Un chiffre qui évolue dans deux directions à la fois

L’Indice des prix à la consommation global du Canada a augmenté de 3,0 % sur douze mois en juillet, en hausse par rapport à 2,8 % en juin et au-dessus du consensus de 2,7 %, selon Statistique Canada. Le mouvement s’explique principalement par la hausse des prix de l’essence, alors que les tensions entourant le détroit d’Ormuz ont repris après l’effondrement du protocole d’entente de juin au début de juillet. L’inflation fondamentale, la moyenne des mesures IPC tronqué et IPC médian que la Banque du Canada utilise pour faire abstraction des composantes volatiles, n’a progressé que légèrement, passant de 1,9 % à 2,0 %.

Cet écart entre les lectures globale et fondamentale résume à lui seul l’enjeu avant la décision du 2 septembre de la Banque du Canada. Le gouverneur Tiff Macklem a maintenu le taux directeur à 2,25 % lors de la réunion du 15 juillet, une sixième pause consécutive, et a déclaré aux journalistes par la suite que des hausses demeuraient possibles si les prix du pétrole grimpaient davantage. Le chiffre de juillet s’approche de cette limite sans clairement la franchir, puisque l’accélération se concentre dans l’énergie plutôt que de s’étendre aux mesures fondamentales que la Banque surveille le plus attentivement.

La complication du côté de la Fed

Le procès-verbal de la réunion des 28 et 29 juillet de la Réserve fédérale, publié mercredi, a montré que la thèse belliciste s’étendait bien au-delà des trois présidents régionaux, Beth Hammack de Cleveland, Neel Kashkari de Minneapolis et Lorie Logan de Dallas, qui s’étaient formellement dissociés en faveur d’une hausse de 25 points de base. Le procès-verbal a consigné que de nombreux participants estimaient qu’un resserrement de la politique serait probablement nécessaire si l’inflation ne diminuait pas, et certains se sont demandé si les conditions financières actuelles étaient assez restrictives pour ramener l’inflation à la cible. Deux présidents régionaux non votants ont indiqué par la suite qu’ils auraient appuyé une hausse s’ils avaient eu droit de vote à cette réunion.

Les données de croissance publiées depuis la décision du 29 juillet ont compliqué ce portrait. Les emplois non agricoles de juillet ont reculé et l’inflation fondamentale est ressortie modérée, et les attentes du marché à l’égard d’un geste de la Fed sont passées d’une hausse prévue en septembre à une pause qui pourrait se prolonger jusqu’en décembre. La préférence du président Kevin Warsh pour des indications prospectives minimales fait que la réunion du 20 septembre, et son passage à Jackson Hole d’ici là, pèsent plus lourd qu’à l’habitude pour lire la position réelle du comité.

Mis en parallèle, le chiffre de juillet du Canada et le procès-verbal de juillet de la Fed tirent le calcul de septembre de la Banque du Canada dans deux directions opposées à la fois.

IPC CANADA, GLOBAL VS FONDAMENTAL 3,0 % ▲ EN HAUSSE PAR RAPPORT À 2,8 % EN JUIN MENSUEL  |  JUIN À JUILLET 2026
Source : Statistique Canada, Indice des prix à la consommation, juillet 2026.  |  hdq.ca

L’inflation fondamentale correspond à la moyenne des mesures IPC tronqué et IPC médian que la Banque du Canada utilise pour faire abstraction des composantes volatiles comme l’essence. Source : Statistique Canada, Banque du Canada.

Ce dont dépendra probablement le 2 septembre

Le rendement des obligations à 10 ans du gouvernement du Canada a clôturé à 3,70 % mardi, près de son niveau le plus élevé depuis mai 2024, ce qui reflète un marché ayant déjà intégré une certaine probabilité d’une position plus ferme de la Banque du Canada. Une Banque du Canada qui maintient son taux à 2,25 % le 2 septembre lirait le chiffre de l’IPC de juillet de la façon dont les commentaires de Macklem en juillet l’ont présenté, soit comme un mouvement lié à l’énergie qui ne s’est pas encore étendu à l’inflation fondamentale. Une pause accompagnée d’un discours plus belliciste, ou une véritable hausse, signalerait que la Banque a cessé d’accorder au chiffre global le bénéfice de cette distinction.