Les investisseurs particuliers sont à la fois plus baissiers et plus haussiers que d’habitude. Le sondage AAII pour la semaine terminée le 2 septembre a établi le sentiment baissier à 37,6 %, soit six points au-dessus de sa moyenne historique de 31,5 %, tandis que le sentiment haussier a grimpé à 39,7 %, lui aussi supérieur à sa propre moyenne historique de 37,5 %. Cet écart compte davantage que l’un ou l’autre chiffre pris isolément, et la séance du TSX mardi en a montré exactement la raison.
L’heuristique de disponibilité fournit l’explication
Les travaux de Tversky et Kahneman de 1973 sur l’heuristique de disponibilité décrivent un mécanisme précis. Les gens jugent la probabilité et l’importance d’un événement selon la facilité avec laquelle des exemples leur viennent à l’esprit, et non selon son mécanisme réel ou sa fréquence de base. Une manchette marquante et répétée devient l’explication par défaut de tout ce qui survient à proximité, qu’elle en soit ou non la cause réelle.
L’avertissement lancé cette semaine par l’Iran, selon lequel il agira contre toute menace même avant qu’elle ne se concrétise, est exactement ce type de manchette. Elle est précise, elle est menaçante, et elle est liée au détroit d’Ormuz, si bien qu’elle devient la première explication vers laquelle se tourne un investisseur inquiet lorsque les actions canadiennes reculent. Mardi, cette explication ne correspond pas aux données.
Ce qui a réellement fait bouger le TSX
L’indice composé S&P/TSX a clôturé à 36 300,16 mardi, en baisse de 213,64 points, plombé par la faiblesse des technologies, des télécommunications et des industrielles. L’énergie, le secteur qui aurait porté un véritable choc lié à Ormuz, a évolué en sens inverse. Le WTI a gagné 1,24 $ US pour clôturer à 92,72 $ US, et le dollar canadien s’est raffermi à 72,62 cents US.
Une hausse du prix du pétrole et un huard plus fort ne sont pas la signature d’une perturbation de l’offre au Moyen-Orient qui se propage dans les actions canadiennes. Ils sont plutôt la signature d’un mouvement plus étroit, propre à certains secteurs, que la manchette géopolitique se trouve simplement plus disponible pour expliquer que la cause réelle, quelle qu’elle soit.
Les relevés hebdomadaires haussiers et baissiers de l’AAII des quatorze dernières semaines témoignent d’un marché resté anxieux à travers plusieurs catalyseurs distincts, et le niveau baissier actuel se situe bien au-dessus du seuil où cette anxiété se résorbe habituellement.
Le sentiment baissier est passé de 44,4 % à la fin août à 37,6 %, mais est resté 6,1 points au-dessus de sa moyenne historique de 31,5 %, tandis que le sentiment haussier a grimpé à 39,7 %, également au-dessus de sa propre moyenne. Source : AAII Investor Sentiment Survey, semaine terminée le 2 septembre 2026.
L’écart entre les deux lectures est le vrai signal
Une lecture baissière supérieure à la moyenne, conjuguée à une lecture haussière elle aussi supérieure à la moyenne, ne traduit pas de l’indécision. Il s’agit de deux groupes distincts d’investisseurs qui réagissent à deux ensembles d’information différents, chacun convaincu d’avoir raison, la moyenne historique se situant entre les deux. Les travaux d’Odean sur la surconfiance des investisseurs montrent que les négociateurs les plus convaincus de leur propre lecture négocient le plus et, en moyenne, obtiennent les pires résultats.
C’est cette clientèle que les conseillers doivent gérer cette semaine : certains clients intègrent un choc d’offre que les données énergétiques et monétaires de mardi n’ont pas confirmé, d’autres intègrent une résilience qu’une nouvelle escalade autour d’Ormuz pourrait encore ébranler. Aucun des deux groupes ne détient de mauvaise information. Tous deux s’ancrent sur le récit le plus facile à retenir, et non sur celui que racontent réellement les données sectorielles.