La croissance salariale du Canada a ralenti à 2,0 % sur un an en août, son rythme le plus faible depuis novembre 2017 hors pandémie, en décélération par rapport à 2,8 % en juillet et 3,3 % en juin. L’inflation globale, elle, a atteint 3,0 % en juillet, au-dessus de la fourchette cible de la Banque du Canada. Pris ensemble, et non séparément, ces deux chiffres décrivent la décision la plus difficile que la Banque ait dû prendre cette année.
Le chiffre qui inquiète réellement la Banque
Un taux d’inflation globale de 3,0 % ressemble à un cas clair pour une hausse de taux. Ce n’est pas le cas, une fois le chiffre décomposé. L’IPC excluant l’essence est resté à 2,2 % pour un troisième mois consécutif, près de ce que la Banque vise pour l’ensemble de l’indice. L’essence à elle seule a bondi de 25,7 % sur un an en juillet, en hausse par rapport à 20,5 % en juin, la hausse étant liée en partie aux tensions au Moyen-Orient touchant les marchés pétroliers.
Cette distinction compte parce qu’un chiffre global tiré par l’essence reflète un choc de prix mondial qui se répercute sur les pompes canadiennes, et non une demande intérieure en surchauffe. Les propres mesures fondamentales de la Banque, celles qu’elle utilise pour juger l’inflation sous-jacente plutôt que le bruit du chiffre global, racontent une histoire plus calme que ne le suggère le chiffre de 3,0 % pris isolément.
Ce qui a bougé sous le chiffre d’emploi global
L’emploi a chuté de 42 000 en août, et le détail sectoriel complique davantage le portrait de l’inflation. La fabrication a fait exception, ajoutant 22 000 emplois, concentrés en Ontario et plausiblement liés à des producteurs qui se repositionnent dans le nouvel environnement tarifaire. Tous les autres secteurs ayant publié des chiffres mensuels sont allés dans l’autre sens.
Le graphique ci-dessous décompose la variation sectorielle mensuelle d’août, et il montre un marché du travail qui n’est pas largement faible, mais faible de façon inégale, la fabrication progressant tandis que les services, l’administration publique, les ressources et les services publics ont tous perdu des emplois le même mois.
Les chiffres sont des variations mensuelles désaisonnalisées pour les cinq industries détaillées par Statistique Canada dans sa publication d’août. Le gain de la fabrication était concentré en Ontario.
Pourquoi c’est plus difficile qu’un simple choix hausse ou statu quo
Mises côte à côte, les deux publications rendent explicite la pression sur les ménages. Les salaires ont progressé de 2,0 % sur un an. Les prix globaux ont progressé de 3,0 %. Il s’agit d’un véritable recul salarial réel pour le travailleur moyen, et cela survient le même mois où les coûts liés au pétrole ont poussé le chiffre d’inflation globale à la hausse, pas à la baisse.
La Banque du Canada a dit, après son maintien du 2 septembre, qu’elle est prête à remonter les taux si les coûts liés aux tarifs se propagent aux prix courants. Les données d’août rendent cette décision plus difficile, pas plus facile. Une hausse visant un chiffre global tiré par l’essence viendrait frapper un marché du travail qui vient d’afficher sa plus faible croissance salariale en presque une décennie et son deuxième mois consécutif de pertes d’emplois. La décision du 28 octobre doit désormais soupeser un chiffre qui dit d’agir contre un chiffre qui dit d’attendre.