La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % le 2 septembre, une septième décision consécutive à ce niveau depuis la baisse de 2,50 % le 29 octobre 2025. La déclaration du gouverneur Tiff Macklem a signalé un risque précis : les tarifs et les prix du pétrole liés à l’élargissement du conflit iranien pourraient pousser l’inflation au-delà de 3 % et forcer la Banque à envisager une hausse, et non la baisse dont les marchés débattaient depuis une bonne partie du printemps.
La Banque est sur la touche depuis la fin de 2025, et le maintien du taux mercredi était largement attendu. Ce dont on parle moins, c’est de l’ampleur avec laquelle le coussin d’inflation de la Banque s’est déjà érodé depuis la fin du cycle de baisses.
Le taux n’a pas bougé depuis octobre. L’inflation, elle, a bougé trois fois.
L’inflation globale et le taux du financement à un jour ont suivi des trajectoires très différentes depuis août dernier, le taux directeur ayant été abaissé deux fois durant un creux d’inflation, puis maintenu stable pendant la remontée subséquente au-delà de la cible.
L’inflation globale mesurée par l’IPC a grimpé trois des quatre derniers mois alors que le taux du financement à un jour de la Banque du Canada est maintenu à 2,25 % depuis le 29 octobre 2025. La relation entre les deux courbes s’est inversée depuis février, alors que le taux directeur se situait environ un demi-point au-dessus de l’inflation; en juillet, l’inflation se situait trois quarts de point au-dessus du taux directeur.
L’inflation a touché un creux de 1,8 % en février, confortablement à l’intérieur de la fourchette de maîtrise de 1 % à 3 % de la Banque et près du point médian de 2 % que vise la Banque. Elle n’y est pas restée. Avril a apporté 2,8 %, mai a apporté 3,2 %, et juillet a apporté 3,0 %, la deuxième lecture au-dessus du sommet de la fourchette en trois mois. La lecture de 2,8 % en juin a été le seul mois de cette période à offrir un certain répit.
La Banque a abaissé les taux à deux reprises à l’automne 2025, de 2,75 % à 2,50 % en septembre, puis à 2,25 % en octobre, à un moment où l’inflation se situait toujours à l’intérieur de la fourchette cible et où les perspectives de croissance semblaient assez faibles pour justifier un assouplissement. Dix mois plus tard, la croissance montre des signes de rebond après une année de stagnation, et l’inflation est remontée vers le sommet de la fourchette que la Banque est mandatée pour défendre. Le taux, lui, n’a pas bougé du tout.
Ce qui se passe si la Fed bouge la première
La Réserve fédérale américaine se réunit les 15 et 16 septembre, et des signaux plus fermes émanant de sa direction ont déjà élargi l’écart de taux suffisamment pour affaiblir le dollar canadien à 1,3882 $ US, contre un sommet de trois mois de 1,376 atteint le 21 août. Une Fed qui maintient son taux ou signale moins de baisses que prévu élargirait davantage cet écart et ajouterait une pression inflationniste importée liée à la devise à une Banque du Canada qui décrit déjà le risque d’inflation comme croissant.
La prochaine décision prévue de la Banque tombe le 28 octobre, accompagnée d’un Rapport sur la politique monétaire complet contenant des prévisions actualisées de croissance et d’inflation. Ce rapport arrive trois semaines après l’entrée en vigueur des nouveaux contre-tarifs du Canada, donnant à la Banque son premier véritable aperçu de la part du coût des tarifs qui se répercute sur les prix à la consommation plutôt que d’être absorbée par les exportateurs ou compensée par les programmes de soutien fédéraux annoncés en août.