La Banque du Canada annonce sa décision sur les taux mercredi à 9 h 45 HE, suivie de la conférence de presse du gouverneur Tiff Macklem à 10 h 30. Les marchés obligataires intègrent une probabilité de près de 94 % que la Banque maintienne son taux directeur à 2,25 %, ce qui constituerait un sixième statu quo consécutif depuis la baisse d’octobre 2025, selon le suivi des contrats à terme de nesto.ca. TD Securities, parmi les bureaux de vente qui prévoient un statu quo prolongé, s’attend à ce que le taux de 2,25 % persiste jusqu’à la fin de 2026, avant que deux hausses de 25 points de base ne ramènent le taux à un niveau neutre de 2,75 % au début de 2027.

Les données dont dispose la Banque cette fois sont plus solides que celles de juillet. L’estimation préliminaire de Statistique Canada situe la croissance du PIB du deuxième trimestre à 3,3 % en rythme annualisé, bien au-delà de la propre projection de 2,5 % formulée par la Banque dans son Rapport sur la politique monétaire de juillet, une progression attribuable à un rebond des exportations et à une demande intérieure ferme. L’emploi s’est également amélioré, le taux de chômage s’établissant à 6,4 % en juillet, son plus bas niveau depuis le début du choc tarifaire qui pesait sur l’embauche à la fin de 2024.

Le chiffre qui complique un statu quo net

L’IPC global s’est établi à 3,0 % sur un an en juillet, en hausse par rapport à 2,8 % en juin, et demeure sous le sommet d’ère de guerre de 3,2 % atteint en mai, le rythme le plus rapide depuis décembre 2023. L’accélération observée depuis mars a suivi de près un seul intrant : l’essence. Les prix de l’énergie ont grimpé de 3,9 % sur un an en mars et ont bondi davantage au fil du printemps, le blocus du détroit d’Ormuz réduisant l’offre mondiale, avant de se calmer en juin et juillet à mesure que les flux dans le détroit ont partiellement repris en vertu du protocole d’entente conclu en juin entre l’Iran et Oman.

Les mesures fondamentales n’ont pas suivi la hausse de l’inflation globale. Les taux de moyenne tronquée et médian, ceux auxquels la Banque accorde le plus de poids, sont restés près de 2 % pendant la même période, ce qui explique en grande partie pourquoi la Banque s’est sentie à l’aise de maintenir le cap plutôt que d’infléchir sa trajectoire devant un chiffre global qui dépasse la cible d’un point complet. Ce confort dépend du fait que l’accélération reste concentrée dans l’énergie plutôt que de se propager au reste du panier.

IPC CANADA : SUR UN AN 3,0 % ▲ +0,2 PP DEPUIS JUIN MENSUEL  |  JANV. À JUIL. 2026
Source : Statistique Canada, Le Quotidien, diffusions de l’Indice des prix à la consommation, 2026.  |  hdq.ca

L’IPC global a suivi de très près la perturbation du détroit d’Ormuz, culminant en mai avant de se calmer à mesure que les flux maritimes reprenaient partiellement en vertu du protocole d’entente de juin. Les mesures fondamentales sont demeurées près de 2 % pendant toute la période.

Ce que la fin de semaine rouvre

Ce canal énergétique est de nouveau actif. Le US Central Command a frappé des lance-roquettes iraniens sur l’île de Larak dimanche, la première frappe américaine en territoire iranien en plus d’un mois, après quoi l’Iran a répliqué contre des bases américaines en Jordanie et un drone a été intercepté près des Émirats arabes unis. Le brut WTI a progressé de plus de 3 % dans les échanges de lundi. Si l’échange marque une rupture durable par rapport au protocole d’entente de juin plutôt qu’un accès isolé, la même transmission des prix de l’essence qui a poussé l’IPC global à 3,2 % en mai devient un intrant bien réel pour plusieurs des prochaines décisions de la Banque, et pas seulement celle de mercredi.

Rien de tout cela ne change le scénario de base pour mercredi. Une seule fin de semaine de conflit ravivé, deux séances avant une décision prévue, arrive trop tard pour infléchir un appel que la Banque signale depuis juillet. Ce que cela fait, c’est réduire la marge de confort en octobre et en décembre, lorsqu’un trimestre entier de ce que deviendra cette fin de semaine figurera dans les données plutôt que dans une manchette encore en cours d’évaluation.

Le second intrant que la Banque n’avait pas en juillet

Les droits de douane de représailles du Canada sur environ 20 milliards de dollars d’importations américaines annuelles, y compris les métaux, les produits agricoles et les motocyclettes, n’étaient pas pleinement en vigueur au moment de la décision de juillet. Il en va de même pour la confirmation de Washington selon laquelle les droits de douane sur les autos, camions, pièces et l’acier canadiens passeront à 50 % à compter du 1er janvier 2027. Les coûts intrants liés aux droits de douane alimentent l’inflation fondamentale par un canal plus lent et plus diffus que celui de l’essence, exactement le genre de propagation que la Banque dit surveiller. La déclaration d’ouverture de mercredi devrait en dire davantage sur la façon dont la Banque soupèse ce canal que sur le mouvement pétrolier de la fin de semaine, qui n’a pas encore eu le temps de se refléter dans quoi que ce soit que la Banque mesure.