La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % le 2 septembre et a précisé pourquoi : l’inflation de l’IPC est demeurée autour de 3 % ces derniers mois, principalement en raison de prix de l’essence demeurés élevés, et les risques à la hausse ont augmenté à cause des conflits au Moyen-Orient touchant les prix du pétrole. La Banque nommait ainsi son propre risque à l’avance.
Huit jours plus tard, le risque se concrétise déjà. Le brut WTI a clôturé à 97,26 $ jeudi, en hausse par rapport à 91,01 $ le jour du maintien du taux, alors que la guerre des pétroliers entre les États-Unis et l’Iran s’est intensifiée dans le golfe Persique. Il s’agit d’un test en temps réel du mécanisme même que la Banque avait signalé, avant même que la prochaine décision ne soit prévue.
Le mécanisme de l’essence, pas celui du cœur
L’IPC de juillet, publié le 17 août, s’est établi à 3,0 % sur un an, au-dessus du consensus de 2,9 % et en hausse par rapport à 2,8 % en juin. Les mesures fondamentales privilégiées par la Banque racontaient une histoire plus calme : le taux médian à 2,0 % et la moyenne tronquée à 1,9 %, tous deux près de la cible.
Cet écart résume toute la façon dont la Banque communique sur le sujet. Un IPC global près de 3 % ressemble à un problème d’inflation. Des mesures fondamentales près de 2 % indiquent que la pression sous-jacente est contenue, et l’écart entre les deux est concentré dans l’essence, une composante qui bouge avec le golfe Persique, pas avec la demande canadienne. Une banque centrale qui resserre sa politique en réaction à une flambée de l’essence qu’elle ne contrôle pas, dans une économie où l’inflation fondamentale se comporte bien, risque de se tromper de mécanisme.
L’IPC de mai 2026, à 3,2 %, marquait le sommet suivant l’escalade de la phase précédente du conflit. Le 3,0 % de juillet montre que la pression n’a pas disparu, elle s’est plutôt stabilisée à un plateau élevé.
L’IPC global est demeuré au-dessus de la cible de 2 % de la Banque pendant douze mois consécutifs, l’écart étant concentré dans les prix de l’essence plutôt que dans les mesures fondamentales. Source : Statistique Canada.
Ce qui a changé depuis le maintien du taux
Le PIB du deuxième trimestre a progressé de 3,3 %, un rebond généralisé de la consommation, du logement, des exportations et de l’investissement des entreprises après un premier trimestre faible. Le taux de chômage a reculé à 6,4 % en juillet. Sur les seuls plans de la croissance et de l’emploi, la Banque a la marge nécessaire pour ne pas bouger. La complication se situe entièrement du côté des prix, et elle évolue dans la mauvaise direction depuis la décision.
L’IPC de septembre sera publié à la mi-octobre, quelques jours avant la décision du 28 octobre, et il s’agira de la première publication à saisir pleinement un mois où le WTI a passé de longues périodes au-dessus de 90 $ et, cette semaine, au-dessus de 97 $. Si les prix à la pompe suivent le pétrole à la hausse en septembre comme ils l’ont fait pendant l’escalade du printemps, l’indice global que la Banque verra à l’approche du 28 octobre pourrait être plus difficile à écarter comme un simple accident de parcours que ne l’était déjà l’IPC de juillet.
Rien de tout cela ne change la lecture fondamentale, qui demeure près de la cible. Cela signifie toutefois que le rendement des obligations du gouvernement du Canada à cinq ans, à 3,40 %, et le calcul de renouvellement hypothécaire qui lui est lié, sont établis en fonction d’un indice global d’inflation qui a plus de marge pour bouger que ne le suggère l’économie sous-jacente, pour des raisons entièrement hors du contrôle de la Banque.