La Banque du Canada a maintenu son taux du financement à un jour à 2,25 % pour une sixième décision consécutive le 15 juillet, la croissance dépassant la propre estimation de la Banque, le taux de chômage reculant à 6,4 % et l’inflation globale s’atténuant à 2,8 % en juin, après 3,2 % en mai. Les marchés obligataires intègrent un maintien quasi certain et une probabilité nulle de baisse à la prochaine décision du 2 septembre. Selon les chiffres que la Banque elle-même surveille, le 2 septembre s’annonce comme une quasi-formalité.

Les dates les plus déterminantes pour les rendements obligataires canadiens se situent de part et d’autre de celle-ci. Le nouveau président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, prononce son premier discours-programme à Jackson Hole le 28 août, cinq jours civils avant l’annonce de la Banque du Canada. La prochaine décision de taux de la Fed n’arrive que le 16 septembre, deux semaines après qu’Ottawa se soit déjà exprimé.

Deux banques centrales qui lisent des chiffres différents

La décision de juillet de la Banque du Canada reflète un portrait intérieur qui s’est réellement amélioré. Le gouverneur Tiff Macklem a déclaré aux journalistes que la Banque ne laissera pas la hausse des prix du pétrole se transformer en inflation persistante, et les données ont largement appuyé cette position jusqu’ici. La croissance s’est raffermie au deuxième trimestre, les mesures de l’inflation fondamentale se sont maintenues près de 2 %, et le propre Rapport sur la politique monétaire de la Banque projette un retour à la cible de 2 % d’ici le début de 2027.

La Fed travaille à partir d’un ensemble de chiffres entièrement différent. Sa déclaration du 29 juillet a maintenu la fourchette cible entre 3,50 % et 3,75 %, mais trois membres du FOMC, Beth Hammack, Neel Kashkari et Lorie Logan, ont exprimé une dissidence en faveur d’une hausse d’un quart de point. La déclaration citait une inflation élevée liée en partie aux chocs sur les prix de l’énergie découlant du conflit au Moyen-Orient, le même conflit que la Banque du Canada a qualifié de pression temporaire plutôt que persistante. Les deux banques centrales observent la même guerre et en tirent des conclusions différentes quant à ses implications pour la politique monétaire.

TAUX CIBLE DU FINANCEMENT À UN JOUR DE LA BDC 2,25 % MAINTENU SIX RÉUNIONS CONSÉCUTIVES PAR DÉCISION  |  AVR. 2024 À JUILL. 2026
Source : Historique des annonces de taux de la Banque du Canada, d’avril 2024 à juillet 2026.  |  hdq.ca

La Banque du Canada a réduit son taux à neuf reprises entre juin 2024 et octobre 2025, avant de le maintenir à 2,25 % pendant six décisions consécutives. Le plancher des fonds fédéraux de 3,50 % se situe bien au-dessus du niveau où la BdC s’est stabilisée depuis octobre.

Pourquoi le discours de Warsh atteint le Canada avant le vote de la Fed

Le rendement des obligations d’État canadiennes à 10 ans se situe près d’un sommet de deux mois à 3,68 %, et il a évolué en grande partie au diapason des rendements des bons du Trésor américains même si la Banque du Canada n’a pas touché à son propre taux depuis octobre. Les taux hypothécaires fixes au Canada suivent ce rendement obligataire, et non le taux du financement à un jour directement, ce qui signifie qu’un signal restrictif de Warsh le 28 août peut faire bouger les coûts d’emprunt canadiens avant même que la Banque du Canada n’ait dit un mot lors de sa propre réunion du 2 septembre, et bien avant que la Fed elle-même n’exerce un vote réel le 16 septembre.

Warsh a décrit son discours de Jackson Hole comme une occasion de cadrer les grandes questions plutôt que de réagir aux dernières données publiées, et a affirmé que la Fed n’est pas contrainte par les prix du marché. Un discours articulé autour d’un cadrage à long terme plutôt que d’une signalisation à court terme est, le cas échéant, plus susceptible de faire bouger les rendements par voie d’interprétation qu’une déclaration plus étroite et axée sur des données précises.

Ce que la BdC doit vraiment décider

Dans ce contexte, la propre annonce du 2 septembre de la Banque du Canada comporte moins de latitude que le calendrier ne le laisse croire. Avec la croissance, l’emploi et l’inflation qui évoluent tous dans la direction souhaitée par la Banque, et une probabilité de baisse déjà nulle selon les marchés, la décision la plus susceptible de faire bouger les rendements canadiens dans ce cycle n’est pas celle qu’Ottawa prendra le 2 septembre. C’est celle que Washington n’a pas encore prise.