 %. Aujourd’hui, le rendement du marché est remonté vers ce niveau alors que le taux prescrit reste ancré à 3 %, un écart d’environ 75 points de base entre le coût d’un prêt familial au taux de l’ARC et ce que le gouvernement lui-même paie pour emprunter sur dix ans.

TAUX PRESCRIT DE L’ARC : PRÊTS DE FRACTIONNEMENT 3 % ◆ SIXIÈME TRIMESTRE STABLE TRIMESTRIEL  |  2024 à 2026
Source : Agence du revenu du Canada, taux d’intérêt prescrits, tables de taux KPMG ; rendement de référence de la Banque du Canada à 10 ans, 13 août 2026.  |  hdq.ca

Le taux prescrit est passé d’un sommet de cycle de 6 % au début de 2024 à 3 % d’ici le troisième trimestre de 2025, et s’y est maintenu pendant six trimestres consécutifs. Les rendements des obligations du gouvernement du Canada à 10 ans sont depuis remontés à moins d’un point de pourcentage de ce sommet de 2024.

La fenêtre de planification que cela ouvre

Pour une famille non incorporée qui envisage déjà le fractionnement du revenu, l’écart plaide pour la mise en place d’un prêt maintenant plutôt que d’attendre. Un prêt conclu ce trimestre conserve le taux de 3 % pour toute sa durée, peu importe l’évolution du taux prescrit par la suite, de sorte que plus l’écart entre ce taux figé et ce que le capital investissable de la famille pourrait autrement rapporter est grand, plus l’arrangement devient intéressant. Les propriétaires d’entreprises incorporées qui envisagent un prêt à une fiducie familiale font face au même calcul, avec le détail supplémentaire que le taux de prêt lié corporatif pour les prêts entre parties liées a dérivé vers le haut avec les mêmes dynamiques des bons du Trésor, se situant actuellement bien au-dessus du taux prescrit personnel.

Les mécanismes exigent toujours de la rigueur. Les intérêts d’un prêt conclu ce trimestre doivent être payés en argent d’ici le 30 janvier 2027, sinon les règles d’attribution s’appliquent rétroactivement, et pour chaque année subséquente, ce qui élimine entièrement l’avantage. Les titulaires de comptes REER et CELI doivent noter qu’une stratégie de prêt au taux prescrit s’opère entièrement hors des comptes enregistrés, puisque ces derniers n’acceptent pas les contributions de prêts de tiers.

Un deuxième sommet record qui mérite qu’on s’y attarde

La quatrième clôture record consécutive de la TSX cette semaine constitue une piste de planification distincte, mais liée. Les clients détenant des titres non enregistrés appréciés, particulièrement dans les titres qui ont le plus grimpé pendant le rallye de cette année, peuvent donner ces titres en nature à un organisme de bienfaisance enregistré et éliminer entièrement le gain en capital, tout en réclamant un crédit d’impôt pour don sur la pleine juste valeur marchande du titre. La stratégie ne fonctionne que pour les titres donnés directement, et non pour le produit en argent d’une vente, et la considération de moment est la même que pour toute position appréciée : plus le gain accumulé est important, plus l’avantage de donner en nature plutôt que de vendre et de donner de l’argent est grand.