L’Agence du revenu du Canada a confirmé vendredi que le taux prescrit sur les prêts entre membres d’une même famille se maintiendra à 3 % pour le quatrième trimestre civil de 2026, soit du 1er octobre au 31 décembre. Il s’agit du sixième trimestre consécutif à ce niveau. Le taux applicable aux impôts en souffrance demeure à 7 %, et le taux visant les prêts ou dettes déterminés (PODD) des sociétés contribuables a légèrement fléchi, passant de 6,30 % à 6,29 % le trimestre précédent.

Pris isolément, un sixième trimestre stable se lit comme un non-événement. Ce qui a changé, c’est ce qui l’entoure. Les rendements des obligations à 10 ans du gouvernement du Canada ont clôturé à 3,73 % lundi, à quelques points de base du sommet de plus de deux ans atteint fin août, sous l’effet de la reprise du conflit commercial Canada-États-Unis et du risque ravivé dans le détroit d’Ormuz. Le taux prescrit n’est pas indexé directement sur ce rendement, mais les deux ont historiquement évolué dans la même direction sur plusieurs trimestres, et l’écart entre eux est maintenant plus large qu’à tout autre moment depuis que le taux s’est établi à 3 % pour la première fois au troisième trimestre de 2025.

Pourquoi 3 % ne durera pas indéfiniment

L’article 4301 du Règlement de l’impôt sur le revenu établit le taux prescrit à partir du rendement moyen des bons du Trésor à trois mois du gouvernement du Canada adjugés au cours du premier mois du trimestre précédent, arrondi au point de pourcentage entier supérieur. Le taux actuellement en vigueur pour le T4 2026 a été établi à partir des adjudications de juillet. Le taux du premier trimestre de 2027, celui qui compte réellement pour quiconque envisage un nouveau prêt, sera plutôt établi à partir des adjudications d’octobre, lesquelles se déroulent directement pendant la période actuelle de rendements élevés.

Les rendements des bons du Trésor à trois mois n’évoluent pas exactement au même rythme que ceux à 10 ans, mais la même pression liée à l’inflation et au risque commercial qui pousse l’extrémité longue à la hausse s’observe aussi à l’extrémité courte depuis les mouvements de rendement d’août liés aux gains en capital et aux droits de douane. Un taux prescrit établi à 3 % depuis la mi-2025 n’a pas eu à franchir un rendement moyen de 3,5 % sur les bons du Trésor pour être arrondi à 4 %. C’est le premier trimestre depuis cette réinitialisation où la conjoncture rend ce dépassement plausible plutôt que lointain.

Ce qui se fige et ce qui ne se fige pas

Un prêt à taux prescrit porte le taux en vigueur le jour où il est consenti, et ce, pour toute la durée du prêt, peu importe ce qui arrive au taux par la suite, pourvu que l’emprunteur paie l’intérêt annuellement et règle l’intérêt de chaque année dans les 30 jours suivant la fin de cette année-là. Un seul manquement à ce délai de 30 jours suffit pour que l’ARC attribue de nouveau au prêteur tout le revenu de placement tiré du prêt, pour cette année-là et toutes les suivantes. Le mécanisme récompense l’octroi de capital avant une réinitialisation du taux, et non après.

Cela s’applique aux trois structures qui utilisent le taux prescrit pour le fractionnement du revenu : un prêt direct à un conjoint ou conjoint de fait à revenu moindre, un prêt à une fiducie familiale qui distribue le revenu à des bénéficiaires dans des tranches d’imposition inférieures, y compris des enfants mineurs, et le taux PODD des sociétés pour les SPCC ayant des actionnaires non-résidents liés. Chacune se fige séparément au taux en vigueur au moment où ce prêt précis est consenti. Une famille qui a mis de côté une stratégie planifiée de fractionnement du revenu a une raison bien réelle d’agir avant le 31 décembre plutôt qu’au cours de la nouvelle année.

TAUX PRESCRIT DE L’ARC 3 % ▶ INCHANGÉ, T4 2026 TRIMESTRIEL  |  T1 2025 À T4 2026
Source : Agence du revenu du Canada, avis sur les taux d’intérêt prescrits, 2025-2026.  |  hdq.ca

Le taux prescrit est passé de 4 % à 3 % au troisième trimestre de 2025 et s’y est maintenu pendant six trimestres consécutifs. Le T1 2027 sera le premier trimestre établi à partir de rendements d’adjudication enregistrés pendant l’actuelle prime de risque liée au commerce et au Moyen-Orient.

Le plateau de six trimestres du taux a rendu la stratégie de prêt à taux prescrit facile à reporter. Rien dans le taux lui-même ne créait d’urgence. Ce qui a changé, c’est l’intrant du calcul du prochain trimestre, et non le chiffre du trimestre actuel, et cette distinction constitue toute la fenêtre de planification.

Ce que cela ne change pas

La réinitialisation du taux prescrit n’a aucune incidence sur le taux d’inclusion des gains en capital, qui demeure à 50 % après l’annulation de la hausse proposée aux deux tiers, ni sur l’Exonération cumulative des gains en capital, indexée à 1 275 000 $ pour 2026. Ces éléments demeurent des volets de planification distincts. La question du taux prescrit est plus étroite et plus urgente : celle de savoir si un prêt sera consenti au taux actuel de 3 % ou à un taux plus élevé, pas encore établi, mais plus probable qu’il ne l’a été depuis plus d’un an.