Statistique Canada a confirmé que l’IPC d’août s’est maintenu à 3,0 % sur un an, inchangé par rapport à juillet. Les mesures fondamentales excluant l’essence se sont établies à 2,4 %, un point complet au-dessus de la cible de 2 % de la Banque du Canada. La Banque a maintenu son taux directeur à 2,25 % le 2 septembre, pour une septième décision consécutive. Dans vingt-quatre heures, la Réserve fédérale américaine devrait se diriger dans la direction opposée, sous l’effet d’un facteur que les deux pays partagent.

Deux banques centrales, un choc pétrolier, deux réponses

Le mécanisme qui relie ces décisions est le même : la fermeture du détroit d’Ormuz et la frappe contre le pipeline saoudien, qui font grimper le WTI de 24 % depuis la fin août. Au Canada, ce choc se traduit par une inflation de l’essence de 22,8 % sur un an, en légère décélération par rapport aux 25,7 % de juillet, mais qui demeure le principal contributeur au chiffre global. Les Études économiques CIBC interprètent les mesures fondamentales canadiennes comme la preuve que le choc énergétique ne s’est pas propagé au reste du panier, un réconfort que la Banque a évoqué lors de son maintien du 2 septembre.

La Fed lit le même prix du pétrole à travers une transmission différente. Les marchés évaluent à environ 87 à 88 % la probabilité que le Federal Open Market Committee relève sa fourchette cible lors de sa réunion de mercredi, un renversement du cycle d’assouplissement qui avait fait passer la Fed de 4,00 à 4,25 % en septembre 2025 jusqu’à sa fourchette actuelle de 3,50 à 3,75 % en décembre. Une hausse cette semaine serait la première depuis le début du cycle de resserrement actuel, attribuable au même effet de transmission du prix du pétrole vers l’inflation globale américaine, un choc que le Canada gère plutôt par un maintien.

Pourquoi la transmission diffère

Le propre langage de la Banque du Canada explique cette asymétrie. Sa déclaration du 2 septembre signalait que les nouveaux tarifs américains et les contre-mesures canadiennes, à la suite de l’échec des pourparlers commerciaux, ont introduit un risque pour la croissance que la Fed ne porte pas sous la même forme : une économie intérieure confrontée à la fois à un choc pétrolier inflationniste et à un choc commercial contractionniste. La Banque du gouverneur Macklem a choisi de maintenir plutôt que de resserrer face à ce second risque, certains analystes notant que la Banque pourrait éventuellement devoir réduire son taux si la guerre commerciale pèse davantage sur les dépenses de consommation et l’emploi.

La Fed fait face au choc pétrolier sans le même frein de la guerre commerciale sur sa propre économie, ce qui laisse le contrôle de l’inflation comme considération dominante. C’est là toute l’explication du fait que deux banques centrales qui regardent le même graphique du pétrole brut s’apprêtent à évoluer dans des directions opposées la même semaine.

TAUX DIRECTEUR DE LA BANQUE DU CANADA C. CIBLE DE 2 % 2,25 % ● MAINTENU, 7E RÉUNION PAR DÉCISION  |  JANV. 2025 À SEPT. 2026
Source : annonces du taux directeur de la Banque du Canada, janvier 2025 à septembre 2026 ; IPC de Statistique Canada, août 2026.  |  hdq.ca

Le taux directeur se situe 25 points de base au-dessus de la cible d’inflation de 2 % depuis octobre 2025, tandis que l’IPC global dépasse cette même cible d’un point complet, un écart que la Banque a choisi de maintenir plutôt que de refermer. Source : Banque du Canada, Statistique Canada.

Ce que la divergence signifie pour l’obligation à cinq ans

Les rendements obligataires du gouvernement du Canada suivent davantage le rythme de taux de la Banque elle-même que celui de la Fed, de sorte qu’une hausse américaine cette semaine ne fait pas bouger mécaniquement les rendements canadiens comme le ferait une décision de la Banque du Canada. Mais une hausse de la Fed en plein choc pétrolier que la Banque du Canada choisit de traverser sans agir élargit l’écart de politique entre les deux pays, un écart qui exerce déjà une pression sur le dollar canadien, le poussant vers son creux récent d’un mois près de 1,39 par dollar américain. Un écart de taux plus large signifie généralement davantage de cette pression sur la devise, pas moins, à l’approche de la décision du 28 octobre de la Banque.