Le taux directeur de la Banque du Canada n’a pas bougé depuis avril, demeurant à 2,25 % pendant six décisions consécutives, la plus récente ayant eu lieu le 15 juillet. Le rendement obligataire du gouvernement du Canada à 10 ans a néanmoins bougé, grimpant de 34 points de base pendant la même période pour clôturer à 3,74 % cette semaine, son plus haut niveau depuis mai 2024. Les deux chiffres sont censés être liés. En ce moment, ils racontent des histoires différentes.
Le Rapport sur la politique monétaire de juillet du gouverneur Tiff Macklem notait que les rendements obligataires américains avaient augmenté alors que les rendements canadiens demeuraient peu changés, un écart qui pesait sur le dollar canadien plutôt que sur le coût d’emprunt intérieur. Cet écart s’est depuis refermé. Les rendements canadiens à long terme évoluent maintenant au diapason de l’extrémité longue américaine, et le mécanisme qui transmet ce mouvement n’a presque rien à voir avec quoi que ce soit qu’ait fait la Banque du Canada.
La transmission vient de Washington, pas d’Ottawa
La cause immédiate est un marché du Trésor américain sous tension. Le rendement du Trésor américain à 30 ans a touché un sommet en 19 ans de 5,34 % la semaine dernière avant que le département du Trésor, dirigé par le secrétaire Scott Bessent, n’annonce qu’il allait au moins doubler l’ampleur de ses opérations de rachat d’obligations à long terme à compter du 9 septembre. L’intervention a brièvement fait reculer les rendements, avant de largement s’inverser en 24 heures, les investisseurs ayant conclu que la mesure s’attaquait à un symptôme de la tension budgétaire plutôt qu’à sa cause. Une obligation canadienne à 10 ans ne s’échange pas de manière isolée d’une obligation américaine à 30 ans sous ce genre de pression. Les rendements canadiens ont suivi la hausse même si rien dans la situation budgétaire ou la trajectoire de l’inflation du Canada n’a changé cette semaine.
À cela s’ajoute une réelle incertitude quant à l’orientation de la Réserve fédérale elle-même. Le président Kevin Warsh, en poste depuis cinq mois, prononce son premier discours-programme à Jackson Hole le 28 août, quatre jours avant la propre décision du 2 septembre de la Banque du Canada. Warsh a dit aux journalistes que le discours traitera du cadre de politique monétaire en termes généraux plutôt que d’offrir des indications à court terme, mais il a aussi déclaré explicitement que la Fed n’est pas contrainte par les prix du marché, une phrase que les marchés ont interprétée comme un signal qu’une surprise plus ferme demeure possible. Le vote du FOMC de juillet a maintenu les taux entre 3,50 % et 3,75 % par une marge de 9 voix contre 3, les trois dissidents favorisant tous une hausse.
Ce que cela signifie pour la décision du 2 septembre
Les économistes sondés avant la réunion de septembre s’attendent largement à ce que la Banque du Canada maintienne de nouveau son taux, et les données intérieures appuient cette thèse : l’emploi canadien a augmenté de plus de 75 000 postes en juillet, le taux de chômage a reculé à 6,4 %, et la croissance montre des signes d’accélération après un début d’année faible. La complication, c’est qu’un maintien de la Banque du Canada ne signifie plus des conditions financières inchangées pour les ménages canadiens. Si le rendement à 10 ans continue de grimper sous l’effet des retombées budgétaires américaines et de l’incertitude entourant la Fed, les taux hypothécaires fixes, qui suivent les rendements du gouvernement du Canada à 5 et 10 ans bien plus étroitement que le taux à un jour, se resserrent tout de même. La Banque du Canada peut maintenir stable son propre levier pendant que le marché en actionne un autre à sa place, et l’effet pratique pour un ménage qui renouvelle une hypothèque l’an prochain est le même dans les deux cas.
La Banque du Canada a maintenu son taux à un jour à 2,25 % depuis avril. Le rendement obligataire du gouvernement du Canada à 10 ans a évolué indépendamment de cette décision, suivant la hausse plus large du coût d’emprunt à long terme en Amérique du Nord.