Canadian Natural Resources, Suncor et le reste du secteur énergétique du TSX ont passé les deux dernières semaines à faire ce que fait le pétrole lorsqu’une guerre ouverte éclate autour du détroit d’Ormuz : grimper fortement pendant que rien d’autre ne bougeait. Le brut WTI est passé de 82,23 $ le 26 août à 97,26 $ jeudi, une hausse de 18 % en treize séances, alors que les États-Unis et l’Iran échangent des frappes contre des pétroliers dans le golfe Persique.
L’indice composé S&P/TSX a fait l’inverse. Il a clôturé mercredi à 35 906,56, en baisse lors de quatre des cinq dernières séances et près de 2 % sous son sommet du 3 septembre, à 36 633,12. Les clients remarquent les deux mouvements et en tirent le mauvais lien.
Deux réactions, une seule erreur
Les conseillers entendent deux discours bien différents cette semaine. Les investisseurs diversifiés demandent pourquoi leur portefeuille recule alors que le marché semble réagir à une guerre. Ceux qui ont évité ou sous-pondéré l’énergie depuis deux ans demandent s’il est enfin temps d’y entrer, maintenant que le secteur fonctionne.
Les deux questions viennent du même raccourci cognitif : le biais de récence, soit la tendance à accorder le plus de poids à l’information la plus récente et la plus frappante lorsqu’une décision doit être prise dans l’incertitude. Les manchettes sur la guerre des pétroliers sont récentes et frappantes. Le graphique du pétrole sur treize séances l’est tout autant. Ni l’un ni l’autre ne renseigne fiablement le client sur la suite.
Le repli du composé suit une prise de profits généralisée à l’ensemble de l’indice, et non un recul du secteur énergétique, tandis que le pétrole a évolué dans le sens opposé pendant la même période, une divergence qui alimente les deux réactions des clients à la fois.
Le repli du composé a commencé la séance suivant le maintien du taux par la Banque du Canada le 2 septembre, et il s’est poursuivi avec l’escalade de la guerre des pétroliers. Source : Groupe TMX.
Ce que les recherches d’Odean ont vraiment révélé
Les travaux de Terrance Odean avec Brad Barber sur le comportement des investisseurs individuels, publiés dans le Journal of Finance en 2000, ont révélé que les ménages qui négociaient le plus activement sous-performaient une simple stratégie d’achat et de conservation de 6,5 points de pourcentage par année. Le mécanisme en cause n’était pas un mauvais choix de titres dans un cas précis. C’était le fait d’acheter après une hausse récente et de vendre après une baisse récente, un schéma répété assez souvent pour que le moment des transactions et leur fréquence jouent contre l’investisseur.
Un client qui déplace des fonds vers l’énergie aujourd’hui parce que le pétrole a grimpé de 18 % en treize séances fait exactement cette transaction. Le point d’entrée n’est lié ni à une évaluation ni à un besoin réel du portefeuille. Il est lié à un cycle de manchettes autour d’un conflit dont le prochain tournant, désescalade, nouvelle tentative de cessez-le-feu, nouvelle frappe, ne peut être prévu par personne lisant les mêmes nouvelles que le client.
Le vrai rôle du conseiller ici
Il ne s’agit pas ici de dire aux clients d’ignorer l’énergie ou la guerre. Les deux sont bien réels et comptent pour un portefeuille canadien. Le travail consiste à distinguer la répartition stratégique déjà en place chez le client, fixée avant le début de la guerre des pétroliers, d’une transaction réactive que le client souhaite faire à cause de cette guerre.
La première mérite d’être maintenue malgré le bruit ambiant. La seconde mérite une question directe : que devrait-il être vrai du pétrole dans douze mois pour que l’entrée d’aujourd’hui ait été une bonne décision, et le client y croit-il vraiment, ou croit-il plutôt la manchette.