L’or a ouvert mercredi à 4 377,20 $ l’once, en baisse de 0,4 % par rapport à la clôture de mardi et une sixième séance consécutive de recul, alors même que les États-Unis menaient une deuxième vague de frappes contre des infrastructures militaires iraniennes. Le métal accuse maintenant un recul de 5,2 % par rapport au sommet de 4 617 $ atteint le 26 août, un niveau qu’il n’a pas retrouvé depuis.
Les frappes ont visé des sites de défense aérienne, des systèmes radar et des installations de pose de mines répartis sur sept emplacements dans le sud de l’Iran, faisant au moins 11 morts et environ 71 blessés. L’Iran a répliqué en quelques heures par des frappes de missiles et de drones contre des positions américaines et alliées en Jordanie, à Bahreïn, en Irak et au Koweït.
Le métal qui devait bouger n’a pas bougé
Depuis des mois, l’hypothèse de travail des investisseurs particuliers canadiens est simple : une escalade dans le Golfe fait grimper l’or. Ce schéma s’est vérifié au printemps, lorsque le Brent et l’or ont grimpé de concert au plus fort de la fermeture du détroit d’Ormuz. Il ne s’est pas vérifié cette semaine.
L’or et le Brent évoluent en sens opposés depuis le début de la dernière série de frappes, le recul de six séances du métal suivant presque exactement la hausse constante du pétrole vers 98 $ le baril.
L’or a reculé pour une sixième séance consécutive jusqu’au 2 septembre, alors même que les frappes américaines contre des infrastructures militaires iraniennes élargissaient le conflit à quatre pays supplémentaires. Le Brent a progressé durant la même période, atteignant 94,11 $ le baril le 1er septembre avant de gagner encore 4 % en séance le 2 septembre.
Le Brent est passé de 93,03 $ le 31 août à 94,11 $ le 1er septembre, puis a gagné plus de 4 % en séance le 2 septembre, alors que le prix de l’essence dans certaines régions des États-Unis a dépassé 4 $ le gallon, contre moins de 3 $ avant le début du conflit. Le pétrole fait exactement ce que prédirait la thèse de la perturbation du détroit d’Ormuz. L’or, non.
Pourquoi l’heuristique de disponibilité explique mieux la situation qu’une aversion générale au risque
Les travaux de Daniel Kahneman et Amos Tversky sur l’heuristique de disponibilité montrent que les gens évaluent la probabilité d’un événement selon la facilité avec laquelle des exemples leur viennent à l’esprit, plutôt que selon le véritable mécanisme reliant la cause à l’effet. Pour les investisseurs canadiens qui suivent ce conflit, la guerre et l’or sont devenus mentalement associés au fil de mois de manchettes, sans égard au fait que la phase actuelle du conflit se transmette réellement ou non au prix de l’or.
Cette semaine, le mécanisme passe par le pétrole, pas par le lingot. Le détroit d’Ormuz demeure le point d’étranglement contesté, et l’exposition directe touche le brut, le gaz naturel et l’assurance maritime, pas les métaux précieux. La remontée de l’or au printemps coïncidait avec une véritable fuite vers la sécurité dans l’ensemble des catégories d’actifs. L’évolution des prix cette semaine donne à penser que cette fuite ne s’est pas répétée, même si les manchettes se ressemblent.
Ce qui se reflète sur le TSX
Le décalage se voit directement sur le TSX. Montage Gold, Skeena Resources, NovaGold Resources et AbraSilver Resource ont chacune reculé d’au moins 6,5 % lors de la séance de mardi, tandis qu’Athabasca Oil, Parex Resources, Canadian Natural Resources et Tamarack Valley Energy ont chacune progressé d’au moins 3,5 % le même jour. L’indice composite a clôturé à 35 826, en baisse de 445 points, sa troisième séance consécutive de recul, les titres miniers et technologiques étant à l’origine de la majeure partie du repli.
Les investisseurs qui ont ajouté des minières aurifères ce mois-ci en s’attendant à ce que le métal suive le conflit se retrouvent aujourd’hui avec une thèse fondée sur le mauvais mécanisme de transmission. Le dollar canadien s’est affaibli à 1,3882 $ US sur la même période, mais ce mouvement s’explique mieux par le creusement de l’écart de taux avec la Réserve fédérale que par le conflit iranien directement.