Le taux des obligations du gouvernement du Canada à 10 ans a clôturé à 3,81 % mardi, son plus haut niveau en plus de deux ans, et ce n’est pas la guerre qui explique ce sommet. Le Brent a approché les 99 $ US le baril mardi après que des forces houthies liées à l’Iran ont frappé des installations énergétiques en Arabie saoudite, l’escalade la plus grave près du détroit d’Ormuz depuis l’effondrement, en juillet, du protocole d’entente conclu en juin. C’est ce qui aurait dû faire bouger les taux canadiens. Ce n’est pas ce qui s’est produit.
Le décret tarifaire a fait ce que la guerre n’a pas pu faire
Le train de tarifs de représailles de 27,6 milliards de dollars du Canada est entré en vigueur à 0 h 01 mardi, correspondant dollar pour dollar aux droits de 50 % des États-Unis sur l’acier, les produits laitiers, les électroménagers, l’équipement agricole, les pâtes et papiers et l’électronique. La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % pendant sept réunions consécutives cette année, une série qui a résisté à un commentaire conciliant d’un gouverneur de la Réserve fédérale et à un recul de 41 700 emplois qui aurait normalement fait baisser les taux. Aucun des deux événements n’a fait bouger le taux à 10 ans de plus de quelques points de base.
Mardi, si. Le taux à 10 ans a grimpé de trois points de base, à 3,81 %, sa clôture la plus haute en plus de deux ans, et ce mouvement s’explique par le décret tarifaire plutôt que par le choc pétrolier survenu en parallèle. Des tarifs plus larges font grimper la trajectoire des coûts d’importation que la Banque doit soupeser par rapport à sa cible d’inflation, une pression qui est intérieure et durable, contrairement à une simple flambée géopolitique du pétrole. Le marché obligataire semble intégrer directement cette différence.
Le taux à 10 ans du Canada s’est maintenu dans une fourchette étroite pendant la majeure partie du mois d’août avant de franchir les 3,80 % mardi, un mouvement qui coïncide avec le décret tarifaire plutôt qu’avec l’escalade au détroit d’Ormuz qui se déroule en parallèle.
La progression du taux tout au long du mois d’août reflétait une réévaluation souveraine mondiale graduelle. Le franchissement du seuil de 3,80 % mardi a coïncidé avec l’entrée en vigueur du décret tarifaire de représailles, non avec l’escalade au détroit d’Ormuz survenant en parallèle.
Le recul de l’or en est la confirmation
L’or a reculé d’environ 0,6 % mardi, à près de 4 390 $ US l’once, alors même que l’escalade au détroit d’Ormuz s’intensifiait et que les actions chutaient partout dans le monde. Un choc géopolitique de cette ampleur aurait dû être le moment de l’or. Au lieu de cela, la hausse des taux réels a dominé la demande de valeur refuge, le même signal qu’envoyait le marché obligataire : il s’agit d’une histoire de taux, non de guerre, et les taux réagissent à la politique commerciale d’une manière qu’ils n’ont pas montrée face aux manchettes du Moyen-Orient tout l’été.
Le TSX a reculé d’environ 0,6 % et le Dow a perdu près de 1 %, la technologie, les télécommunications et le secteur industriel menant le recul, ce qui concorde avec un marché qui réévalue la hausse des coûts d’intrants et une trajectoire de taux plus ferme plutôt qu’avec une réaction à la seule manchette pétrolière du jour. Le dollar canadien a néanmoins tenu bon, s’appréciant face au dollar américain malgré le recul du TSX, parce que le même mouvement pétrolier qui pèse sur le sentiment ailleurs agit comme un vent favorable aux termes de l’échange pour le Canada en particulier.
Six marchés se sont divisés mardi en trois camps distincts : le pétrole et le dollar canadien en hausse, les actions et l’or en baisse, et la courbe des obligations du gouvernement du Canada sortant de la fourchette qu’elle tenait depuis des semaines, un schéma qui ne s’explique que si l’on considère le décret tarifaire comme le facteur dominant de la journée.
Le pétrole et le dollar canadien ont évolué ensemble, tandis que les actions et l’or reculaient, un schéma qui concorde avec un choc lié aux termes de l’échange plutôt qu’avec un facteur de risque commun.
La lecture pratique pour mercredi : la thèse voulant que les taux canadiens soient restés insensibles aux chocs pendant plusieurs semaines ne tient plus, et le choc qui l’a fait tomber est d’ordre commercial et budgétaire, non géopolitique ou lié au marché du travail. Quiconque planifie en tenant pour acquis que les taux resteront ancrés d’ici l’automne devrait considérer mardi comme le jour où cette hypothèse a changé, d’autant plus que le mur de renouvellements hypothécaires de 2026 à 2027 approche avec un taux de départ nettement plus élevé que ce que présumait le scénario de base de l’été.