L’Iran affirme avoir frappé des pétroliers et navires de guerre américains dans le golfe Persique cette semaine. Les États-Unis disent avoir riposté en touchant dix pétroliers iraniens, et un drone a séparément frappé un pétrolier de brut irakien. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a exprimé sans détour la position américaine : chaque fois que l’Iran fera cela, ou tentera de le faire, le pays perdra des pétroliers. L’Iran a signalé son intention d’intensifier davantage le conflit.
La réaction des marchés est exactement celle qu’une guerre ouverte autour du point de passage pétrolier le plus important au monde devrait produire. Le brut WTI a clôturé à 97,26 $ jeudi, en hausse de 18 % par rapport à 82,23 $ le 26 août. Le Brent a dépassé 101 $. Les exportations pétrolières de l’Iran se sont pratiquement effondrées, en baisse d’environ 80 % sur un an sous le blocus américain renouvelé.
Pourquoi cela aurait dû faire bouger davantage le dollar canadien
Le Canada est un important exportateur de pétrole, et le dollar canadien a historiquement suivi de près les prix du brut, l’énergie étant la plus importante exportation du pays en valeur. Un mouvement de 18 % du WTI en treize séances est, selon cette logique, exactement le type d’événement qui devrait pousser le huard sensiblement à la hausse face au dollar américain.
Cela ne s’est pas produit. Le taux USD/CAD est passé de 1,3845 le 24 août à 1,3771 le 9 septembre, un gain du dollar canadien d’environ un demi pour cent, une fraction de ce que la relation historique entre le pétrole et le huard laisserait prévoir pour un mouvement de cette ampleur. Le marché des changes ne fixe pas le prix de cette flambée pétrolière comme il le fait habituellement pour une manne énergétique canadienne.
Le graphique ci-dessous retrace le volet pétrolier de cette histoire : l’effet de la guerre des pétroliers sur le WTI pendant la même période où la devise a à peine bougé.
La progression du WTI a été quasi continue depuis le début de l’escalade de la guerre des pétroliers à la fin août, s’accélérant encore après les frappes de cette semaine. Source : Investing.com.
Risque extrême contre scénario de base
Le scénario de base, selon Daniel Hynes d’ANZ, est que les flux pétroliers du golfe Persique demeureront perturbés pour l’avenir prévisible, sans fermeture complète du détroit d’Ormuz. Le bureau des produits de base d’ING a averti que le marché pourrait se resserrer plus fortement si les perturbations s’aggravent, ce qui constitue le risque extrême : un mouvement vers le niveau de 120 $ évoqué par Goldman Sachs, lié à une véritable fermeture du point de passage plutôt qu’au schéma actuel de frappes contre des pétroliers.
Le calendrier politique ajoute sa propre incertitude. Trump a laissé entendre que le conflit pourrait s’apaiser après les élections de novembre. Ses propres conseillers auraient toutefois averti qu’il pourrait se prolonger jusqu’en 2029. Aucune de ces deux affirmations n’est une prévision sur laquelle les conseillers canadiens devraient bâtir un portefeuille, mais l’écart entre elles mesure utilement à quel point la situation demeure irrésolue.
Ce que le huard atone signifie pour les portefeuilles
Un investisseur canadien détenant des titres énergétiques du TSX capte directement le mouvement pétrolier. Un investisseur canadien détenant des actifs en dollars américains non couverts, s’attendant à ce que le vent arrière habituel d’une manne énergétique canadienne compense une partie de cette exposition américaine, n’en obtient pas autant que ne le laisserait supposer la relation historique entre le pétrole et le huard.
Cet écart mérite une conversation précise, pas une supposition. La réévaluation du secteur énergétique produite par ce conflit est bien réelle et se reflète dans les cours boursiers. L’avantage au niveau de la devise que les portefeuilles canadiens en sont venus à attendre de ce type de mouvement ne se manifeste que partiellement, ce qui change le calcul de ce qu’une remontée pétrolière liée à la guerre fait réellement pour l’exposition en dollars américains d’un portefeuille canadien diversifié.