La Banque du Canada devrait largement maintenir son taux directeur à 2,25 % aujourd’hui, son septième maintien consécutif et la plus longue période d’inaction depuis le cycle d’assouplissement qui a fait passer le taux de 3,00 % en janvier 2025 à son niveau actuel d’ici la fin octobre. En surface, un septième maintien se lit comme une histoire de stabilité. La prévision qui se cache derrière raconte une histoire plus compliquée.

Une prévision de croissance qui ne colle pas à ses propres données

L’historique du taux directeur de la Banque depuis janvier 2025 illustre la forme du problème : un cycle d’assouplissement rapide jusqu’en octobre, suivi de huit mois de stabilité à 2,25 %, alors que les perspectives de croissance sous-jacentes ont évolué dans le sens inverse des données affichées.

TAUX DIRECTEUR DE LA BDC : HISTORIQUE DES DÉCISIONS 2,25 % ▼ -75 PB SUR UN AN TAUX DIRECTEUR  |  JANV. 2025 À JUIL. 2026
Source : annonces du taux directeur de la Banque du Canada, janvier 2025 à juillet 2026.  |  hdq.ca

Le segment pointillé reflète le fait que la décision d’aujourd’hui n’avait pas encore été annoncée au moment de la rédaction; le consensus prévoit un septième maintien consécutif à 2,25 %.

L’économie canadienne a crû à un rythme annualisé de 2,5 % au deuxième trimestre, devançant la propre projection d’avril de la Banque, qui était de 1,5 %. Plutôt que de relever sa prévision annuelle en conséquence, la Banque l’a abaissée, à 0,7 % contre 1,2 %. L’équation ne tient que si la Banque s’attend à un ralentissement marqué au second semestre, ce qui correspond exactement à ce que ses indications sous-entendent : l’escalade de la guerre commerciale, y compris les mesures tarifaires entrant en vigueur ce mois-ci, devrait éroder la croissance observée au deuxième trimestre.

La conditionnalité pétrolière que personne n’intègre

L’inflation constitue l’autre moitié de l’histoire. L’IPC global a atteint 3,0 % en juillet, et la Banque a révisé à la hausse sa prévision d’inflation pour 2026, à 2,5 % contre 2,3 %, les mesures fondamentales se situant entre 1,9 % et 2,7 %. Le gouverneur Macklem a été explicite sur le mécanisme : des hausses persistantes du prix du pétrole, liées au conflit en cours au Moyen-Orient, pourraient exiger des hausses de taux consécutives, bien qu’il ait souligné que ce scénario n’est pas l’hypothèse de base de la Banque et que celle-ci ne réagira pas mécaniquement à une flambée pétrolière temporaire.

Les marchés intègrent actuellement un resserrement additionnel d’un peu plus de 2 points de base d’ici la fin de l’année, ce qui équivaut fonctionnellement à zéro. Cette tarification suppose que le scénario pétrolier signalé par M. Macklem ne se concrétise pas. Si une perturbation de l’approvisionnement liée au détroit d’Ormuz fait grimper le brut au quatrième trimestre, c’est l’écart entre ce que la Banque a dit qu’elle ferait et ce que le marché intègre qui mérite d’être surveillé, et non le maintien d’aujourd’hui lui-même.

Les données du marché du travail de juillet plaident pour la patience plutôt que l’urgence. Le Canada a créé 75 000 emplois, et le taux de chômage a reculé à 6,4 %, son niveau le plus bas depuis juillet 2024, même si la croissance des salaires a ralenti. Un marché du travail aussi vigoureux donne à la Banque une marge pour maintenir son taux sans risque de détérioration pour son mandat, ce qui explique précisément pourquoi la décision d’aujourd’hui devrait être sans surprise. La prévision qui la sous-tend ne l’est pas.