La Réserve fédérale devrait relever son taux directeur cet après-midi pour la première fois depuis juillet 2023, portant la fourchette cible des fonds fédéraux à 3,75-4,00 %. Les données de CME FedWatch évaluent à 92,7 % la probabilité d’une hausse de 25 points de base. La Banque du Canada, réunie il y a deux semaines, a pris la direction inverse, maintenant son taux directeur à 2,25 % pour une huitième annonce consécutive. La même pression inflationniste mondiale produit deux conclusions différentes de la part des banques centrales, et la raison de cet écart importe davantage pour un portefeuille canadien que l’une ou l’autre décision prise isolément.

Même pression inflationniste, verdicts différents

La croissance de l’Indice des prix à la consommation canadien s’est maintenue à 3,0 % sur un an en août, inchangée par rapport à juillet, a rapporté Statistique Canada le 14 septembre. Les mesures de base, qui excluent l’essence, se sont établies à 2,4 %. L’essence elle-même a bondi de 22,8 % sur un an, en légère baisse par rapport à une lecture de 25,7 % en juillet, mais demeure de loin le principal moteur du chiffre global. Andrew Grantham, économiste à la CIBC, a écrit que la Banque du Canada devrait probablement maintenir son taux malgré une possible réaccélération de l’inflation globale liée à l’énergie, citant les risques à la baisse pour la croissance découlant de la politique commerciale américaine.

Au sud de la frontière, la gouverneure de la Réserve fédérale Lisa Cook a décrit une division semblable : l’indice des prix des dépenses de consommation personnelle a augmenté de 3,7 % sur les douze mois se terminant en juin, les prix de base s’établissant à 3,3 %, dans un marché du travail qu’elle a qualifié de faible embauche, faible licenciement, avec un taux de chômage de 4,2 %. Là où la Banque du Canada soupèse l’inflation liée à l’énergie face à des perspectives de croissance fragiles et choisit la croissance, la Réserve fédérale sous la présidence de Kevin Warsh semble prête à soupeser le même arbitrage et à choisir l’inflation.

Pourquoi la Fed a changé de cap

Les probabilités d’un maintien du taux à l’approche de cette réunion se situaient près de 70 % avant que le président Warsh ne prenne la parole à Jackson Hole. Ses propos, selon lesquels des lectures d’inflation estivale meilleures que prévu ne démontraient pas une amélioration significative des tendances sous-jacentes, ont amené le marché à revoir ses attentes en quelques jours pour considérer une hausse comme scénario de base. Les stratèges de la Deutsche Bank ont depuis qualifié une hausse de quasi certaine, et un sondage mené auprès de 32 anciens dirigeants de la Fed a révélé que 29 d’entre eux étaient favorables à une hausse immédiate plutôt que d’attendre une confirmation du ralentissement de l’inflation.

Le graphique ci-dessous met en parallèle les composantes de l’inflation canadienne d’août, isolant la part du chiffre global qui reflète une tendance généralisée à laquelle la Banque du Canada doit réagir, et la part attribuable au conflit dans le détroit d’Ormuz qui se répercute à la pompe.

IPC CANADA : COMPOSANTES D’AOÛT 2026 3,0 % ▲ 0,2 pp SUR UN AN  |  AOÛT 2026
Source : Indice des prix à la consommation de Statistique Canada, août 2026.  |  hdq.ca

L’essence, en hausse de 22,8 % sur un an en raison du conflit dans le détroit d’Ormuz, éclipse toutes les autres composantes de l’inflation globale canadienne, tandis que les prix de base, essence exclue, se rapprochent davantage de la cible de la Banque du Canada. Source : Statistique Canada.

La transmission canadienne

Un écart grandissant entre les taux d’Ottawa et de Washington a un effet mécanique direct : il tend à faire pression à la baisse sur le dollar canadien, puisque les capitaux suivent le rendement le plus élevé. Un huard plus faible augmente le coût des biens importés, ce qui se répercute sur l’inflation canadienne avec un décalage, allant à l’encontre de la décision de maintien que vient de prendre la Banque du Canada, dans la direction opposée à celle voulue. La Banque ne choisit pas entre l’inflation et la croissance de manière isolée. Elle choisit la croissance pendant qu’une hausse de la Fed mine discrètement le volet inflation de son propre mandat.