Le tarif de 50 % que les États-Unis ont menacé d’imposer sur un éventail de biens canadiens en vertu de l’article 338 du Tariff Act de 1930 est suspendu jusqu’à la fin de la journée aujourd’hui, et le marché des devises raconte déjà une histoire que les manchettes n’ont pas encore pleinement rattrapée. L’USD/CAD a reculé de plus de un pourcent depuis le 9 août, le segment le plus marqué du recul s’étant produit dans les trois séances suivant l’annonce de la suspension, une preuve que les négociants intègrent une résolution plutôt qu’un effondrement.
Le président Trump a signé trois proclamations distinctes le 20 juillet invoquant l’article 338, une loi datant de l’époque de la Crise jamais utilisée de cette façon auparavant, visant les véhicules automobiles, les boissons alcoolisées et les produits laitiers canadiens en réponse à ce que l’administration qualifie de traitement commercial discriminatoire. Les tarifs devaient entrer en vigueur le 19 août. Quelques heures avant l’échéance, Trump les a suspendus pour trois jours pendant que les négociateurs travaillaient vers ce qu’il a appelé, dans une publication sur Truth Social, une entente sous réserve de la finalisation des documents. Le bureau du premier ministre Carney a confirmé que la suspension court jusqu’à la fin de la journée aujourd’hui, décrivant des progrès substantiels tout en reconnaissant qu’un travail important reste à faire.
Un mécanisme qui va bien au-delà des automobiles, des produits laitiers et de l’alcool
Les trois proclamations comportent leurs propres listes de produits en annexe II, et la couverture est plus large que ne le laissent croire les secteurs vedettes. Environ 554 lignes tarifaires sont touchées, s’étendant aux meubles, au vin, au contreplaqué, au ciment, aux bâtons de hockey, aux cosmétiques et aux textiles. L’origine ACEUM n’offre aucune exemption. Les droits s’additionnent aux tarifs existants de l’article 232 déjà en vigueur sur l’acier, l’aluminium et les automobiles canadiens, ce qui signifie que le taux effectif sur certains produits dépasserait largement le chiffre vedette de 50 % si la suspension expire sans entente. Le représentant américain au Commerce estime l’exposition totale à près de 20 milliards de dollars, soit environ 5,2 % des exportations totales de biens du Canada vers les États-Unis.
Ce que le marché des devises nous dit déjà
L’USD/CAD a clôturé à 1,3794 le 20 août, en baisse par rapport à 1,3951 le 9 août. Le recul a été graduel pendant la majeure partie de la période, puis s’est accéléré une fois la suspension annoncée le 18 août, se poursuivant jusqu’à l’échéance initiale du 19 août et jusqu’à la clôture de jeudi. Un marché des devises qui intégrerait une probabilité sérieuse qu’un tarif de 50 % entre en vigueur sur le cinquième des exportations de biens canadiens destinées aux États-Unis ne ferait pas s’apprécier le dollar canadien à l’approche de cette échéance. Le mouvement observé jusqu’à présent concorde avec des marchés qui considèrent une entente, ou à tout le moins une nouvelle prolongation, comme le dénouement le plus probable ce soir.
Scénario de base contre risque de queue pour ce soir
Le scénario de base, cohérent avec les déclarations publiques des deux gouvernements et l’intégration du marché des devises lui-même, veut qu’une entente soit finalisée avant minuit ou que la suspension soit à nouveau prolongée pendant que la paperasse est complétée. Les deux parties ont un réel intérêt à éviter l’entrée en vigueur des tarifs : près de 72 % des exportations de biens du Canada sont destinées aux États-Unis, et l’administration Trump imposerait un tarif payé par des importateurs américains juste avant les élections de mi-mandat de novembre, à un moment où les électeurs sont déjà sensibles au coût de la vie. Le risque de queue est réel, mais moindre : pas plus tard que mardi, des sources décrivaient les deux parties comme encore très éloignées, précisément sur les tarifs automobiles, les négociateurs commerciaux du Canada réclamant des réductions aux droits existants de l’article 232 que Washington a été réticent à accorder. Un effondrement tardif limité à l’annexe automobile, même si les produits laitiers et l’alcool sont réglés, demeurerait un choc important pour les exportateurs de pièces automobiles ontariens et pour le sentiment plus large, étant donné à quel point cette échéance a déjà été reportée à répétition.
L’USD/CAD est passé de 1,3951 à 1,3794 entre le 9 et le 20 août, alors que le Canada et les États-Unis se rapprochaient d’une entente commerciale couvrant les tarifs de l’article 338. Le recul le plus marqué est survenu pendant les trois séances entourant la suspension tarifaire.